La présidente géorgienne pro-occidentale, Salomé Zourabichvili, a critiqué, lors d'un discours prononcé mercredi 18 décembre devant l'hémicycle du Parlement européen, la lenteur de réaction de l'Europe et l'a appelée à en faire davantage face à la crise politique dans son pays.
La Géorgie, ex-république soviétique, est traversée par une crise depuis que le parti au pouvoir, Rêve géorgien, a revendiqué la victoire aux élections législatives du 26 octobre. Le gouvernement, accusé de dérives autoritaires prorusses, a décidé fin novembre de suspendre jusqu'en 2028 toute négociation d'adhésion à l'UE.
« L'Europe a mis du temps à se réveiller et à réagir », a déclaré Salomé Zourabichvili, qui avait annoncé qu'elle refuserait de rendre son mandat comme il était prévu le 29 décembre tant que de nouvelles élections législatives ne seraient pas organisées. « Alors que les drapeaux européens sont interdits à Tbilissi, les Géorgiens attendent toujours des mesures fortes de la part de l'Europe et de Washington. Et j'espère que nous n'aurons pas à attendre qu'une crise plus profonde survienne pour que l'Europe agisse », a-t-elle ajouté.
Attente de sanctions. « L'Europe, jusqu'à présent, n'a pas été tout à fait à la hauteur et n'a relevé le défi qu'à moitié », a analysé Salomé Zourabichvili. Le dernier Conseil 'Affaires étrangères' de l'UE a été un premier pas, selon elle, mais elle a estimé que l'UE devrait en faire davantage. « Je ne vais pas entrer dans les détails, car c'est à vous de prendre librement cette décision », en référence aux blocages sur l'adoption de sanctions européennes.
L'Estonie a sanctionné depuis le 15 décembre le Premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidze, et 13 autres responsables de ce pays en raison des violences perpétrées par les autorités géorgiennes contre les manifestants, les journalistes et l'opposition. La Lituanie a fait de même. Or, plusieurs pays de l'UE (Hongrie et Slovaquie) s'opposent à de telles sanctions au niveau européen.
Lors d'un débat, mardi 17 décembre, les eurodéputés ont réclamé des sanctions de l'UE contre des personnalités géorgiennes, après la répression des manifestations pro-UE (EUROPE 13547/23).
Salomé Zourabichvili a rappelé que l'Europe était « la destination préférée des élites corrompues de Géorgie qui ont imposé un gouvernement post-soviétique, qui sont très heureuses de venir dépenser leur argent en Europe et qui souhaiteraient que les règles de corruption ne s'appliquent pas à elles lorsqu'elles sont en Europe ».
Nouvelles élections. La présidente géorgienne a appelé l'Europe à lutter contre les mensonges et la désinformation et à soutenir l'appel à de nouvelles élections, après les législatives du 26 octobre, qualifiées de truquées par l'opposition. Le 14 décembre, un collège électoral dominé par le parti au pouvoir a désigné comme nouveau président de la Géorgie le loyaliste d'extrême droite Mikheïl Kavelachvili, lors d'un vote boycotté par l'opposition et jugé illégal par la présidente Zourabichvili.
Mouvement pacifiste. Depuis fin novembre, des milliers de manifestants pro-UE se mobilisent tous les soirs à Tbilissi et dans d'autres villes pour protester contre le parti Rêve géorgien, l'accusant de vouloir remettre le pays dans l'orbite de Moscou.
« Les Géorgiens ne faibliront pas, mais attendent de l'Europe qu'elle se mobilise pour que nous puissions défendre ensemble l'Europe et ses valeurs », a martelé Salome Zourabichvili, sous les applaudissements, malgré un hémicycle pas entièrement plein. Ce mouvement est pacifique, selon la présidente. Ce moment de désobéissance civile réclame deux choses, selon elle: « rendez-nous notre voix en raison des élections volées et rendez-nous notre avenir, notre avenir en Europe ».
Lors de la dernière visite de Salomé Zourabichvili dans dans cette Assemblée, « nous avons discuté des progrès réalisés par votre pays pour rejoindre notre famille européenne », a rappelé la présidente du PE, Roberta Metsola. Or, ce voyage est « menacé ». « Cette Assemblée soutient fermement le peuple géorgien dans sa marche vers l'Europe. Et notre porte restera toujours ouverte », a assuré Mme Metsola.
Lors du débat en plénière sur la préparation du Conseil européen (voir autre nouvelle), Valérie Hayer (Renew Europe, française) a estimé que Salomé Zourabichvili représentait « la dernière institution encore indépendante du pays ». Le prétendu 'Rêve géorgien' est en réalité « le pire cauchemar » pour le peuple de Géorgie, selon l'eurodéputée.
Par ailleurs, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Alain Berset, s'est rendu mercredi en Géorgie. La visite du socialiste suisse a pour but, selon un communiqué de l'institution, « d'assurer les conditions permettant la poursuite de la coopération entre le Conseil de l'Europe et la Géorgie en pleine conformité avec les valeurs et les principes de l'organisation » (voir autre nouvelle). (Lionel Changeur)