Réunis vendredi 26 janvier à Bruxelles pour une réunion ministérielle informelle, les ministres européens de la Justice ont abordé, au cours du déjeuner, la question des droits et les conditions de travail des travailleurs du sexe.
Et pour cause, ainsi que l'a souligné la Présidence belge du Conseil, le travail du sexe, illégal dans de nombreux pays de l'UE, prive souvent ces travailleurs de droits sociaux essentiels et d'un accès adéquat aux soins de santé et à la justice. La Belgique, en tant que deuxième pays au monde à décriminaliser le travail du sexe, s’est posée ainsi en modèle dans ce débat.
Pour la Présidence du Conseil, la décriminalisation permet aux travailleurs du sexe d'exercer leur métier de manière indépendante, tout en conservant des sanctions sévères contre la traite des êtres humains et l'abus de la prostitution. Un cadre juridique pour les contrats de travail des travailleuses du sexe est en cours d'élaboration en Belgique.
Dans son discours lors de la conférence de presse, le ministre fédéral de la Justice de Belgique, Paul Van Tigchelt, a souligné la complexité du sujet, reconnaissant la diversité des perspectives en Europe. Néanmoins, un terrain d'entente a été trouvé sur la nécessité de tenir compte des droits humains et de l'autodétermination dans ce domaine. Le ministre a également évoqué l'intérêt et l'enthousiasme de ses partenaires européens pour partager des pratiques exemplaires et collaborer sur cette question sensible.
Il faut dire que les compétences de l’Union sur le sujet sont limitées et le rapport de Maria Noichl (S&D, allemande), qui a été débattu au Parlement européen en septembre (EUROPE 13250/20), reflète cette complexité.
Ce texte non contraignant plaide pour des programmes de sortie de la prostitution, la dépénalisation des travailleurs du sexe et des campagnes de sensibilisation ; la proposition de criminaliser les clients pour réduire la demande ne fait pas l'unanimité. Adoptée avec 234 voix favorables, mais marquée par 122 abstentions et 175 voix contre, la proposition de Maria Noichl illustre clairement les divergences d'opinions au sein du Parlement européen, transcendant les divisions politiques habituelles en matière de travail du sexe.
Alors que, pour certains, cette activité est vue comme un choix personnel de la part des travailleurs du sexe, d'autres, comme la rapportrice, la perçoivent comme intrinsèquement liée à l'exploitation et au trafic d'êtres humains (EUROPE 13246/15). (Nithya Paquiry)