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Bulletin Quotidien Europe N° 13515
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POLITIQUES SECTORIELLES / BiodiversitÉ

Révélée à la COP16, une proposition de cadre pour des marchés de crédits biodiversité divise les observateurs

Le Comité consultatif international sur les crédits biodiversité (International advisory panel on biodiversity credits) a présenté une feuille de route, lundi 28 octobre, à la COP16 sur la biodiversité, à Cali (Colombie).

Sur le modèle des crédits carbone, mais en évitant leurs écueils, les crédits biodiversité seront censés encourager l’investissement dans la biodiversité. Des actions positives sur la nature permettraient d’obtenir un crédit. 

Établi en juin 2023 par le Royaume-Uni et la France et mené par l’ancienne eurodéputée Sylvie Goulard (ADLE/Renew Europe, française), l’IAPB estime qu’« au-delà de la simple mobilisation de capitaux, l'adoption des crédits biodiversité pourrait contribuer à modifier la relation des entreprises et des marchés financiers avec la nature et à mieux soutenir les gardiens de la nature ».

L’idée de crédits biodiversité ou crédits nature avait été évoquée dès la COP15 de Montréal. Ils pourraient répondre au besoin de mobilisation de ressources financières, qui est au centre de la COP16 de Cali et qui, fixé à 200 milliards de dollars par an d’ici 2030, correspond à la cible 19 du cadre mondial Kunming-Montréal. Défendant l’instauration des crédits nature, en septembre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, expliquait elle-même que « la tarification du carbone a permis de lever 180 milliards d’euros, qui ont été réinvestis dans des projets en faveur du climat et de l’innovation » (EUROPE 13482/14). 

Un cadre pour ne pas reproduire les erreurs des crédits carbone. Le ‘Cadre pour des marchés de crédit en faveur de la biodiversité à haute intégrité’, dévoilé par l’IAPB lundi 28 octobre, doit prévenir les dérives constatées avec les crédits carbone.

Les crédits biodiversité « ne remplacent pas les financements publics et multilatéraux et ne constituent pas non plus un outil exclusif pour canaliser les fonds privés vers la biodiversité », préviennent les deux présidentes de l’IAPB, Sylvie Goulard et Amelia Fawcett, dans l’avant-propos du rapport.

Si ces crédits sont utilisés dans le cadre de « compensations », ce sera de manière « strictement encadrée » et uniquement au niveau local. « L'IAPB ne soutient pas les approches consistant à prôner une compensation internationale de la biodiversité : l'action doit impérativement rester locale et porter sur des écosystèmes similaires à ceux qu'elle vient de compenser », peut-on lire dans le rapport. 

L'IAPB a lancé une trentaine de projets-pilotes qui doivent montrer que le mécanisme de crédits biodiversité peut se traduire en actions concrètes. Trois, au niveau européen, sont situés en France. Le projet de conservation de La Belle Forêt, sur le domaine national de Chambord, est, par exemple, financé par l'achat de crédits par le fournisseur d'énergie français EDF. L'IAPB précise que le prix de vente des crédits variera, après une réévaluation tous les cinq ans, en fonction du score de biodiversité du projet.

L’idée ne fait pas l’unanimité. De Colombie, où elle est présente au sein d'une délégation du Parlement européen, l’eurodéputée Carola Rackete (La Gauche, allemande) a déclaré sur le réseau social X qu’un tel cadre aggraverait « la financiarisation de la nature après l’échec colossal (et la rentabilité élevée) des compensations carbone ».

Mme Rackete a ensuite repris les mots du centre de réflexion (think tankObservatoire de la finance verte (OFV), qui estime que l’unique but de ce cadre est de « protéger le statu quo et les profits des entreprises des pays du Nord pour quelques années supplémentaires ». Même locale, la compensation permettra « aux entreprises multinationales de prétendre qu'elles compensent leurs destructions locales », selon l'OFV. Surtout si, comme le relève le centre de réflexion, la vente ex ante de crédits, donc avant l'assurance de résultats obtenus, est autorisée. 

Un marché de crédits biodiversité n'est d'ailleurs « pas nécessaire pour financer la protection de la nature, car la réorientation d'une fraction des subventions nuisibles [à l'environnement] suffirait à combler amplement le déficit de financement annuel de 200 milliards de dollars », a affirmé l'Observatoire de la finance verte

De son côté, le comité français de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a estimé que « même au maximum de leur potentiel », les mécanismes de crédit biodiversité « ne pourraient fournir qu'une petite partie des financements nécessaires ». 

Un débat existe quant au nom à donner à ce mécanisme : 'crédit-biodiversité' ou 'certificat-biodiversité' ? « Ce sont une seule et même chose », a estimé l'OFV, là où d'autres, comme l'UICN, assurent que le terme de certificat a le mérite de « traduire l'idée d'une contribution positive à la biodiversité plutôt qu'une annulation entre pertes et gains de biodiversité ». D'autant que, comme l'assure l'IAPB, ce mécanisme devra mesurer des gains de biodiversité plus que se limiter à une compensation peu souhaitée. 

Voir la feuille de route de l'IAPB : https://aeur.eu/f/e37  (Florent Servia)

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