La route vers l'intégration est encore longue, mais les pays des Balkans occidentaux sont sur la bonne voie.
C'est, en substance, le message transmis par l'Union européenne à l'issue du sommet qui a réuni les dirigeants des Vingt-sept et des six pays des Balkans à Bruxelles, mercredi 18 décembre.
Bien qu'aucune décision politique n'ait été prise lors de la réunion, le sujet au centre des discussions n'étant pas l'élargissement - la Commission et le Conseil de l'UE l'ont bien fait savoir -, ce sommet a été présenté comme une occasion pour faire le point avec les six pays sur les progrès réalisés.
Il marque également la nouvelle « dynamique » autour de l'élargissement de l'UE, et sur laquelle la Commission veut capitaliser pendant les prochaines années, en espérant être suivie par les États membres.
« L'élargissement est le choix géopolitique le plus important que l'UE puisse faire en termes de sécurité et de prospérité », a déclaré le président du Conseil européen, António Costa, quelques minutes avant le début de la rencontre, faisant écho aux remarques de la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, pour qui l'intégration des Balkans occidentaux est un marqueur de la « stabilité européenne » face aux défis amenés par la Russie.
La déclaration commune, adoptée à l'issue du sommet, détaille une volonté de faire « front commun face aux défis de la situation géopolitique actuelle », mais ne comporte ni déclaration politique ni ambition précise pour la suite du processus.
En substance, elle reprend les conclusions sur l'élargissement adoptées par les Vingt-Sept à l'issue du Conseil des Affaires générales de mardi (EUROPE 13546/3). En annexe, les dirigeants européens listent les « objectifs et priorités » techniques qui sont exigés des Balkans occidentaux pour faire progresser leur processus d'adhésion.
Un processus à deux vitesses
Ces derniers mois ont été marqués par plusieurs avancées réalisées par certains pays candidats. Deux conférences intergouvernementales, lundi 16 et mardi 17 décembre, ont permis à l'Albanie et au Monténégro d'ouvrir et de fermer des chapitres (EUROPE 13547/2).
Tirana et Skopje ont ratifié un nouveau partenariat de sécurité et de défense avec l'UE (EUROPE 13528/6). Mardi, les États membres ont approuvé une lettre invitant la Serbie à soumettre ses positions de négociation pour les chapitres 16 et 19, qui font partie du cluster 3 (EUROPE 13547/2).
Et même si les objectifs affichés par certains pays candidats semblent irréalisables, tels la « clôture des négociations d'ici fin 2027 » par l'Albanie, ils expriment une volonté politique et un sérieux qui semble plaire à la Commission.
Cependant, derrière les messages exprimant la volonté européenne de voir les Balkans occidentaux intégrer l'UE, se cachent plusieurs obstacles, notamment au regard des relations frontalières dans la région et avec certains États membres.
Très remontée lors de son arrivée à la réunion, la dirigeante du Kosovo, Vjosa Osmani-Sadriu, a dénoncé vigoureusement ce qu'elle estime être un double standard dans le discours européen : « le Kosovo est un des pays les plus pro-européens ; pourtant notre candidature est toujours dans un tiroir quelque part et n'a même pas été examinée. La Serbie de son côté - c'est, regardez, plus vous êtes pro-russe, pro-Chine, pro-Iran, plus vous faites de progrès, plus vous pouvez ouvrir de clusters et fermer de chapitres. C'est le message qui est envoyé aux habitants du Kosovo et ça n'a rien à voir avec le mérite », s'est-elle enflammée.
Mme Osmani-Sadriu, dont le pays entretient des relations difficiles avec la Serbie, a dénoncé les agissements du président serbe, Aleksandar Vučić, en martelant que Belgrade « met en danger la stabilité des Balkans » et, par extension, « de l'UE tout entière », en maintenant l'ambiguïté vis-à-vis de la Russie (EUROPE 13477/10).
De son côté, le dirigeant serbe a estimé que ce sommet serait l'occasion de « répondre aux mensonges que certains vont proférer ». Il s'est également montré optimiste quant à la possible ouverture du 3e cluster de négociation d'ici « fin janvier ».
À l'issue de la réunion, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a tenté de rassurer sur les perspectives européennes du Kosovo, assurant que la Commission « se tenait prête » à ouvrir les négociations, mais avait besoin pour cela de « l'unanimité » au sein du Conseil.
Lucide, António Costa a rappelé les « défis toujours restants », tant au niveau bilatéral que régional. « Nous avons entendu les frustrations de la région et nous pensons pouvoir les dépasser », a-t-il affirmé.
La réunion s'est poursuivie dans la soirée par un dîner de travail entre les dirigeants.
Voir la déclaration adoptée : https://aeur.eu/f/evp (Isalia Stieffatre)