Alors que les discussions entre l'UE et le Mercosur semblent s'accélérer afin de finaliser l'accord de commerce, plusieurs syndicalistes argentins ont fait le déplacement à Bruxelles pour aller à la rencontre des législateurs européens.
Andrés Larisgoitia, représentant de la Centrale des travailleurs d'Argentine (CTA), Marta Scarpato, coordinatrice internationale de la CTA, et Marita Gonzalez, secrétaire de la CGT de la République d'Argentine, estiment cet accord « injuste » et « déséquilibré » dans sa mouture actuelle.
Dans un entretien accordé à EUROPE, mardi 28 novembre, ils détaillent les problèmes qui émaillent le texte et la façon dont celui-ci va impacter les secteurs économiques du Mercosur. (Propos recueillis par Isalia Stieffatre)
Agence Europe : En l'état actuel des choses, comment voyez-vous le texte de l'accord ?
Andrés Larisgoitia : Cet accord n'est pas équilibré. Il est injuste et loin d'être bénéfique pour les pays du Mercosur.
Marita Gonzalez : Il est déséquilibré, car il n'y a pas de garanties pour le respect des droits des travailleurs ni pour les questions environnementales (EUROPE 13139/1). Il n'y a ni sanctions ni procédure claire en cas de manquements. Nous sommes convaincus que cet accord va tuer les industries en Argentine : notre industrialisation est naissante, elle a besoin d'être protégée. On ne peut pas la mettre sur le même plan que l'industrie européenne.
Que faudrait-il modifier pour aboutir à un accord plus juste ?
A. L. : On répète que le texte de l'accord ne doit pas être rouvert, mais, dans la réalité, on renégocie déjà des choses qui étaient actées, c'est donc faux. On est contre l'accord tel qu'il est actuellement ; donc, pour nous, il doit de toute façon être rouvert.
M. G. : Le sujet des IGP (indications géographiques protégées) est un problème. Beaucoup de produits locaux, qui utilisent des noms d'IGP européens, devraient désormais payer ou changer de nom. On comprend l'intérêt de protéger ces indications, mais ça va tout de même léser nos entreprises.
Marta Scarpato : Cet accord va aussi poser des problèmes dans le domaine de la pêche. Au Paraguay, par exemple, c'est un secteur qui est encore très familial et qui risque d'être tué par l'accord. Les bateaux européens iront phagocyter les eaux territoriales et vont prendre le dessus sur les pêcheurs locaux.
Les critiques de certains pays européens sur l'impact environnemental de l'accord vous semblent-elles exagérées ?
M. G. : La politique environnementale de l'Europe est hypocrite. Nous sommes évidemment d'accord pour avoir un accord respectueux de l'environnement, mais ce n'est pas aux pays du sud de porter la responsabilité du changement climatique. C'est une politique qui fait perdurer l'asymétrie entre les pays. Sur la question des pesticides utilisés en Argentine, par exemple, qui sont tant critiqués : d'où viennent-ils ? Qui nous les vend ? Des entreprises européennes.
M. S. : L'Europe fait valoir ses propres règles environnementales, développées après l'accord de 2019, pour imposer des taxes et des normes supplémentaires sur nos exportations. Nous sommes en faveur d'une transition environnementale, mais nous sommes encore un pays en développement. Les règles doivent être adaptées en fonction. Ce n'est pas le cas actuellement.
Pensez-vous que l'accession de Javier Milei au pouvoir va avoir un impact sur les négociations en cours ?
A. L. : Pour le moment, personne ne sait ce que va faire Milei. Il peut défendre le Mercosur, comme il peut défendre un accord bilatéral avec l'Argentine. D'un autre côté, on sait que le Paraguay et l'Uruguay voudraient pouvoir négocier leurs propres accords, seuls, en dehors du Mercosur. Le Brésil, lui, veut sauver cet accord.
M. G. : Milei s'est déjà tourné vers les États-Unis et Israël, qu'il présente comme ses interlocuteurs privilégiés. C'est possible qu'il signe avec ces deux pays, mais qu'il continue de négocier avec l'Union. On ne sait pas. Le processus de négociation est extrêmement fermé et cela pose problème. Si on signe un accord contre la volonté des associations, des syndicats ou de l'opinion, alors cet accord sera rejeté d'office.