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Bulletin Quotidien Europe N° 13337
POLITIQUES SECTORIELLES / Climat

Alors que plusieurs États membres appellent la Commission européenne à présenter un objectif climatique 2040 « ambitieux », celle-ci souligne l’efficacité d’une réduction des émissions d'au moins 90%

Le 6 février prochain, la Commission européenne publiera sa communication très attendue sur l’objectif climatique à l'horizon 2040 et, depuis plusieurs semaines, des voix s’élèvent pour lui demander un niveau d’ambition élevé consistant en une réduction d'au moins 90% des émissions nettes de gaz à effet de serre (par rapport à 1990) (EUROPE 13336/11).

C’est notamment le cas du Danemark, qui a appelé à pousser en faveur de cet objectif lors de la COP28 à Dubaï, tel que l’avait présenté le commissaire à l’Action pour le climat, Wopke Hoekstra, à l’automne 2023 (EUROPE 13308/30).

Poursuite de l'objectif de 1,5 °C

Dans une lettre publiée jeudi 25 janvier, 11 États membres (l'Autriche, la Bulgarie, l'Allemagne, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, la France, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Portugal) saluent les conclusions de cette dernière COP, « en particulier l'accord visant à accélérer les réductions d'émissions vers la neutralité carbone d'ici 2050 (…) afin de maintenir l'objectif de 1,5 °C à portée de main ».

Pour y parvenir et persuader d’autres États de se joindre à l’engagement, les pays signataires encouragent la Commission européenne, dans sa communication, à recommander « un objectif climatique ambitieux de l’UE pour 2040 », sans pour autant préciser un pourcentage chiffré.

« La cible devrait être conforme à l'objectif de température à long terme de 1,5 °C et prendre en compte les principes de la loi européenne sur le climat, tels que la meilleure science disponible, le rapport coût-efficacité, une transition juste et équitable et le coût de l'inaction, ainsi que l'avis du Conseil scientifique consultatif européen sur le changement climatique », précise la lettre.

Le scénario d'une réduction des émissions d'au moins 90% est privilégié

Dans une version provisoire de l’étude d’impact relative à cet objectif pour 2040, vue par EUROPE, la Commission européenne tente d’identifier le niveau de réduction le plus approprié afin de viser la neutralité climatique en 2050.

Si l’étude évalue donc les différents niveaux d'émissions nettes de gaz à effet de serre (GES) en 2040 et les voies sectorielles permettant de passer de 2030 à la neutralité climatique en 2050, « elle n’évalue pas le cadre politique en matière d'énergie et de climat après 2030, qui devra être mis en place ultérieurement ».

Dans un cadre de politique inchangé, l’étude reconnaît que les émissions nettes théoriques de GES s'élèveraient à -88% en 2040 par rapport à 1990 et considère donc ce niveau de réduction comme l'objectif climatique « de référence » pour 2040.

L'étude analyse ensuite trois scénarios de réduction des émissions :

-jusqu’à 80% (objectif compatible avec la trajectoire linéaire entre la cible existante de 55% de réduction en 2030 et la neutralité carbone en 2050) ;

-au moins 85% jusqu’à 90% ;

-au moins 90% jusqu’à 95%.

Selon l'analyse, la troisième option s’avère être « la plus efficace pour atteindre l’objectif de neutralité climatique d’ici 2050 » et « assurer la sécurité de l’UE en termes d’approvisionnement énergétique et d’autonomie stratégique ».

Toutefois, cette option demandera une attention encore plus grande que les deux autres afin de garantir une « transition juste » pour les citoyens. 

Importance accordée au captage de carbone

Si, d'après l'étude, une réduction d'au moins 90% ne demande pas une intensification importante de l'effort par rapport aux politiques actuellement menées, l'option s’appuie toutefois sur « une industrie de la gestion du carbone pleinement développée d'ici à 2040 ». Elle comprend le captage de carbone, qui doit pouvoir représenter 344 millions de tonnes équivalent CO2 captées annuellement en 2040 ainsi qu’« une production et une consommation d'e-carburants plus importantes que dans le deuxième scénario afin de décarboner davantage le bouquet énergétique ».

En termes d’investissement, l’étude indique que les trois scénarios impliquent des besoins d'investissement annuels dans le système énergétique (hors transport) supérieurs à 3% du PIB pour la période 2031-2050. Ceci représente 1,5 à 2 points de pourcentage supplémentaires du PIB par rapport à l'investissement moyen dans les systèmes énergétiques au cours de la période 2011-2020.

C’est le secteur de l'électricité (production et réseau) qui domine les besoins d'investissement du côté de l'offre, « compte tenu de l'électrification croissante de l'économie ».

Pour voir la lettre des 11 États membres : https://aeur.eu/f/alp  (Pauline Denys)

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