Les ministres de la Défense des pays alliés se réunissent ce mercredi 15 octobre à Bruxelles afin de discuter des mesures de défense et de dissuasion et du soutien à l’Ukraine.
« Les ministres discuteront de la meilleure façon de renforcer notre dispositif de dissuasion et de défense, notamment à la lumière des récents incidents », a expliqué le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, lors de la 71e session annuelle de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN à Ljubljana, lundi 13 octobre.
Ils se pencheront donc sur la défense du territoire de l'OTAN, en particulier du flanc est, après plusieurs incursions de drones, mais aussi d’avions russes ces dernières semaines, ce qui a montré aux Alliés qu’un certain nombre d’ajustements seraient nécessaires. Après l’importante incursion de drones russes en Pologne le 10 septembre, Mark Rutte avait annoncé le lancement de 'Sentinelle orientale' ('Eastern Sentry') (EUROPE 13709/16). Les ministres pourraient aussi se pencher sur l’articulation des actions de l’OTAN avec celles de l’UE, qui travaille sur la mise en œuvre d’un 'mur de drones'.
Plusieurs Alliés discuteraient actuellement, au-delà de la défense, de la dissuasion qui pourrait être développée, qu’elle soit militaire ou non, estimant que l’OTAN subissait trop de la part de la Russie et devrait avoir une approche plus offensive et poser des dilemmes à Moscou. Cela pourrait passer par des sanctions supplémentaires – qui seraient prises au niveau national ou de l’UE -, des actions contre la 'flotte fantôme' ou encore par une utilisation renforcée de drones de surveillance ou d’exercices.
S’il ne faut pas s’attendre à des annonces concernant la future posture américaine en Europe, celle-ci sera dans les esprits des Alliés. Washington pourrait annoncer, dans les prochaines semaines, l’échelle de réduction de sa présence en Europe, que ce soit en termes d’hommes ou de matériel.
Les ministres discuteront également, selon M. Rutte, des plans pour « atteindre le nouvel objectif d’investissement dans la défense ainsi que des efforts visant à accroître la production de défense ». Lors du sommet de l’OTAN, en juin, les Alliés se sont mis d’accord sur l'objectif de dépenser 5% de leur PIB en défense.
Soutien à l'Ukraine. Les ministres se réuniront ensuite pour un rapide Conseil OTAN-Ukraine, puis pour une session du Groupe de contact sur la défense de l'Ukraine, une nouvelle fois présidée par l’Allemagne et le Royaume-Uni, mais en présence du Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. Ces réunions seront l’occasion de faire le point sur le soutien à Kiev, notamment dans le cadre de l’initiative PURL (Prioritised Ukraine Requirement List).
De nouvelles annonces d'aide devraient être faites, mais pas (encore ?) celle de l’envoi par les Américains de missiles Tomahawk, alors que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, est attendu vendredi à Washington.
Mardi, le Kiel Institute a annoncé une forte diminution de l’aide à l’Ukraine en juillet et août 2025. Si la moyenne mensuelle des allocations d'aide militaire au premier semestre 2025 a dépassé celle de 2022-2024, malgré l'absence de contributions américaines, le soutien européen a chuté de 57% pendant l’été par rapport à janvier-juin 2025.
Préparer la défense de l'UE à l'horizon 2030. À l’issue des réunions à l’OTAN, les ministres de la Défense des États membres de l’UE se réuniront autour d’un dîner pour discuter de la 'feuille de route' ‘Préparation 2030’, qui sera présentée le lendemain par la Commission européenne et la Haute Représentante de l’UE.
« Ce jeudi sera un grand jour. Le jour de la réalisation ! », a promis le commissaire à la Défense, Andrius Kubilius, lors de la 5e Conférence européenne sur la défense et la sécurité à Bruxelles, mardi, ajoutant qu’avec la 'feuille de route', l’UE passera de la planification à la production.
Selon le commissaire, « pour assurer la disponibilité opérationnelle de la défense, nous avons besoin d'une 'feuille de route' claire, avec des plans, des calendriers, des livrables et des indicateurs clairs pour chaque capacité, ainsi que d'un système de reporting et de suivi clair ».
M. Kubilius s’est interrogé sur les objectifs à atteindre et sur la manière de les atteindre, le plus efficacement possible. Cela passe, selon lui, par plus de production, plus d'achats - notamment en commun -, plus de ressources financières et une modernisation accrue de la défense.
Dans un discours enregistré diffusé à la conférence, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a expliqué que la 'feuille de route' définirait la manière dont l'Europe peut devenir une puissance des technologies de défense. « Pour réussir, nous devons être à la pointe de la technologie. Nous devons bâtir un écosystème de start-up technologiques industrielles, d'universités et de maîtres d'œuvre et créer un secteur de la défense plus agile et de premier plan mondial », a-t-elle estimé. De plus, selon la présidente, pour devenir une puissance, l'UE doit identifier et accompagner de nouveaux champions européens des technologies de défense.
M. Kubilius a en outre expliqué qu’afin de travailler efficacement, il fallait « une répartition claire des responsabilités » entre les institutions et apprendre à agir « ensemble, en tant qu’Union européenne ».
Il a également appelé à renforcer la préparation à la défense politique : « Il est inutile de disposer de suffisamment d'armes modernes si nous n'avons pas la volonté politique de combattre et de les utiliser pour nous défendre ».
La 'feuille de route' sera discutée par les dirigeants européens lors de leur Conseil européen des 23 et 24 octobre, réunion qui fera la part belle à la défense.
Lors du sommet, selon un projet de conclusions daté du 13 octobre, les dirigeants devraient rappeler que les travaux devraient notamment se concentrer sur des projets concrets visant à renforcer les efforts conjoints des États membres pour améliorer leurs capacités de défense anti-drones et de défense aérienne.
Ils devraient aussi demander à la Commission de présenter une 'feuille de route' pour la transformation de l'industrie de la défense, soulignant « l'importance des technologies innovantes et des solutions de rupture », mais aussi de nouvelles propositions visant à renforcer la mobilité militaire. Des initiatives en ce sens devraient être présentées dans les prochaines semaines par la Commission.
Voir le projet de conclusions : https://aeur.eu/f/ixq (Camille-Cerise Gessant)