« On peut gagner beaucoup d’argent en rasant une forêt, mais pas en plantant une nouvelle et en la laissant vieillir ». Selon Jessika Roswall, « nous mettons déjà un prix sur la nature », mais « seulement en lui prenant ses ressources ».
Invitée au Global solutions Summit 2025 à Berlin, lundi 5 mai, la commissaire européenne à l’Environnement a tenu un discours introductif centré sur l’introduction de 'crédits nature'.
« Nous avons maintenant besoin d’un prix pour restaurer » la nature, a déclaré Jessika Roswall, ajoutant qu’il faudrait, selon les mots de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, « inscrire la nature au bilan ». Cette métaphore comptable devra se traduire par un tableau à part entière. Les 'crédits nature' convertiront les actions bénéfiques pour la nature en « actifs échangeables ».
Mais comment « mesurer et comparer la nature ? » « Une tonne de carbone équivaut à une tonne de carbone », a étayé Jessika Roswall, « mais peut-on comparer des poissons et des papillons, des chênes et des prairies ? »
Les Nations unies comme la Commission européenne s'attellent déjà à résoudre ces questions fondamentales pour constituer un marché de 'crédits nature' fonctionnel, a prévenu Mme Roswall. Il s’agit, par exemple, d’évaluer « l’abondance des espèces » ou « la densité du couvert forestier sur un seul hectare ».
Il faudra ensuite rendre possibles les conditions d'existence de ce nouvel outil financier. Dans son discours de Berlin, la commissaire européenne à l'Environnement a identifié deux défis pour y parvenir : « créer une infrastructure pour que ces crédits puissent être échangés de manière valable sur une place de marché » et identifier « ceux qui sont prêts à payer et à investir ».
De premières initiatives pourraient servir de modèle. Dans la lignée de ces dernières semaines (EUROPE 13628/4, 13631/9), Jessika Roswall s'est appuyée sur des projets existants, prenant l'exemple d'un marché volontaire, en Estonie, où « les propriétaires de forêts privées sont récompensés pour la gestion durable de leurs parcelles par les entreprises qui bénéficient de forêts plus saines, qu'il s'agisse d'opérateurs touristiques ou d'entreprises à forte consommation d'énergie ».
L'argent, lui, ne devrait pas manquer, selon la Commission, dans la mesure où, « dans la zone euro, 75% des entreprises qui sollicitent un prêt dépendent directement d'un ou de plusieurs services écosystémiques », a rappelé Mme Roswall.
La Commission européenne publiera une feuille de route d'ici la fin de l'année. (Florent Servia)