La Commission européenne a identifié un déficit annuel de 37 milliards d’euros sur les 65 milliards de financements annuels nécessaires pour la biodiversité. Les financements privés devront combler ce manque par le biais des 'crédits nature', peut-on lire dans une ébauche de 'feuille de route' de la Commission pour créer un marché européen de la nature.
« Complément précieux au financement public », les 'crédits nature' devront venir récompenser les actions positives en faveur de la nature. « La demande mondiale pourrait atteindre jusqu’à 180 milliards de dollars par an d’ici 2050 dans les scénarios les plus favorables », a estimé la Commission, qui a accéléré ses travaux sur ce sujet ces dernières semaines (EUROPE 13631/9, 13633/9).
Inspirés des 'crédits carbone', les 'crédits biodiversité' devront en tirer les leçons. Les actions positives pour la nature devront montrer « des résultats en biodiversité clairement attribuables aux interventions des projets ». Pour garantir un cadre clair et éviter les allégations écologiques, la Commission européenne veut adosser les actions positives rémunérées via des 'crédits nature' à une certification obtenue au préalable.
« Un 'crédit nature' devrait être une unité négociable émise uniquement après la réussite de la livraison et la vérification de résultats mesurables en matière de biodiversité, traduisant les certificats en unités quantifiables pouvant être enregistrées, regroupées, mises en réserve et échangées », prévient la Commission européenne. La méthodologie employée, quant à elle, devra être « transparente ».
Un calendrier d'actions a été identifié pour parvenir à la création d'un marché européen de la nature. En 2025-2026, « la Commission réalisera une évaluation à l’échelle de l’UE du potentiel de marché pour les 'crédits nature', incluant les projections de demande et les leviers d’investissement ». Entre 2025 et 2027, un projet pilote sur les 'crédits nature' sera lancé dans le cadre de l'Outil de coordination de la compétitivité, afin d'aligner l'investissement public sur des priorités stratégiques à long terme. Mi-2026, un groupe d'experts présentera « les critères techniques et les grandes lignes d’un cadre méthodologique, en s’appuyant sur les pratiques européennes et internationales existantes ». (Florent Servia)