La Commission européenne a confirmé, jeudi 19 décembre, que la stratégie de l’Union européenne en matière de droits des handicapés 2021-2030 sera mise à jour. Face aux eurodéputés réunis en session plénière, la commissaire européenne à la Préparation, la Gestion de crise et l'Égalité, Hadja Lahbib, a fait, en ce sens, de la mise en œuvre des règles européennes, de l’inclusivité économique et sociale et de l’autonomie les trois piliers de l’action européenne pour les prochaines années.
Il s’agit de concrétiser les avancées législatives de la dernière mandature, telles que la carte européenne d’invalidité et les cartes européennes de stationnement, qui devraient être rendues effectives d’ici 2028, et d’exécuter les normes établies par l’Acte européen sur l’accessibilité de 2019.
En outre, la stratégie européenne sera guidée par le train de mesures en faveur de l’emploi des personnes handicapées pour accompagner les États membres face au manque d’employabilité ainsi que dans la réalisation des objectifs énoncés par l’agenda de Porto de 2021 (EUROPE 12716/3).
Par ailleurs, les orientations pour la vie autonome adoptées en novembre (EUROPE 13528/21) devraient être « intégrées dans tous les flux de financement ».
Si les eurodéputés ont apporté leur soutien au renouvellement de la stratégie, ce fut surtout pour dénoncer les manquements des politiques européennes en la matière. Les problématiques sociales et économiques ont figuré au premier plan de leurs préoccupations.
« Pas un seul État membre n'a mis en œuvre la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées comme il aurait dû le faire », a dénoncé Katrin Langensiepen (Verts/ALE, allemande). Fustigeant un échec collectif, l’élue, elle-même porteuse d’un handicap, a appelé « à faire mieux ». L’invisibilisation, la précarité, mais aussi la violence dont font l'objet les personnes en situation de handicap, en particulier les femmes, ont ainsi été pointées du doigt.
Aussi, Mme Langensiepen a questionné l’utilisation des financements européens, exhortant à une meilleure prise en considération de ces problématiques au sein des réflexions sur le cadre financier pluriannuel.
De même, Estelle Ceulemans (S&D, belge) a souligné la vulnérabilité particulière des femmes handicapées sur le marché de l'emploi, déplorant, dans un « appel criant », une stratégie - dont le paquet sur l’accès à l’emploi - « qui peine à faire effet ». Pour la renforcer, l'eurodéputée a préconisé des « engagements clairs et chiffrés par rapport au recrutement ».
Identifiant par ailleurs les facteurs discriminants, Mme Ceulemans a énoncé des positions stigmatisantes, une certaine réticence de la part des employeurs, mais aussi le manque d'accessibilité au sein des infrastructures. Cette dernière contrainte a largement été relayée par les élus, qui ont tiré la sonnette d'alarme au regard de la quasi absence de prise en considération de la mobilité réduite dans les espaces publics et les transports.
Derrière ces défis, l'enjeu central demeure l'autonomisation des personnes handicapées, fer de lance des associations, abordé par plusieurs intervenants. Le remplacement des institutions spécialisés par des logements accessibles et abordables a ainsi été préconisé. Enfin, une meilleure collaboration avec les organisations (EUROPE 13176/23) a été plébiscitée pour affronter cet ensemble de lacunes, comme n'a pas manqué de le souligner le Forum européen des personnes handicapées dans un communiqué. (Nithya Paquiry)