Les dirigeants des pays du G20 tenteront, samedi 9 et dimanche 10 septembre, de trouver un langage commun sur l'agression militaire russe de l'Ukraine qui ne soit pas affaibli par rapport à la Déclaration de Bali de novembre 2022, lors de leur sommet de New Delhi, auquel les présidents chinois, Xi Jinping, et russe, Vladimir Poutine, ne participeront pas. Ils essaieront aussi de faire preuve d'ambition en matière de lutte contre le changement climatique et de réforme de l'architecture financière internationale.
Sur l'agression militaire russe, le Premier ministre indien, Narendra Modi, hôte du sommet, n'aura pas la tâche facile dans sa recherche d'un équilibre entre les États-Unis et l'Union européenne, qui font tout pour isoler la Russie et soutiennent militairement l'Ukraine, certains pays émergents, comme le Brésil ou l'Indonésie, qui refusent de s'aligner sur la ligne occidentale, l'Inde, qui s'est abstenue aux Nations Unies au printemps 2022 lors du vote demandant à Moscou de cesser de recourir à la force contre l'Ukraine, et la Russie elle-même, pour qui toutes les crises internationales du moment ne s'expliquent pas à travers le prisme de la guerre en Ukraine.
À son arrivée à New Delhi, vendredi 8 septembre, le président du Conseil européen, Charles Michel, n'était pas en mesure de dire si le G20 serait en mesure d'adopter une déclaration finale, constatant que certains pays étaient prêts à affaiblir le langage utilisé lors du précédent sommet.
En novembre 2022, à Bali, les grandes puissances économiques mondiales avaient évoqué les souffrances humaines immenses et les fragilités pour l'économie mondiale qu'engendre la guerre (EUROPE 13064/1). Pour les Européens, ne pas réaffirmer à New Delhi les principes de la Charte des Nations Unies, comme le respect de la souveraineté et de l'intégrité des États, constitue une ligne rouge à ne pas franchir.
Au sujet des céréales ukrainiennes, M. Michel a jugé « scandaleux » que la Russie bloque et attaque les ports maritimes ukrainiens depuis qu'elle s'est retirée d'un accord sur les céréales conclu sous l'égide des Nations unies et de la Turquie. Rappelant que l'initiative onusienne a initialement permis de livrer 32 millions de tonnes de céréales ukrainiennes, « en particulier aux pays en développement », il a qualifié d'« absolument cynique » l'offre russe portant sur un million de tonnes de céréales à l'Afrique.
L'UE soutient les efforts de la Turquie et de l’ONU pour ramener la Russie à la table de cet accord international et, dans l'intervalle, poursuit les travaux visant à trouver des routes alternatives, notamment via les ‘couloirs de solidarité’. Ces voies sécurisées ont permis d'écouler « 41 millions de tonnes » de céréales, a noté M. Michel.
Climat. Alors que 2023 serait l'année la plus chaude jamais enregistrée, le sommet de New Delhi devrait à nouveau réaffirmer l'urgence de lutter contre le dérèglement climatique, en écho aux récents propos du Secrétaire des Nations Unies, António Guterres, pour qui « l'effondrement climatique » a déjà commencé.
Ainsi, d'après une source diplomatique française, « c'est un G20 au cours duquel il nous faut prendre des engagements forts, si nous voulons réussir la COP28 » de Dubaï fin 2023. Elle a toutefois fait état de « grandes difficultés à préserver le consensus, par exemple sur la sortie du charbon, par exemple sur les énergies fossiles, par exemple sur le relèvement de l'ambition », l'Arabie saoudite menant « une campagne très dure pour affirmer que les énergies fossiles ont un avenir dans la transition verte ». « Nous disons exactement l'inverse », a-t-elle ajouté.
Pour M. Michel, « les émissions de gaz à effet de serre doivent atteindre leur pic d'ici à 2025 afin de limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius », dans l'optique de parvenir à la neutralité climatique d'ici 2050.
Néanmoins, selon une source européenne, le langage des dirigeants n'ira « probablement pas au-delà de la déclaration de Bali », notamment sur la recommandation visant à sortir des énergies fossiles, qui devrait toujours concerner uniquement le charbon (EUROPE 13064/20). Les pays du G20 pourraient quand même s'accorder sur l'objectif de tripler la production d'énergies renouvelables, une mesure que M. Michel soutient. « Nous devons être ambitieux collectivement. Cela signifie un triplement de la capacité de production des énergies renouvelables et un doublement de l'efficacité énergétique d'ici à 2030 », a-t-il préconisé.
Sera inévitablement posée la question du financement des mesures d'atténuation et de lutte contre le changement climatique. M. Modi a ainsi appelé les dirigeants du G20 à aider financièrement et technologiquement les pays en développement à cette fin.
Le président du Conseil européen a relevé que, pour la première fois, le seuil des 100 milliards de dollars annuels d'aide des pays développés sera atteint.
Quant à la demande des pays en développement d'avancer concrètement sur un mécanisme de compensation financier des pertes et dommages subis en raison du changement climatique, M. Michel a souhaité que ce principe soit décliné « en termes de modalités et de financement ».
Architecture financière internationale. S’agissant de la réforme des banques multilatérales de développement et des institutions de Bretton Woods, M. Michel s’est dit en faveur de « plus de justice ».
« Pour l’UE, l’Accord de Paris et les objectifs de développement durable sont un phare », ce qui requiert, pour les réaliser, « un financement ambitieux et des partenariats forts entre les gouvernements et le secteur privé », a-t-il souligné.
Si la communauté internationale s’est déjà accordée pour rediriger volontairement 100 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux du FMI vers les pays les plus vulnérables, « il faut faire plus et nous devons demander à d’autres de faire leur part », a-t-il déclaré.
Et d’ajouter : « Tôt ou tard, nous devrons augmenter les capacités des banques pour soutenir, pour investir, pour aider, ce qui accélérera les progrès du Fonds pour le climat et aidera à soutenir les ODD ».
Face à l’accumulation de la dette de nombreux pays en développement, en particulier en Afrique, l'ancien premier ministre belge a appelé « tous les acteurs à jouer un rôle positif et constructif » pour travailler sur le cadre commun pour le traitement de la dette - « un bon outil pour progresser », au-delà des progrès engrangés en juin dernier pour la Zambie et le Ghana au Sommet de Paris pour un nouveau pacte financier mondial (EUROPE 13208/10).
Quant à la réforme lointaine de l’architecture financière internationale, il a plaidé pour une approche réaliste en deux étapes. D’abord, évaluer ce qui peut être fait pour maximiser l’effet et la capacité de levier des banques multilatérales en utilisant leur capital. Ensuite, fixer l’objectif que les banques mobilisent à terme jusqu’à 200 milliards d’euros et accroître la coopération avec le secteur privé constituent des « chapitres potentiels du débat futur d’une réforme », a-t-il indiqué.
Union africaine. Avant même que ne débute le sommet du G20, M. Michel s’est dit « fier » du consensus qui s’est dégagé pour octroyer à l’Union africaine un statut de « membre du G20 », au même titre que l’UE, à savoir celui d’organisation internationale invitée sur une base permanente. Il a rappelé que l’UE avait immédiatement soutenu cette candidature annoncée au sommet du G7 d’Elmau (Allemagne) en juin 2022.
En marge du G20, l’UE et l’Union africaine tiendront un sommet bilatéral pour coordonner leurs positions et en vue d’un prochain ‘Pacte pour l’Afrique’. Outre l’Afrique du Sud, qui est membre du G20, les Comores en tant que présidence tournante de l’UA, le Nigeria, l'Égypte et le président de la Commission de l’UA ont été invités, a indiqué un haut fonctionnaire de l’UE.
Santé mondiale. Enfin, Charles Michel a dit attendre du G20 qu’il soutienne la nécessité de « se préparer à la prochaine urgence sanitaire de portée mondiale ». Rappelant qu’il est à l’origine, avec le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, du futur Traité mondial sur les pandémies en cours de négociation (EUROPE 13199/18), il s’est dit « confiant que ce G20 exprimera son soutien pour garantir le succès des négociations finales en mai 2024 ». (Mathieu Bion et Aminata Niang)