login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13533
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Parlement europÉen

Les eurodéputés approuvent la Commission 'von der Leyen II' à une faible majorité

Le Parlement européen a approuvé, mercredi 27 novembre à Strasbourg, la Commission 'von der Leyen II' à une faible majorité (370 voix pour, 282 contre, 36 abstentions). Le nouveau Collège des commissaires européens, qui entrera en fonction début décembre, a obtenu moins de voix qu'Ursula von der Leyen lors de sa réélection à la présidence de l'institution de l'Union européenne à la mi-juillet (EUROPE 13456/1).

Comme prévu (EUROPE 13532/1), une majorité des groupes chrétien-démocrate PPE, social-démocrate S&D et de centre droit Renew Europe, censés former la majorité 'pro-européenne, pro-Ukraine, pro-État de droit', ont adoubé la nouvelle Commission. Mais l'apport des voix des groupes écologiste Verts/ALE (27 voix) et conservateur CRE (33 voix) a été nécessaire pour combler le rejet des Espagnols du groupe PPE et des Français et Belges du groupe S&D. Plusieurs sociaux-démocrates allemands et la délégation belge du groupe Renew Europe se sont abstenus.

La délégation française du groupe PPE, qui avait voté contre la réélection de Mme von der Leyen, a décidé de donner sa chance au futur Collège, estimant qu'un changement de cap politique est à l'œuvre à la Commission européenne.

Tirant, devant la presse, de premiers enseignements du score le plus faible obtenu par un Collège de commissaires européens depuis 1995, les présidentes de la Commission, Mme von der Leyen, et du PE, Roberta Metsola, ont soutenu que « la majorité au centre [tenait] bon », ne niant pas les défis pour faire durer cette majorité.

« Plusieurs majorités sont possibles, mais vous ne pourrez pas agir sans la majorité au centre », a appuyé Mme Metsola, ajoutant que ce travail d'alliance devra se faire « texte législatif après texte législatif ».

Lors de son discours introductif, Mme von der Leyen s'est dite prête à se mettre immédiatement au travail avec une équipe combinant des expériences professionnelles multiples. Elle a souligné son souhait de travailler « avec toutes les forces démocratiques pro-européennes » au Parlement européen afin de décliner les priorités énoncées par les citoyens lors des élections européennes : défendre la liberté, la sécurité, les valeurs fondamentales et préserver la capacité des Européens à décider de leur propre avenir.

Sur la compétitivité économique, la chrétienne-démocrate allemande a annoncé « un 'Competitiveness Compass' », un plan d'action fixant trois axes prioritaires :

(1) réduire le retard d'innovation de l'UE par rapport à la Chine et aux États-Unis, en permettant aux start-up européennes de grandir en Europe grâce à la mobilisation de financements, notamment privés, et un champ réglementaire simplifié.

« La souveraineté technologique de l'UE doit être bâtie en Europe », a-t-elle affirmé.

(2) Sera également mise en œuvre une stratégie pour décarboner l'économie européenne, tout en restant compétitifs. 

« Nous devons et nous allons maintenir le cap et les objectifs du 'Pacte vert européen' » en présentant le 'Clean Industrial Deal' dans les 100 premiers jours suivant l'entrée en fonction de la Commission, a assuré Mme von der Leyen.

Surtout, elle a annoncé la mise en place, sous sa responsabilité personnelle, d'un « dialogue stratégique » sur l'avenir de l'industrie automobile européenne, à l'image de ce qui a été réalisé pour le secteur agricole. Objectif : réunir les parties prenantes pour affronter les défis de l'avenir. « Des millions d'emplois dépendent » de ce secteur, a-t-elle fait valoir.

(3) Accroître la sécurité des approvisionnements et réduire la dépendance énergétique. La Commission procédera à « une revue systématique des dépendances » de l'UE, a souligné Mme von der Leyen, notant que la demande en matériaux critiques pourrait tripler au cours du prochain mandat, après avoir doublé au cours du précédent. Elle a aussi cité la préparation aux crises sanitaires, les biotechnologies, l'économie circulaire - autant de chantiers destinés à aider l'UE à accroître son indépendance.

Accompagnant cet agenda de compétitivité, le projet de simplification réglementaire sera confié à Valdis Dombrovskis, a rappelé la présidente (EUROPE 13520/5). Un texte législatif 'omnibus' sera élaboré pour voir simplifier le droit de l'UE dans de nombreux secteurs.

Sur la défense et la sécurité, un 'Livre blanc' sera présenté dans les trois mois par Andrius Kubilius, le premier commissaire européen compétent pour renforcer la base industrielle de défense, (EUROPE 13519/4). Ce chantier contribuera à poursuivre, « aussi longtemps que nécessaire », le soutien militaire de l'UE à l'Ukraine.

La présidente de la Commission a esquissé quelques pistes pour le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) post-2027 (EUROPE 13520/4). Le futur budget de l'UE devra être plus simple, plus focalisé, plus réactif et rationalisé pour ne pas financer les mêmes choses via des programmes européens différents. Il devra aussi servir à mobiliser les investissements privés afin notamment de stimuler l'innovation. 

Mme von der Leyen a aussi fait part de sa volonté de renforcer les instruments permettant de mieux subordonner l'octroi de fonds européens au respect de l'État de droit ('smart conditionnality').

À noter, enfin, que le portefeuille de Roxana Mînzatu sera modifié pour inclure les Droits sociaux et les Emplois de qualité.

Voir les lettres d'évaluation des auditions de confirmation des vice-présidents exécutifs et des commissaires européens désignés : https://aeur.eu/f/dzu

Des séquelles encore apparentes au sein de l'hémicycle. L'épisode ayant conduit à l'accord politique entre les groupes PPE, S&D et Renew Europe pour ouvrir la voie à la finalisation du processus de confirmation de la Commission 'von der Leyen II' était dans toutes les têtes lors du débat en session plénière (EUROPE 13528/1).

Au nom du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber a assuré que son groupe était « au premier rang » des défenseurs des convictions pro-européennes, pro-Ukraine et pro-État de droit. Une affirmation qui a aussitôt déclenché des réactions au sein de l'assemblée. Pour preuve, a illustré M. Weber, des dirigeants chrétiens-démocrates - Péter Magyar contre Viktor Orbán en Hongrie, Donald Tusk contre Jarosław Kaczynski en Pologne - ne laisseront pas les extrémistes détruire l'Europe.

Il a toutefois remercié l'Italien Nicola Procaccini, coprésident du groupe CRE, pour le rôle constructif des conservateurs européens lors de l'évaluation des commissaires candidats. 

« Nous avons des idées différentes, nous nous battons pour nos convictions, mais nous trouvons tous des compromis au service des Européens. Gardons cet état d'esprit (et) mettons-nous au travail », a-t-il appuyé.

La présidente du groupe social-démocrate, l'Espagnole Iratxe García Pérez, a dit que sa famille politique soutenait majoritairement la mise en place de la Commission. Mais ce n'est « pas un chèque en blanc », a-t-elle prévenu.

« Lorsque les forces européistes passent un accord, il doit être respecté. Nous n'accepterons pas de double jeu », a lancé l'eurodéputée à son homologue du PPE, estimant « immoral » de former des majorités avec ceux qui veulent détruire l'Europe ou nient le changement climatique et remettent en cause les droits acquis.

« Ce n'était pas une mince affaire, mais on y est arrivé ! », a soufflé la présidente du groupe Renew Europe, la Française Valérie Hayer. Elle a critiqué le spectacle renvoyé par le Parlement européen la semaine dernière et l'attitude du Partido Popular, qui a « vampirisé » le processus d'auditions en important les tensions politiques espagnoles au PE. Selon elle, il faut revoir les règles de nomination des commissaires européens pour y inclure la parité hommes/femmes, accélérer les échéances et européaniser le débat.

« Il n'y a qu'une seule majorité possible, celle du Plan de relance européen, du Pacte vert européen, de Schengen, de l'euro, celle des pro-européens ! C'est la seule qui porte un agenda positif », a-t-elle lancé.

N'ayant pas participé à l'accord tripartite, mais ayant apporté des voix à la nouvelle Commission, le groupe Verts/ALE n'a pas ménagé ses critiques. « Ce n'est qu'avec une majorité pro-européenne au centre que cela peut fonctionner. Or, la chance de construire cette majorité a été ratée et la coopération avec l'extrême droite semble, malheureusement, d'actualité », a déploré l'Allemande Terry Reintke.

Au nom du groupe CRE, M. Procaccini a loué « le courage et la dignité » de Mme von der Leyen, qui a, selon lui, résisté aux pressions de la gauche. Il a estimé qu'il n'y avait « pas de majorité de centre gauche » au PE.

Les groupes politiques ayant unanimement rejeté la Commission 'von der Leyen' ont dit tout le mal qu'ils pensaient de la nouvelle équipe et du processus ayant permis son approbation.

Le président du groupe PfE, le Français Jordan Bardella, a fustigé une équipe « anonyme, élue par personne, mais qui dicte le quotidien de 450 millions de citoyens et a droit de vie ou de mort sur des pans entiers de l'économie », comme la fin des véhicules thermiques neufs en 2035. Il a raillé Mme von der Leyen, « une femme qui se disait de droite, mais qui rêvait de se faire aduler par la gauche ».

Au nom du groupe ENS, la Française Sarah Knafo a condamné « une hypocrisie démocratique ». « Vous gagnerez cette élection, mais vous perdrez tout le reste ! », a-t-elle promis, à l'adresse de Mme von der Leyen.

Quant à la coprésidente du groupe La Gauche, la Française Manon Aubry, elle a qualifié la Commission 'von der Leyen II' de « premier gouvernement de l'union de la droite et de l'extrême droite de l'histoire de l'UE ». D'après elle, « toutes les lignes rouges ont été piétinées ». Elle a cité la nomination de l'Italien Raffaele Fitto, « post-fasciste aussi connu pour des accusations de corruption », et du Néerlandais Wopke Hoekstra, chargé de l'Action pour le climat et la Fiscalité alors qu'« il a travaillé pour Shell et a possédé des sociétés-écrans dans un paradis fiscal ». Et de lancer un « appel à la résistance ». (Mathieu Bion)

Sommaire

PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
SÉCURITÉ - DÉFENSE - ESPACE
SOCIAL - EMPLOI
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ
COUR DE JUSTICE DE L'UE
BRÈVES