À défaut d'avoir mis d'accord tous les participants sur la nécessité d'exiger un cessez-le-feu immédiat entre Israël et le Hamas - cessez-le-feu jugé impossible par le président américain, Joe Biden, la conférence humanitaire internationale pour la population civile à Gaza, présidée par le président français, Emmanuel Macron, au Palais de l'Élysée, a permis, jeudi 9 novembre, de dégager un consensus sur la nécessité d'y travailler. Pour l'heure - position de l'UE et du G7 oblige -, la priorité est à l'obtention de pauses et couloirs humanitaires.
Toutes les agences de l'ONU, les ONG et des pays comme la Slovénie ont pourtant appelé à ce cessez-le-feu immédiat comme étant « la priorité absolue » et le seul moyen d'apporter une aide en continu, « faute de quoi tous les efforts humanitaires seront vains », a souligné le Premier ministre slovène, Robert Golob. « À quoi bon livrer des médicaments si les gens sont morts le lendemain ? » a demandé pour sa part la représentante de Médecins sans frontières.
Jeudi, en fin d'après-midi, Israël annonçait une pause militaire de quatre heures dans le nord de Gaza, selon l'AFP.
Résumant les lignes de force après les interventions liminaires, Emmanuel Macron a cité les points de consensus suivants :
- la libération immédiate et sans condition des otages, la possibilité de laisser sortir en sécurité toutes les personnes qui le souhaitent de la Bande de Gaza, les garanties pour la protection du personnel humanitaire.
- l'accès indispensable de l'aide aux populations : « La pause humanitaire immédiate et la préparation d’un vrai cessez-le-feu qui permette l’action humanitaire semblent relever du consensus des organisations internationales et ONG qui opèrent. On doit en tirer les conséquences », a-t-il déclaré.
- pour sauver des vies, permettre à la population de Gaza l’accès à l’eau et à l’énergie et « mettre en place cette trêve conduisant à un cessez-le-feu humanitaire qui, seul, permettra d’avoir une réponse à la hauteur du problème ».
Le parachutage sur Gaza de matériel de santé par la Jordanie, la mise en place d’un hôpital de campagne émirien, le projet de corridor maritime proposé par le président chypriote, le pont aérien humanitaire de l'UE, l’initiative égyptienne pour soigner les blessés et la proposition de mise en place « d’un secrétariat général léger et agile pour agréger l’aide » de chacun le plus efficacement possible ont été cités comme autant d'initiatives concrètes pour parvenir à secourir la population palestinienne piégée et incessamment bombardée.
À l'entame de cette conférence, le président français avait considéré que « le groupe terroriste Hamas » était responsable de la souffrance infligée « désormais aux Palestiniens », tout en rappelant que « la lutte contre le terrorisme ne peut jamais aller sans règles. Israël le sait. Le piège du terrorisme est pour tous le même : céder à la violence et renoncer à nos valeurs ».
Le président du Conseil européen, Charles Michel, a déclaré que « l'Union européenne considère que la protection des civils doit être dans notre ADN » et a rendu hommage aux « agences de l'ONU qui ont payé un lourd tribut » dans cette guerre.
Le Président chypriote, Nikos Christodoulides, a appelé tous les pays à participer au plan de son pays concernant un corridor maritime à un seul sens pour l'aide humanitaire urgente à Gaza. Ce plan prévoit un centre de coordination de 33 pays pour l'arrivée des biens et équipements à Chypre pour ensuite acheminer l'aide depuis Chypre, avec des contrôles minutieux des navires au départ pour Gaza, en coopération avec Israël. Il s'agirait encore d'identifier un lieu sur la côte sud de Gaza, en zone neutre, pour réceptionner l'aide. L'UNRWA et l'Autorité palestinienne seraient impliquées pour la distribuer le plus rapidement possible. Ce plan est soutenu par l'UE, la Grèce, la France, les Pays-Bas et les Nations Unies.
Un appel a été lancé à accroître les contributions à l'appel de 1,2 milliard de dollars pour couvrir les besoins. M. Macron a annoncé que la France porterait son effort humanitaire à 100 millions d'euros pour 2023, poursuivra le déploiement de moyens maritimes et médicaux et projette d'accueillir des blessés et des enfants gravement malades.
L'UE a déjà quadruplé son aide humanitaire pour la porter à 100 millions d'euros et coordonné jusqu'ici, par son pont aérien humanitaire, l'envoi de 378 tonnes de biens de première nécessité pour Gaza via l'Égypte, a rappelé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Plusieurs pays ont annoncé l'augmentation de leur contribution financière, comme L'Irlande (13 millions d'euros).
« Combien de Palestiniens doivent être tués ? 6 enfants par heure, est-ce suffisant, 4 femmes par heure ? 10 000 morts en 30 jours, est-ce suffisant ? 25 000 blessés, est-ce suffisant ? », a demandé le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh. « L' ouverture au sud de Gaza, c'est juste une déportation ».
Il a remercié l'Égypte, qui a fourni 5 400 tonnes d'aide humanitaire qui ont pu entrer à Gaza. Il est très important de sauver les blessés, de fournir eau, nourriture et médicaments sur l'ensemble du territoire, eu égard notamment au risque de propagation de « fléaux qui commencent avec encore plus de 1 300 cadavres sous les décombres », a-t-il prévenu.
Soulignant que, selon le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, « le Hamas et Israël ont commis des crimes de guerre », il a déploré le silence à ce sujet. Rappelant qu'il s'agit de la sixième guerre en Palestine, il a ajouté : « Nous refusons la création d'un nouveau camp au sud de Gaza » et a estimé que « la solution, c'est de mettre fin à l'occupation et aux colonies. La Communauté internationale doit s'unir» » pour cela. (Aminata Niang)