Mardi 14 octobre, l’ordre de prise de parole des ministres européens de la Justice en a dit long sur l’enjeu qui se cache derrière la révision du mécanisme de protection civile proposée par la Commission européenne en mars, avec sa 'Stratégie de l’Union de la préparation' (EUROPE 13608/1).
La commissaire européenne à la Préparation, Hadja Lahbib, prévenait, quelques minutes avant la réunion, qu’il n’était pas seulement question de feux de forêt, d’inondations et de cyclones, mais d’une « réalité bien plus grave » : « Les drones qui violent notre espace aérien, les cyberattaques, la désinformation comme celle que nous avons connue très récemment, lors des élections en Moldavie ».
Parmi les premiers à prendre la parole, la Suède, l'Estonie, la Finlande et la Lituanie ont salué « l'approche élargie » et l'inclusion « d'éléments transsectoriels » dans la proposition de révision du mécanisme de protection civile. Pour justifier leur prise de position, ces pays ont évoqué la « spécificité de la situation à la frontière orientale », qui se trouve en « première ligne » face à la crainte d'une menace russe.
Selon la Lituanie, il faudra « investir dans des domaines comme les évacuations et les transports médicaux (...) pour faire face à des crises qui se situent à plusieurs niveaux ». D'autres pays, tels que Chypre et la Roumanie, ont confirmé que les actions de protection civile de l'UE devaient être élargies face à l'évolution du contexte européen.
Dans sa révision du Mécanisme de protection civile, la Commission a proposé d'améliorer la coopération civile et militaire et d'élargir les solutions apportées par la protection civile en assurant la continuité des services et infrastructures essentiels, tels que les soins de santé, les transports, l'eau potable, les télécommunications en cas de crise.
La Commission veut également créer une plateforme européenne de coordination des crises afin d'intensifier le soutien aux États dans la gestion des conséquences intersectorielles des crises dans l'ensemble des secteurs. La fonction de cette « plateforme » dépassera celle de la protection civile, qui sera toujours gérée par le Centre de coordination de la réaction d'urgence (ERCC).
La plateforme travaillera en coordination avec le SEAE (Service européen pour l'action extérieure) et avec le Centre de réponse aux crises (CRC) et « pourra fournir une capacité d'analyse de la situation et mettre en réseau les différents services compétents et anticiper les conséquences sur les pays voisins, sur le système des télécommunications, de santé ou encore les réseaux de transport », a explicité Hadja Lahbib. Selon cette dernière, aucune compétence ne sera enlevée aux États membres, qui décideront de recourir ou non à la plateforme.
Plusieurs pays ont rappelé qu'en matière de protection civile, la compétence principale leur revenait et ont critiqué l'approche transsectorielle de la Commission, la Belgique comme l'Espagne rappelant que « le militaire relève de l'OTAN » et pas de la protection civile.
Contrairement aux pays baltes et scandinaves, la France et l'Italie ont exprimé une très forte réserve à propos de la création d'une plateforme de gestion de crise. « La réponse aux crises se fait de manière sectorielle », a déclaré la France.
Plusieurs pays, dont l'Allemagne, ont demandé « des règles de gouvernance claires » et ont prévenu qu'il faudrait du temps et « plus de clarté » au Conseil de l'UE pour évaluer la proposition. (Florent Servia)