Les eurodéputés ont interrogé, mardi 12 mars, la vice-présidente de la Commission européenne chargée des Valeurs et de la Transparence, Věra Jourová, sur les mesures et la préparation des gouvernements des États membres de l’UE pour lutter contre les ingérences étrangères. Dans le contexte de la guerre qu’elle mène en Ukraine et des tentatives de manipulation au sein de l’UE à l’approche des élections de juin, la Russie a monopolisé les échanges.
Une partie des eurodéputés ont questionné Mme Jourová sur les mesures que la Commission compte mettre en place pour limiter les risques de propagation de la désinformation à grande échelle au cours des élections. Sur ce point, la commissaire tchèque a souligné tout d’abord l’importance de pouvoir compter sur des textes tels que le DSA (EUROPE 13362/9), qui doit pousser les grandes plateformes en ligne à se montrer à la hauteur des responsabilités qu’elles portent dans le débat démocratique, ou sur l’intelligence artificielle (EUROPE 13368/32).
« J’ai demandé aux groupes politiques de résister à la tentation des ‘deepfake’ », a-t-elle précisé, rappelant que la plupart des géants du numérique, à l'instar de ByteDance ou encore Meta - et à l'exception de X (anciennement Twitter) -, se sont engagés au cours des derniers mois à agir contre ces méthodes lors des élections.
Réagissant à la prise de parole de l’eurodéputée française du groupe Renew Europe, Nathalie Loiseau, qui considère que « l’Europe est une passoire face aux ingérences », la commissaire Jourová a concédé que l’UE devait poursuivre ses travaux pour mieux se défendre. Pour ce faire, a-t-elle glissé à plusieurs reprises, le rôle des Vingt-sept, qui n’apprécient guère de « recevoir des instructions ou des conseils de Bruxelles », est central, alors que la Russie a des « stratégies sur mesure dans chaque État membre ».
En outre, la question des personnes, entités ou groupes politiques reprenant à leur compte la rhétorique du président russe, Vladimir Poutine, au sein de l’UE est aussi revenue à plusieurs reprises dans les discussions.
« M. Poutine a besoin de bouches qui vont s’exprimer dans les langues nationales pour relayer son message. Il y a des collaborateurs bienveillants envers Poutine dans chaque État membre. Il y a des individus, des partis, des mouvements, qui sont parfois dans les parlements ou au pouvoir dans certains gouvernements et qui diffusent dans leurs pays ces discours pro-Kremlin », a jugé Mme Jourová. Elle s’est toutefois refusé de les désigner au sein de l’hémicycle strasbourgeois, malgré l’appel à peine déguisé de Hannah Neumann (Verts/ALE, allemande) à le faire.
Pour endiguer la désinformation et les ingérences, la commissaire européenne a également insisté sur l’importance des sanctions de l’UE à l’égard des personnalités proches du pouvoir à Moscou ainsi que sur le besoin d’accroître la transparence au sein des institutions par le biais des registres. « Le Parlement, le Conseil et la Commission devront faire le bilan du registre lors de la prochaine mandature, voir s’il répond aux besoins et tirer des enseignements », a-t-elle jugé. (Thomas Mangin)