À l’occasion de la Journée internationale des droits humains, l’eurodéputée des Verts/ALE Mélissa Camara (française) a coorganisé, mardi 10 décembre au Parlement européen, avec l'ONG féministe de solidarité internationale Equipop, le lancement du rapport 'Comment construire une Europe féministe ? Après les élections européennes, les défis face à l’extrême droite'. Ce document analyse l’évolution politique de l’Union européenne après les élections de juin dernier et propose des solutions pour préserver les droits fondamentaux menacés par la progression de l’extrême droite.
Au cours de la réunion, la représentation des élus ultraconservateurs au sein de la commission des droits de la femme et de l'égalité des genres (FEMM) du Parlement européen, passée de 8% à 28%, entre 2014 et 2024 n’a pas manqué de faire réagir.
« Ces partis partagent une vision réactionnaire, opposée aux droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ et cherchent à maintenir des normes patriarcales », a déclaré Lucie Daniel, responsable plaidoyer chez Equipop.
Le rapport montre également que ces partis instrumentalisent les droits des femmes pour promouvoir des discours xénophobes, une stratégie dénoncée par Mélissa Camara, qui s’est exprimée auprès d’Agence Europe. L’eurodéputée, plaidant pour exposer les stratégies idéologiques et maintenir un « cordon sanitaire » strict, a souligné l’attitude décomplexée de l’extrême droite au sein du Parlement européen, où certains débats révèlent des « obsessions » : la « migration », les « familles homoparentales » ou encore les « femmes transgenres », souvent accompagnée de chiffres outranciers et de propos discriminants.
Face à ces constats, le rapport propose un ensemble d'actions. Il s'agit ainsi de sécuriser les financements destinés à l’égalité des genres, de s’assurer que la question du genre reste centrale dans les politiques européennes et de renforcer les alliances entre institutions et société civile pour surmonter les blocages institutionnels.
Le rapport dénonce également le nouveau collège des commissaires, où des signaux inquiétants s’accumulent, selon Mélissa Camara : « Quand on ne donne pas un portefeuille plein et entier à l’Égalité, c’est un signal. Quand on donne une vice-présidence à Raffaele Fitto (...), quand on souhaite confier la santé, et donc la santé reproductive, à Várhelyi, c’est un signal (...) ». Elle déplore que « pour le PPE, la question de l’égalité des genres et des droits des minorités n’est pas une priorité ».
Selon l’eurodéputée la faiblesse du groupe réside dans son incapacité à établir des coalitions claires et solides, ce qui le conduit à s’allier ponctuellement avec l’extrême droite sur des dossiers sensibles, renforçant ainsi des reculs sur les droits fondamentaux.
Le rôle des médias a également été pointé du doigt. « Aucun traitement médiatique n’a été accordé aux droits des femmes pendant la campagne européenne, alors que ces enjeux sont cruciaux pour l’UE », a ajouté l’eurodéputée, plaidant pour une presse plus indépendante et équilibrée, capable de contrer la désinformation.
Malgré ces problématiques, Mélissa Camara reste confiante dans la capacité des forces progressistes à agir : « Si la société civile, les parlementaires progressistes et les activistes s’organisent, déroulent leur agenda et mènent la bataille culturelle, nous pouvons gagner. Cet événement montre qu’il est possible de défendre nos droits et de faire avancer l’égalité ».
Lire le rapport : https://aeur.eu/f/eqq (Nithya Paquiry)