À son arrivée au Conseil ‘Énergie’, jeudi 30 mai, le secrétaire d'État allemand à l'Économie et l'Action pour le climat, Sven Giegold, a annoncé que le gouvernement allemand était convenu de supprimer la taxe sur la neutralité du stockage du gaz ('Gasspeicherumlage') aux points de transfert frontaliers dès le 1er janvier 2025.
Cette annonce a été faite quelques heures avant un point d’information planifié sur le sujet lors du Conseil ‘Énergie’ à la demande des délégations autrichienne, tchèque, slovaque et hongroise.
Ces pays déplorent depuis plusieurs mois que la taxe allemande, introduite en 2022 pour compenser les coûts des achats et du stockage de gaz pendant la crise énergétique, augmente les coûts pour les négociants de gaz et affecte de façon disproportionnée ces pays du centre et de l’est de l’Europe, les rendant davantage dépendants des importations de gaz en provenance de Russie (EUROPE 13417/14).
« Nous n'avons jamais eu l'intention d'entraver la diversification par rapport au gaz russe grâce à ce prélèvement. Bien au contraire, les revenus de cette taxe, financée principalement par les clients allemands, ont contribué à remplir les installations de stockage de gaz et, de cette manière, à stabiliser les prix et les marchés. Cependant, nous avons discuté avec nos voisins et nous avons compris que cela posait des problèmes pour la diversification par rapport au gaz russe », a concédé M. Giegold.
Il a ajouté que le gouvernement allemand continuera d’investir dans des capacités de gaz naturel liquéfié (GNL) supplémentaires, « dans l'intérêt de nos voisins également ».
Toutefois, avant que la taxe soit abrogée, une nouvelle augmentation est prévue au 1er juillet 2024 (de 1,86 à 2,50 euros/MWh), qui, selon M. Giegold, est obligatoire en vertu du cadre législatif existant.
« Nous avons vérifié cela minutieusement. L'augmentation est dans la loi et elle est quasi automatique », a-t-il justifié.
Avant que le secrétaire allemand ne se prononce, le ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce, Jozef Síkela, avait expliqué à la presse que la position préalable de l’Allemagne n’était pas cohérente avec sa volonté de réduire les dépendances vis-à-vis des importations de gaz russe.
En outre, les deux pays ont proposé de mettre en place un groupe de haut niveau, chapeauté par la Commission européenne, pour compléter l'abandon par l'UE de l'énergie russe (voir autre nouvelle). C'est une proposition que M. Síkela a jugée effectivement « contradictoire » avec le maintien de la taxe sur le stockage du gaz.
La ministre autrichienne du Climat et de l’Énergie, Leonore Gewessler, s’est dite soulagée lorsqu'elle a pris connaissance de la décision de son voisin allemand.
« Le fait que nous nous attaquions maintenant à cette taxe sur le stockage du gaz permettra d'éliminer un obstacle majeur à la diversification et c'est une bonne chose », a-t-elle déclaré.
Il est à noter que le maintien de la taxe, additionné à l’expiration de l’accord de transit de gaz russe via l’Ukraine, était également une crainte pour la sécurité d'approvisionnement de l'ensemble de la région d'Europe centrale et de l'Est, comme l'avaient explicitement communiqué l'Autriche, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie. (Pauline Denys)