La Fédération européenne des Emplois de la Famille (EFFE) tiendra le 14 novembre un grand congrès à Bruxelles à l’occasion de son 10e anniversaire. Pour EFFE et sa présidente, Marie-Béatrice Levaux, il s’agira de faire un bilan des réussites engrangées par le secteur de l’emploi à domicile par les particuliers et de se pencher sur la façon dont il peut répondre aux défis du vieillissement de la population et aux besoins croissants, nous explique la présidente, qui préside aussi la Fédération des Particuliers Employeurs de France (FEPEM). (Propos recueillis par Solenn Paulic)
Agence Europe - Davantage d’États membres reconnaissent-ils aujourd’hui l’emploi à domicile qu'il y a 10 ans ?
Marie-Béatrice Levaux : Il y a eu des prises de conscience, mais plus dans certains États que d’autres ; aujourd’hui, ce secteur du salariat à domicile par les particuliers est bien reconnu en France ou en Italie, qui sont les deux seuls pays à disposer de conventions collectives et d’un dialogue social sectoriel.
Mais dans de nombreux pays, ces emplois à domicile restent largement dans le domaine non déclaré, avec tous les risques que cela comporte pour les droits à la protection sociale.
Dans certains pays, on considère toujours que les femmes peuvent gérer les enfants et les aînés de manière informelle. Et il n’y a surtout pas de libre choix pour les ménages entre l’institutionnalisation et le domicile.
Nous voulons donc avancer vers une structuration de l’emploi à domicile et vers des politiques publiques qui le simplifient administrativement et reconnaissent son poids économique.
En France, nous représentons 3,3 millions de particuliers qui emploient à domicile plus de 1,3 million de salariés pour leurs besoins au quotidien et nous aurons besoin de 800 000 nouveaux emplois d’ici 2030-2035.
Reconnaître et rendre possible l’emploi direct par les ménages permettrait aussi aux États de faire des économies, car aucun État n’aura les moyens de fournir des places en structures d’accueil correspondant à ces besoins.
L'UE ne semble pourtant pas très avancée.
Les enjeux liés au domicile n’ont pas été saisis par les décideurs européens. Donner aux personnes la possibilité de rester chez elles, si elles le souhaitent, est une condition préalable au respect de leur autonomie et de leurs droits en général.
C’est indispensable pour leur indépendance ; sans quoi, on risque d’assimiler les personnes en demande de soins uniquement à un un fardeau dont il faut s'occuper.
Pour garantir la qualité des soins délivrés, la prise en compte de l’être humain est centrale dans l’approche adoptée, permettant ainsi aux personnes concernées de recevoir une assistance dans l'environnement de leur choix, car elles restent les mieux placées pour décider.
L’UE doit développer une feuille de route pour des approches de soins coordonnées qui incluent les modèles et les spécificités du secteur de l’emploi à domicile.
Que faites-vous pour mieux faire connaître le secteur au niveau de l’UE ?
Nous avons lancé avec Marc Angel (S&D, luxembourgeois) un observatoire européen sur les services aux personnes et aux ménages.
L’ « EFFE lab » a livré une première cartographie de ce secteur qui représente 4% de l’emploi total dans l’UE, soit 10 millions de travailleurs, dont 3,5 millions ne sont pas déclarés et 2 millions supplémentaires ne bénéficient pas des mêmes conditions de travail que les autres travailleurs dans l’UE.
Il s’agit donc de mettre en commun les diverses expériences. En Autriche, un régime d’auto-entrepreneuriat a été mis en place pour ces emplois à domicile, mais sans les mêmes conditions de travail que les autres travailleurs. En Belgique, il y a bien sûr les titres-services, mais le service pour les enfants ou les personnes âgées ne rentrent pas dans le dispositif ; on voit donc les limites. L’exemple letton est aussi intéressant en croisant les besoins à domicile et le recours aux outils numériques.
Ce que nous voulons, c’est pousser cette approche 'écosystème' comprenant la simplification administrative, la professionnalisation, la solvabilisation avec l’enjeu de la reconnaissance des compétences formelles et informelles. Il faut aussi prendre en compte la dimension de la migration légale et l’accompagnement dans l’acquisition de la langue.