Lors de la session plénière de mi-septembre, le Parlement européen sera appelé à se prononcer sur la réglementation de la prostitution au sein de l’UE. Bien que les compétences de l’Union en la matière soient limitées, la résolution fait débat, y compris au sein des groupes politiques.
Porté par Maria Noichl (S&D, allemande), le texte appelle à aligner les législations des Vingt-sept sur le travail du sexe. Pour la rapportrice, ce modèle européen devrait s’appuyer sur quatre piliers : - la dépénalisation du travailleur ; - la mise en place de programmes de sortie de la prostitution et d’entrée dans la société ; - la prévention ; - la réduction de la demande pour des services sexuels.
« Ce n’est pas un emploi normal »
Or, ce dernier point cristallise les désaccords. En effet, l’approche préconisée par Mme Noichl pour réduire la demande consiste à pénaliser l’achat de services sexuels, comme dans le modèle dit « nordique » en place notamment en Suède.
Une position qu’elle défend avec acharnement. « La dernière personne de la société est la première dans la prostitution. Ce n'est pas un emploi normal - il n'offre aucune protection, aucune perspective et aucune alternative », a-t-elle martelé lors d’un évènement presse. Elle espère ainsi qu’en prenant une position forte au niveau européen, cela encouragera les États membres à davantage financer les programmes de sortie de la prostitution.
En outre, elle estime que les différences de législations nationales au niveau des Vingt-sept facilitent les réseaux de traite d’êtres humains. « Nous devons mettre un terme au commerce du corps des femmes sur le marché unique », a à son tour défendu Heléne Fritzon (S&D, suédoise), vice-présidente de la commission de l’égalité de genre (FEMM) du PE.
L’interdiction précarise
Toutefois, cette vision qui assimile travail du sexe à l’exploitation sexuelle et au trafic d’êtres humains est loin de faire l’unanimité. L’Alliance européenne pour les droits des travailleurs du sexe (ESWA), par exemple, explique que la criminalisation de la clientèle entraîne des conditions de travail plus précaires et risquées pour les personnes concernées (EUROPE 13108/21).
Ainsi, en commission parlementaire, la résolution n’a décroché qu’une légère majorité (EUROPE 13210/24). La rapportrice s’attend à récolter le soutien d’une majorité du PPE, du S&D et de La Gauche, alors que Renew Europe serait divisé sur la question et les Verts/ALE contre. Quant au CRE, il se serait abstenu lors du vote en commission FEMM à cause d’une disposition sur l’avortement.
Le texte sera débattu mercredi 13 septembre au soir et soumis au vote de la plénière le lendemain.
La résolution : https://aeur.eu/f/8he (Hélène Seynaeve)