La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a lancé, jeudi 25 janvier, un dialogue stratégique sur l'avenir de l'agriculture de l'UE avec les parties concernées, y voyant un moyen de « surmonter la polarisation », notamment sur les législations environnementales.
Près d'une trentaine de représentants des organisations agricoles, du secteur agroalimentaire, d'ONG environnementales et d'experts se sont réunis à Bruxelles sous l'égide d'un universitaire allemand, Peter Strohschneider.
Promis depuis septembre, ce rendez-vous intervient à l'heure où, entre blocages d'autoroutes et défilés de tracteurs, la grogne paysanne touche la France, l'Allemagne, la Belgique, la Roumanie et la Pologne, après les Pays-Bas. La colère des agriculteurs vise notamment les normes environnementales européennes et les importations jugées déloyales dans l'UE.
Mme von der Leyen a reconnu qu'il n'était pas facile de parvenir à une vision commune sur l’avenir de l’agriculture.
« Nous partageons le même sentiment d'urgence que les choses doivent s'améliorer, qu'il faut trouver une nouvelle voie à suivre et des solutions communes et durables aux problèmes » alors que les agriculteurs « évoluent au quotidien sur un marché très concurrentiel », a déclaré la présidente.
« Vous êtes souvent la partie la plus vulnérable de la chaîne de valeur, vous méritez bien sûr une rémunération équitable. Notre objectif est de soutenir vos moyens de subsistance et de garantir la sécurité alimentaire européenne », a également assuré la présidente de l’institution.
Si les récentes manifestations visent des éléments déclencheurs nationaux divers, elles pointent aussi des facteurs communs : épisodes climatiques extrêmes, grippe aviaire, flambée des prix du carburant, afflux de produits ukrainiens depuis une levée des droits de douane en 2022.
La nouvelle politique agricole commune (PAC) et les législations découlant du Pacte vert européen cristallisent le mécontentement. « Il est temps d’en finir avec les accords de libre-échange et de prendre résolument le chemin de la souveraineté alimentaire », a estimé, de son côté, la Coordination européenne Via Campesina.
« Les objectifs collectifs du 'Pacte vert européen' sont existentiels, nous vivons tous de la nature. Et même si nous ne sommes certainement pas toujours d'accord sur ces questions, nous sommes d'accord sur le fait que les défis s'accentuent, qu'il s'agisse de concurrence étrangère, de réglementation à outrance au niveau national, du changement climatique ou de la perte de la biodiversité », a résumé Mme von der Leyen.
Parmi les thèmes proposés aux intervenants : les revenus des agriculteurs, la durabilité de leurs pratiques, l'innovation technologique et la compétitivité.
Avec des réunions prévues au rythme d'environ toutes les quatre à six semaines, les participants sont invités à rendre des conclusions d'ici la fin de l'été afin de préparer le terrain pour la prochaine Commission et l'élaboration de la prochaine PAC commençant en 2028.
Des salaires décents. Devant la commission de l'agriculture du Parlement européen, la veille, Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne, a prôné « une approche globale » avec l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. Il a soutenu le besoin d'assurer aux exploitants « un salaire décent ». Les agriculteurs ont besoin de visibilité, a-t-il également reconnu.
Le résultat de ce dialogue servira à préparer les travaux sur la nouvelle PAC (après 2027), a confirmé Maroš Šefčovič. Il a suggéré d'utiliser les nouvelles technologies pour réduire les charges administratives.
Herbert Dorfmann (PPE, italien) a fait part de ses doutes sur le fonctionnement de ce dialogue stratégique. Les agriculteurs réclament un salaire décent alors que les prix n’ont pas bougé depuis 25 ans, a-t-il lancé.
Clara Aguilera (S&D, espagnole) a parlé d'une situation grave en raison des réformes nombreuses de la PAC. Le 'Pacte vert européen' n'a pas été correctement expliqué, a-t-elle regretté. On exploite la colère des paysans à des fins politiques, a critiqué Mme Aguilera.
Pour Martin Häusling (Verts/ALE, allemand), les prix des produits agricoles sont insuffisants. Selon Dacian Cioloș (Renew Europe, roumain), l'instabilité est causée par le changement climatique, la guerre en Ukraine et par le « manque de cohérence de nos décisions ». (Lionel Changeur)