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Bulletin Quotidien Europe N° 13769
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POLITIQUES SECTORIELLES / Interview affaires intÉrieures

Léon Gloden estime qu'il faut se concentrer en priorité sur le 'Pacte Asile et migration' et les retours, et non sur les solutions 'innovantes'

Léon Gloden est le ministre des Affaires intérieures du Luxembourg. Pour Agence Europe, il revient sur son action de sensibilisation aux difficultés rencontrées par les frontaliers tous les jours aux frontières intérieures de Schengen. Il explique aussi son soutien aux nouvelles règlementations de l’UE pour réduire les flux de migrants irréguliers. (Propos recueillis par Solenn Paulic) 

Agence Europe - Vous avez publié le 6 décembre une tribune condamnant l’inaction de la Commission face aux contrôles aux frontières intérieures dans l’espace Schengen (EUROPE 13768/4). Quelles sont les difficultés ?

Léon Gloden - Tout d'abord c'est avec grande satisfaction que nous venons d’apprendre cet après-midi l’annonce du chancelier allemand que les contrôles prendront bientôt fin.

Il faut comprendre notre contexte et c'est ce que je tente toujours d’expliquer à mon cher collègue allemand Alexander Dobrindt : nous sommes au milieu de trois pays - France, Allemagne, Belgique - et nous avons 230 000 travailleurs frontaliers tous les jours.

Proportionnellement, c'est le plus grand afflux de travailleurs frontaliers en Europe, et le Luxembourg a besoin de cette main-d'œuvre. De l'Allemagne viennent tous les jours 52 000 personnes. Et si ces personnes ne venaient plus travailler, nous aurions un sérieux problème.

Schengen est aussi, bien sûr, un sujet très émotionnel, puisque c’est chez nous. Mais aussi, quand je suis à l’étranger, j’entends à quel point cette zone de libre circulation est un paradis sur terre. Pour les gens qui travaillent, les millions de touristes qui arrivent.

Il faut vraiment soutenir cette idée d'un espace Schengen ouvert. Les choses se sont légèrement améliorées, mais le plus grand problème demeure sur l'autoroute qui va à Trêves, à 15 km de la frontière, sur le territoire allemand autour de Dicke Buche. La circulation se fait sur une voie, à 20, voire 30 km/h ; il y a des policiers stationnés, des bouchons tous les jours, et nous recevons des réclamations tous les jours.

La justification pour ces contrôles est que des milliers de migrants irréguliers auraient été interceptés à ces contrôles, mais nous doutons de ces chiffres. 

La Commission vous a-t-elle entendu, lundi, lors du Conseil ‘JAI’ ? 

Je me sens écouté par Magnus Brunner (commissaire européen aux Affaires intérieures), mais le fait est que la Commission aurait déjà dû rendre un avis sur la nécessité et la proportionnalité de ces contrôles, avis que nous attendons toujours…

Selon le Code Schengen actuel, il faudrait que l'Allemagne fasse tous les six mois des notifications de prolongations avec une évaluation. La Commission aurait dû, elle aussi, faire des contrôles inopinés et rendre un avis. 

Le quotidien des gens et des travailleurs est très fortement affecté ; selon la DLWI, l’association luxembourgo-allemande de l'Économie, 78% des navetteurs subissent des retards récurrents. Presque 31% perdent régulièrement plus de 30 minutes par jour ; 44% ont dû adapter leurs horaires de travail, presque 34% envisagent sérieusement de changer d'emploi ; 53% des entreprises interrogées se sentent limitées opérationnellement et 72% signalent des retards importants concernant les livraisons en ‘Just in Time’. Cela pèse sur l'économie, mais aussi sur le commerce. Et je suis un peu fâché, car le Luxembourg est un bon partenaire sur les questions de migration. 

Nous avons également tendu une main aux autorités allemandes pour moderniser nos traités de coopération policière. Nous comprenons bien la problématique interne liée à l’AfD, mais nous n’avons toujours pas eu de réponse. 

Approuvez-vous les règlements, assez controversés, adoptés lundi sur les retours ou le concept de 'pays tiers sûrs' ? 

Le Luxembourg poursuit une politique d'immigration responsable et solidaire. Nous devons réussir à intégrer les gens qui remplissent les conditions et renvoyer le plus rapidement possible les autres. Il ne sert à rien de garder ces gens deux-trois ans, avec de faux espoirs.

J'ai instauré un système de retour volontaire et nous avons pu doubler les retours en 2024. Le système avance en parallèle avec l’examen de la demande de protection. Nous offrons aussi entre 3 500, 4 000 et 6 000 euros à ces personnes en fonction de leur situation. Et on travaille avec les agences sur place pour essayer de les intégrer dans le pays d'origine ou dans un autre 'pays tiers sûr'. On a tout intérêt à ce que ces gens retrouvent une certaine stabilité dans un autre pays.

Je crois qu’il faut d'abord tendre la main, mais si la personne concernée n'accepte pas cette main, alors, le retour forcé doit bien sûr être le revers de la médaille. Le texte approuvé hier reflète cette logique.

La reconnaissance mutuelle obligatoire des décisions de retour, qui arrivera en principe dans quatre ans, ne nous pose pas non plus de problème, car nous avons un tel système déjà au sein du Benelux.

Si on veut rester une Europe ouverte - tous les États membres ont besoin de la main-d'oeuvre étrangère - et si nous voulons garder une coopération et une aide aux pays en développement, ces pays doivent accepter qu'il y ait des règles claires et précises pour des gens qui viennent de façon illégale. 

Le Luxembourg serait-il intéressé par des ‘return hubs’ et l’application du concept de 'pays tiers sûrs' ? 

Nous pouvons vivre avec les deux concepts et il est peut-être regrettable de ne pas avoir de liste de 'pays tiers sûrs', mais il faut toujours respecter les droits de l'homme. Ce concept n’est pas quelque chose que nous allons utiliser. Pour les 'return hubs', j’en ai discuté avec certains collègues. Le Luxembourg, qui reste un petit pays, pourrait éventuellement adhérer à un accord porté par d’autres pays membres, mais il est très tôt encore. Et nous ne pouvons pas prédire les résultats de ces 'hubs'

L’UE doit-elle encore trouver de nouvelles idées 'innovantes' ? 

Nous avons mis des années à négocier le 'Pacte Asile', alors il faut maintenant mettre l'accent sur sa mise en place, faire que tout soit en place, entre le screening et les procédures liées, qui demandent du personnel. Il faut se concentrer sur la mise en place du Pacte, du règlement 'retour', du retour volontaire. Ce sont les trois priorités. 

Qui dit 'Pacte', dit premier mécanisme de solidarité. Où se situe votre pays ?

J’ai été désagréablement surpris parce que ce rapport félicite le Luxembourg pour son travail – nous avons doublé les capacités de lit sur les dix dernières années, mis en place le retour volontaire, nous sommes parmi les cinq pays avec une pression liée aux mouvements secondaires -, mais nous sommes dans la dernière catégorie (aucune aide ni possibilité de déductions dans les contributions). Nous avons écrit, avec ma collègue en charge de la Famille, au commissaire Brunner.

La Commission n’a pas tiré les bonnes conclusions ni pris en considération les critères de la régionalisation. L'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la France sont dans la même catégorie, mais pas le petit Luxembourg entouré de ces pays !

Le commissaire nous a dit que cela changerait dans le prochain rapport, en juin. 

Le Luxembourg abrite actuellement presque 700 'dubliners' (demandeurs d'asile qui devraient être notamment renvoyés en Italie, en Espagne ou en Grèce) ; quinze relocalisations et 1,04 million d’euros d’aide sont demandés au Luxembourg. Nous avons déjà prévu, avec les collègues italien, grec et espagnol, de compenser ces relocalisations en partie avec les gens déjà chez nous.

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