« La sécurité des Syriens en Europe ne doit pas être sacrifiée face aux intérêts politiques », a mis en garde l'organisation Amnesty International, mardi 10 décembre après la décision de plusieurs gouvernements européens de suspendre les demandes d’asile des Syriens après l’éviction du président Bachar al-Assad (EUROPE 13541/8).
« La situation en Syrie est extrêmement instable. Cinq décennies de brutalité et de répression ne peuvent pas être annulées du jour au lendemain. Mais les gouvernements européens n’ont pas perdu de temps pour suspendre les demandes d’asile des Syriens », a commenté la directrice du bureau d’Amnesty International auprès de l'Union européenne, Eve Geddie, dans un communiqué.
Selon elle, « en cette période de turbulences et de changement, les pays devraient éviter de plonger les réfugiés syriens et les demandeurs d’asile dans des situations d’incertitude et de précarité supplémentaires ».
Interrogée à nouveau sur le sujet, la Commission européenne a rappelé que les demandes d'asile « doivent toujours être évaluées sur une base individuelle. Toutefois, les États membres ont la possibilité de reporter l'examen des demandes en cas de changements dans le pays d'origine. » « Les personnes qui n'ont pas droit à une protection peuvent alors faire l'objet d'une décision de retour », mais il est important de suivre « la situation sur le terrain », a-t-elle ajouté. En outre, les retours en Syrie peuvent aussi se faire sur une base volontaire, mais ces retours « doivent être sûrs et dignes ».
Les ministres de l’Intérieur des pays de l’UE, qui se réuniront à Bruxelles jeudi 12 décembre, devraient aborder ce sujet lors de leur déjeuner consacré aux politiques migratoires. L'Autriche, selon Euronews, prépare déjà un programme d'expulsion des Syriens, réévaluant le statut de 40 000 réfugiés.
Début décembre, les États membres avaient discuté du concept de 'pays tiers sûr' (EUROPE 13540/7). Mais, selon une source, la possibilité de reconsidérer des renvois vers la Syrie n'avait pas été évoquée.
Le concept de 'pays tiers sûr' vise à simplifier les procédures d'asile en déclarant plus facilement inadmissibles certaines demandes.
En juillet, plusieurs pays membres avaient déjà souhaité considérer la Syrie comme un pays doté de zones sûres afin de renvoyer les réfugiés syriens ou demandeurs d’asile syriens dans ces zones (EUROPE 13458/8).
Le nouveau règlement relatif aux procédures d’asile, applicable à partir de 2026, introduira la possibilité de classer un pays comme sûr avec des exceptions pour certaines parties de son territoire ou pour certaines catégories de demandeurs. (Solenn Paulic)