Les eurodéputés ont soutenu par 409 voix pour, 173 contre et 31 abstentions, mardi 12 décembre, le rapport d’initiative de Franc Bogovič (PPE, slovène) soutenant le déploiement des petits réacteurs nucléaires modulaires (PRM) pour favoriser la sécurité de l’approvisionnement en énergie et contribuer à la compétitivité de l’UE dans ce domaine.
« Les PRM sont fiables et modulables pour produire de l’électricité. Cela permettra de renforcer la production énergétique, en plus du solaire, de l’éolien, et de nouvelles générations de centrales nucléaires », a expliqué M. Bogovič, lors d’un débat qui s’est tenu la veille, lundi 11 décembre, à Strasbourg.
Il a ajouté que « l’utilisation de ces PRM sera indispensable si on veut être concurrentiels face aux États-Unis, à la Russie, à la Chine et à d’autres pays nucléaires ».
En commission parlementaire de l’industrie, de la recherche et de l’énergie, les groupes PPE, S&D, Renew Europe, CRE et ID avaient soutenu le compromis d’amendement (EUROPE 13303/14).
Une grande partie des eurodéputés de ces groupes politiques s’entendent sur le principe de ‘neutralité technologique’ et l’importance de l’énergie nucléaire pour atteindre les objectifs de décarbonation de l’UE.
Klemen Grošelj (Renew Europe, slovène) s’est félicité qu’en ouvrant le débat sur le rôle de la technologie nucléaire, « on complète l’ensemble des technologies qui seront cruciales pour la réussite de la transition verte », mais il a tenu à mentionner que les PRM ne résoudraient pas tous les problèmes miraculeusement.
« L’industrie nucléaire, comme toute autre industrie énergétique, est confrontée à des problèmes communs : un manque d'accès aux matières premières critiques, un manque de personnel qualifié et la nécessité de projets d'infrastructure très complexes », a-t-il insisté.
Tsvetelina Penkova (S&D, bulgare) a salué le rapport et jugé que les PRM étaient une technologie prometteuse, mais elle a rappelé que leur déploiement « ne doit pas se faire au détriment des normes de sécurité élevées que nous disposons en Europe ».
Pour François Thiollet (Verts/ALE, français), reprenant les mots prononcés deux ans plus tôt, dans l'hémicycle, par Michèle Rivasi, eurodéputée française décédée le 29 novembre dernier, « les PRM sont une illusion, une distraction dangereuse au nom de l’urgence climatique ».
« Ce qu’implique ce texte, c’est le détournement d’investissements qui devraient être faits en priorité vers la sobriété et les énergies renouvelables. Avec l’objectif de réduction de 55% de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, comment défendre une technologie dont les premiers réacteurs ne seront pas en service avant 2035 ? », a-t-il questionné.
La commissaire à l’Énergie, Kadri Simson, quant à elle, s'est exprimée en faveur du rapport. « Environ dix États membres explorent la viabilité économique, la sécurité, mais également la durabilité de ces PRM. Ils ont la possibilité de relever tous les défis potentiels, notamment la question de la décarbonation, de l’approvisionnement en électricité, mais également l’autonomie stratégique de l’UE ».
Elle a ainsi également rappelé que la Commission européenne travaillait à la création d’une nouvelle alliance industrielle dédiée aux PRM, qui devrait voir le jour début 2024 (EUROPE 13287/12).
Pour voir le rapport : https://aeur.eu/f/a3i (Pauline Denys)