Le Parlement européen a demandé de redoubler d'efforts afin d'améliorer les conditions de travail et la santé mentale des agriculteurs en ces temps difficiles, lors d'un débat à Strasbourg, mercredi 18 décembre.
Parmi les agriculteurs, les pourcentages de suicides dans certains États membres sont 20% plus élevés que ceux de la moyenne nationale dans d'autres secteurs, a expliqué Christophe Hansen, le commissaire à l’Agriculture.
Herbert Dorfmann (PPE, italien) a prôné des mesures visant à améliorer les conditions de travail des chefs d'exploitation et des employés (formation continue sur la sécurité sur le lieu de travail). Il faudrait aussi tout faire pour que les exploitations disposent des moyens financiers nécessaires et pour « lutter contre le travail au noir », selon M. Dorfmann.
Dario Nardella (S&D, italien) a précisé que la conditionnalité sociale dans la PAC devra être mise en œuvre par tous les États membres d'ici 2025 « avec la pleine participation des partenaires sociaux ». Le dialogue stratégique qui a eu lieu sur l'avenir de l'agriculture et la 'Vision pour l'agriculture et l'alimentation' que la Commission présentera en février 2025 « constituent une première étape importante », selon lui. Le commissaire Hansen a répondu que la vision pour l'avenir de l'agriculture comportera un pilier consacré aux aspects sociaux et à l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
Contexte international. Raffaele Stancanelli (PfE, italien) a insisté sur les mauvaises conditions de travail (forte pression, horaires exténuants, salaires instables) « entraînant des situations de stress et d'épuisement professionnel ». Il a suggéré des mesures pour garantir des revenus stables et valoriser la main-d'œuvre agricole locale. Il a aussi pointé du doigt la « défense insuffisante du secteur dans le contexte international ».
« Nous devons être mieux préparés pour dissiper les craintes que certains de nos secteurs agricoles pourraient avoir », a souligné M. Hansen.
Veronika Vrecionová (CRE, tchèque), présidente de la commission de l’agriculture du PE, a jugé essentiel de simplifier les démarches administratives. Il faut aussi motiver et aider les jeunes. « Sinon, nous serons bientôt confrontés à des menaces pour la sécurité alimentaire et à un dépeuplement accru des campagnes ».
Elsi Katainen (Renew Europe, finlandaise) a stigmatisé la faiblesse de la rentabilité économique des exploitations agricoles. Des mesures ont déjà été prises pour corriger la situation, notamment en Finlande (projet ‘Prendre soin de l'agriculteur’), en Belgique ou en Irlande. « Il n’est pas évident que lier les subventions de la politique agricole commune à la législation du travail soit la bonne solution », a estimé l’ eurodéputée.
Pour Thomas Waitz (Verts/ALE, allemand), lorsque le prix du lait tombe en dessous des coûts de production, « cela génère une très grande frustration ». 800 exploitations ferment chaque jour dans l'UE, a-t-il déploré. Il a préconisé une PAC « respectueuse de l'homme, des animaux et de l'environnement ».
Tilly Metz (Verts/ALE, luxembourgeoise) a évoqué le problème de l’exposition régulière aux pesticides, qui entraîne des maladies professionnelles, dont beaucoup ne sont pas reconnues par le système de sécurité sociale. « Il faut en finir avec les paiements à l'hectare, » a-t-elle lancé en conclusion. (Lionel Changeur)