Les États membres ont discuté pour la première fois, mercredi 30 octobre, des retours volontaires de réfugiés syriens dans leur pays, comme le leur avait demandé le Conseil européen en avril dernier. Cela, au moment où de plus en plus de Syriens fuient le Liban.
Sur la base d’un document informel de la Commission, les Vingt-sept ont notamment abordé la problématique de la reprise des relations avec le régime de Bachar-al-Assad et de la sécurité dans le pays pour permettre ces retours volontaires alors que plusieurs pays membres, menés par Chypre notamment, avaient aussi affiché, avant l’été, leur intention de renvoyer des Syriens dans les zones sûres du pays.
Selon une source, la discussion a été relativement équilibrée, les délégations souhaitant en particulier que l’UE présente sur ce sujet une « position claire et cohérente ».
Des délégations ont apprécié le souhait de la Commission de donner au UNHCR un rôle crucial dans ce processus, mais certaines ont aussi indiqué qu’elles ne considéraient pas le pays comme un pays sûr.
« Le retour en Syrie ne peut avoir lieu que s'il est réellement volontaire, avec les garanties nécessaires de sécurité et de dignité. Malheureusement, ces conditions ne sont pas encore remplies », a estimé cette source.
D’autres pays ont salué le document de la Commission, qui reflète, « dans une large mesure, les propositions présentées en juillet par des pays comme l'Autriche, la Croatie, Chypre, l’Italie, la République tchèque, la Grèce, la Slovaquie ou la Slovénie, pour demander une révision de la stratégie de l'UE vis-à-vis de la Syrie, sans pour autant légitimer le régime », indique une autre source.
La réhabilitation des infrastructures, l'hypothèse d'un envoyé spécial de l'UE pour la Syrie, la coopération avec le UNHCR sur le terrain pour faciliter le rapatriement volontaire, sûr et digne des réfugiés syriens ainsi que le soutien au secteur privé sont autant de pistes saluées par ces pays.
Selon une autre source, la Commission, dont le document a été accueilli positivement, a souligné, lors de cet échange, « que toutes les suggestions sont possibles dans le cadre des lignes rouges actuelles de la politique de l'UE à l'égard de la Syrie ».
Aucun État membre n'a demandé d'ajustement de cette politique à ce stade, même si certains pays sont plus ouverts que d’autres à l'établissement de contacts au niveau local en coopération avec l'OIM (Organisation internationale des migrations) et l'UNHCR et à la nomination d'un envoyé spécial pour la Syrie, comme l’a proposé la Commission.
Ces ouvertures possibles ne constitueraient en aucun cas un précurseur de la légitimation du régime, mais viseraient à permettre un rétablissement rapide et à créer les conditions préalables à un retour volontaire, a repris cette source.
Alors que les pays du Sud de l’UE, l’Autriche ou la République tchèque se seraient montrés les plus ouverts à modifier les paramètres actuels de l’approche vis-à-vis de la Syrie, la Belgique, le Luxembourg ou l’Irlande auraient affiché une posture plus ferme. Et la France, l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Suède auraient souligné la difficulté à trouver la bonne voie, entre volonté de soutenir les retours et importance de maintenir les principes actuels de la politique de l’UE à l'égard de la Syrie.
La Présidence hongroise du Conseil de l’UE essaiera d’inscrire une nouvelle discussion sur le sujet avant la fin de l'année, parallèlement aux échanges sur l'efficacité globale du système de retour de l'UE.
Les États membres ont tous été d'accord, mercredi, sur la nécessité de soutenir les efforts du UNHCR pour aider les réfugiés et les personnes déplacées.
Selon le document informel de la Commission, jusqu'à récemment, un nombre relativement limité de Syriens ont cherché à rentrer chez eux (391 488 réfugiés de la région entre 2016 et 2023). Mais avec la récente escalade entre Israël et le Hezbollah au Liban, plus d'un million de personnes ont été déplacées et plus de 300 000 sont entrées en Syrie, dont 70% de Syriens.
Les besoins seraient évalués à 324 millions de dollars jusqu'en mars 2025 pour aider la Syrie à gérer l’afflux de population. Sur la question des relations diplomatiques avec la Syrie, la Commission reste très prudente cependant et ne préconise, à ce stade, qu’une nouvelle présence limitée dans le pays avec un futur envoyé spécial de l’UE pour la Syrie.
Hormis le soutien au UNHCR, la Commission voudrait aussi étudier les voies d’un renforcement des financements pour réhabiliter des infrastructures essentielles en Syrie, mais cela nécessiterait un consensus de l'UE pour ce qui concerne les restrictions aux investissements, dit-elle, alors que le pays fait face à des mesures restrictives. (Solenn Paulic)