Le dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture de l’UE, lancé officiellement jeudi 25 janvier, suscite beaucoup d'attentes du côté des parties prenantes (agriculteurs, consommateurs, ONG, industries, institutions financières et académiques).
Les débats qui vont s’organiser dans les prochains mois aboutiront en septembre à un rapport qui sera remis à la Commission européenne pour orienter son action dans les prochaines années en vue de la préparation de la nouvelle politique agricole commune (PAC), à compter de 2028 (EUROPE 13336/3).
27 représentants d’organisations - Copa-Cogeca, CEJA, Via Campesina, IFOAM (bio), FoodDrinkEurope (industrie agroalimentaire), Eurogroup for Animals, Slow Food, Bureau européen de l’environnement (EEB), institutions financières, université de Wageningen - ont participé à ce premier rendez-vous, qui s’est déroulé dans la salle où se réunit d’habitude le collège des commissaires européens. La présidence des débats a été confiée au professeur allemand Peter Strohschneider.
Après ce premier rendez-vous, d’autres rencontres seront organisées toutes les quatre à six semaines. Un portail en ligne sera également ouvert pour recueillir les avis des organisations qui ne sont pas conviées aux réunions.
Ensuite, un groupe de travail examinera trois grands sujets : le revenu agricole, la durabilité et l’innovation.
Les organisations et coopératives agricoles (Copa-Cogeca) ont demandé de trouver rapidement des solutions concrètes et opérationnelles pour l'agriculture. « De nombreux défis nous attendent, qu'il s'agisse des effets du changement climatique, de la compétitivité de nos exploitations, de la nécessité d'un revenu décent, de la réduction de la charge administrative et du renouvellement des générations », selon ces organisations. Dans le contexte actuel des manifestations, ce dialogue est « crucial et porteur d'attentes », selon le Copa-Cogeca.
Peter Meedendorp, président du CEJA, a relayé les demandes des jeunes agriculteurs : « Ne nous laissez pas nous noyer entre les réalités du marché, le changement climatique et la réglementation ». Le CEJA souhaite que le renouvellement des générations dans l'agriculture soit un thème central de toutes les discussions stratégiques à venir. Avec 11% d'agriculteurs âgés de moins de 40 ans, des discussions urgentes et difficiles sont nécessaires pour permettre aux jeunes de s'installer dans le secteur. Les revenus, l'accès à la terre, le financement et la répartition équitable de la valeur seront les principaux défis à relever dans le cadre du dialogue stratégique, explique le CEJA.
Via Campesina identifie, pour sa part, trois leviers d’actions cruciaux : la garantie d’un revenu décent pour les agriculteurs, l’accès à la terre et le droit sur les semences. Sa représentante, Geneviève Savigny, appelle à un changement de paradigme : « Le modèle industriel dit 'compétitif ' ne donne aucun avenir à une grande majorité de producteurs, mais aussi aux consommateurs et aux citoyens ».
Pour IFOAM Organics Europe, les défis sont évidents : « prix injustes, réduction des subventions, concurrence par rapport aux produits importés et contradictions réglementaires ». Toutefois, cette organisation estime que les frustrations à l'égard de l'UE, du 'Pacte vert européen' ou de la législation environnementale sont « contre-productives ».
Par ailleurs, le groupe de travail sur la dimension locale du 'Pacte vert' (Green Deal Going Local working group) du Comité européen des régions (CdR) s'est réuni jeudi pour discuter, entre autres, du verdissement de la politique agricole commune.
Les deux corapporteurs d'un prochain avis du CdR sur l'avenir de la PAC ont estimé que la régionalisation de la gestion de la PAC permettrait de mieux identifier et de mieux réagir aux problèmes auxquels les agriculteurs sont confrontés. La PAC devrait également s'éloigner des paiements basés sur le secteur pour adopter un modèle fondé sur la durabilité sociale et environnementale, qui soutienne les petits producteurs et le développement rural dans son ensemble, selon les corapporteurs du CdR Isilda Gomes (PSE, portugaise) et Piotr Całbecki (PPE, polonais). (Lionel Changeur)