Lors de leur visite à Pékin dans le cadre du 24e sommet UE-Chine, jeudi 7 décembre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, se sont dit « satisfaits » des échanges avec les officiels chinois, et ce malgré la faiblesse des attentes concernant des annonces substantielles dans le domaine du commerce et des investissements. Ils ont également réaffirmé la position de l'UE concernant les défis géopolitiques et mondiaux, tels que la guerre en Ukraine et la lutte contre le changement climatique.
Commerce
Les discussions auront porté sur le déséquilibre dans les relations commerciales, le déficit européen à l'égard de la Chine, la concurrence déloyale dans certains secteurs technologiques et les sanctions lancées à l'encontre de plusieurs constructeurs chinois.
L'Union a pris le pari d'exprimer fortement ses préoccupations à l'égard des pratiques commerciales déloyales venues de Pékin, et cette rencontre était l'occasion de « promouvoir nos valeurs et de protéger nos intérêts », selon les mots de Charles Michel.
Si les discussions entre les dirigeants sont restées assez larges, elles semblent avoir ouvert la voie pour des échanges « dans le détail » dans le futur, au cours de nouveaux 'dialogues de haut niveau'.
« Nous avons eu une discussion franche et ouverte sur les raisons du déséquilibre dans nos relations commerciales », a déclaré la Présidente de la Commission. « Ces causes sont connues et les pays européens ne sont pas en mesure de tolérer que notre industrie soit sapée par une compétition déloyale ».
Ursula von der Leyen a ensuite renouvelé le besoin pour l'Union de se prémunir des situations de dépendance tout en restant un partenaire fiable et essentiel de la Chine.
« La Chine considère l'UE comme un partenaire clé dans le commerce, un partenaire prioritaire dans la coopération technologique et un partenaire digne de confiance dans la coopération industrielle et la chaîne d'approvisionnement », a déclaré de son côté Xi Jinping, selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères.
« Les économies de la Chine et de l'Europe sont très complémentaires. Les deux parties devraient redoubler d'efforts pour resserrer les liens de la communauté d'intérêts communs Chine-UE par le biais d'une coopération plus profonde et plus large ».
Sur la question des sanctions, et des possibles contournements de celles-ci par les entreprises chinoises, Ursula von der Leyen a déclaré que les inquiétudes européennes avaient été « exprimées et, nous l'espérons, entendues » lors de l'échange avec le Premier ministre chinois.
Ukraine
Concernant les tensions géopolitiques exacerbées à l’échelle mondiale, Charles Michel a rappelé la responsabilité de l’Union européenne et de la Chine afin de travailler dans le sens de la paix et de la stabilité selon les principes de la Charte des Nations Unies.
« Nous encourageons vivement la Chine à s'engager de manière constructive dans la formule de paix de l'Ukraine. La Russie continue de chercher des moyens d'accéder à la technologie pour alimenter sa guerre. Une fois de plus, nous avons insisté pour que la Chine ne fournisse pas d'outils militaires à la Russie », a-t-il déclaré.
Les leaders européens ont également demandé que la Chine fasse en sorte d’empêcher toute tentative de la part de la Russie de contourner ou d'affaiblir l'impact des sanctions.
« Nous avons été clairs depuis le début de la guerre. La façon dont la Chine va se positionner vis-à-vis de l’agression russe envers l’Ukraine définira aussi notre relation UE-Chine », a rappelé, quant à elle, Mme von der Leyen.
Proche-Orient
Au sujet de la guerre au Proche-Orient, l'UE a réaffirmé le droit d'Israël à se défendre conformément au droit humanitaire international.
Les deux parties se sont accordées sur l’importance de protéger tous les civils, d'améliorer la situation humanitaire à Gaza et de mettre en œuvre la résolution 2712 du Conseil de sécurité des Nations unies, demandant notamment la libération des otages détenus par le Hamas, des pauses humanitaires urgentes et prolongées et des corridors dans l’ensemble de la bande de Gaza. L'UE et la Chine ont ensuite confirmé leur engagement en faveur de la solution à deux États.
Détroit de Taïwan
Le président du Conseil européen a également expliqué que la situation en Asie était suivie de près et que l’UE avait exprimé son inquiétude concernant des tensions grandissantes dans le détroit de Taïwan et en mer de Chine méridionale.
« Comme vous le savez, nous sommes opposés à toute tentative unilatérale de modifier le statu quo par la force ou la coercition. Nous maintenons également notre position de reconnaissance de la 'One China policy' », a-t-il déclaré.
Droits humains
Une discussion sur le respect des droits humains était également attendue de la part des dirigeants (EUROPE 13299/21).
Charles Michel a réitéré les inquiétudes de l’UE concernant les violations systématiques des droits de l'homme au Xinjiang et au Tibet. Les dirigeants ont également souligné l'érosion continue des libertés fondamentales à Hong Kong.
Mme von der Leyen a toutefois salué la reprise du dialogue sur les droits de l'homme en février 2023. Un prochain dialogue pourrait avoir lieu en 2024 en Chine, comme l’espère l’UE.
Climat
Les discussions ont également longuement porté sur la réponse au changement climatique à l’échelle mondiale. Les dirigeants se sont félicités du récent accord visant à poursuivre les travaux sur l'échange de quotas d'émission et sur l'économie circulaire.
Dans le cadre de la COP28 en cours (EUROPE 13308/6), l’UE a appelé la Chine à se joindre à l'engagement mondial de tripler la capacité des énergies renouvelables et de doubler le taux d'amélioration de l'efficacité énergétique d'ici à 2030 (EUROPE 13306/6) ainsi qu'à se joindre à l'engagement mondial en faveur du méthane (EUROPE 13306/7).
Mme von der Leyen s’est toutefois dite très inquiète du développement des centrales au charbon en Chine et a demandé que le pays adopte une position forte à l'égard des combustibles fossiles « non atténués » (‘non abated’) (EUROPE 13273/5). (Isalia Stieffatre et Pauline Denys)