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Bulletin Quotidien Europe N° 13271
REPÈRES / Repères

Le risque du 'deux poids, deux mesures'

Samedi 7 octobre, le conflit israélo-palestinien, éclipsé un temps de nos écrans par l'invasion russe de l'Ukraine, a refait irruption sur la scène internationale, d'une façon tragique. Encore. 

Franchissant la frontière hypersécurisée entre Gaza et Israël, le mouvement terroriste Hamas, qui administre l'enclave d'une main de fer, a laissé déferler sa haine, principalement contre des civils israéliens, mais aussi étrangers, présents dans les zones habitées voisines. Mille trois cents personnes ont été massacrées. 

Forte de sa puissance de feu, l'armée israélienne a rapidement repris le contrôle du territoire. Mais la riposte ne s'arrête pas là. En représailles, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a promis d'en finir avec le Hamas et même de reconfigurer le Proche-Orient.

Dans la communauté internationale, le monde occidental, au sein duquel l'Union européenne fait bloc derrière Israël, invoquant son droit à se défendre. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a reçu l'ambassadeur israélien auprès de l'UE, Haim Regev, lors de la réunion du Collège, tandis que le président du Conseil européen, Charles Michel, a accueilli des familles de victimes. Ils ont demandé, à juste titre, d'épargner les otages emmenés de force à Gaza pour servir de monnaie d'échange et de boucliers humains. Le Parlement européen a organisé une minute de silence sur son esplanade bruxelloise en honneur des victimes des attaques terroristes. Sa présidente, Roberta Metsola, et Mme von der Leyen se sont rendues ce vendredi 13 octobre en Israël pour exprimer le soutien de l’UE, dans les pas du Secrétaire d’État américain, Antony Blinken. 

Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a été le premier au niveau européen à aller plus loin que la condamnation de l’attaque terroriste, déplorant toute attaque contre des civils, israéliens et palestiniens (EUROPE 13268/1). « Et cela signifie: 'ne pas bloquer l’eau, la nourriture ou l’électricité à la population civile, ouvrir des couloirs humanitaires et faciliter le départ de ceux qui fuient les bombardements de Gaza en Égypte' », a prévenu M. Borrell, estimant que « certaines actions » d’Israël ne sont « pas conformes au droit international ». 

Jeudi soir, l’armée israélienne avait indiqué avoir déversé plus de 6 000 bombes sur Gaza, dont certaines au phosphore selon Human Rights Watch. Puis Tsahal a donné 24 heures aux Gazaouis pour se retirer du nord de l’enclave, laissant présager une offensive terrestre de grande ampleur. Considérant impossible de déplacer plus d’un million de personnes en si peu de temps sur un territoire exigu, les Nations Unies ont mis en garde contre l’aggravation d’une situation humanitaire déjà désastreuse. 

Au-delà de l’émotion légitime, l'Union européenne, qui préconise inlassablement une solution à deux États coexistant en paix – l'un israélien, l'autre palestinien – et qui critique la politique de colonisation en se référant aux résolutions onusiennes de 1967 constamment ignorées par Israël, serait avisée de garder l'équidistance dans un conflit dont la seule issue ne peut être que politique. 

En octobre 2022, au Parlement européen, Mme von der Leyen avait qualifié de 'crimes de guerre' les attaques de la Russie contre les infrastructures civiles ukrainiennes, notamment le réseau électrique. Un an plus tard, elle est peu diserte sur le blocus général de Gaza décrété par les autorités israéliennes. Interrogé sur deux modes opératoires qui ciblent des civils, le porte-parole de la Commission s'est borné à rappeler le contexte et les circonstances, faisant comprendre que les situations ne seraient pas comparables. Il a estimé aussi ne pas avoir à juger des mesures les plus appropriées pour permettre à Israël de combattre le Hamas. Vendredi, il a exprimé des « craintes » concernant la détérioration de la situation humanitaire, proposant l’aide de l’UE pour la création de couloirs humanitaires. 

Pressé par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, M. Michel a finalement souligné l'importance que l'aide humanitaire internationale parvienne jusqu'aux populations civiles bombardées à Gaza. Mme von der Leyen a aussi indiqué que l’aide humanitaire aux Palestiniens n’était pas remise en question, même si les sorties incontrôlées du commissaire européen à la Politique de voisinage, Olivér Várhelyi, et l’annonce de l’évaluation en cours des canaux de distribution de cette aide rendent le message inaudible.

Mais aucun n'appelle à stopper l’effusion de sang. Le droit de se défendre, certes, mais à quel prix mesuré en pertes de vies humaines ? Quand le droit de se défendre devient-il le droit de se venger en infligeant une punition collective ?

Un jour, peut-être, lorsque les extrémistes de tous bords ne seront plus au pouvoir, il faudra bien retourner à la table des négociations, car les Israéliens ne seront pas en sécurité tant que plus de deux millions de Palestiniens survivront enfermés à leurs côtés, sans même évoquer la Cisjordanie. C'est un enseignement de cette attaque effroyable qu'a subi Israël. Et ce jour-là, si l'Union européenne entend être un interlocuteur crédible, elle doit se garder de condamner certaines atrocités en en oubliant d’autres. Il ne peut y avoir de sélectivité dans la dénonciation des violations des droits humains. 

Sinon, c'est la porte ouverte au 'deux poids, deux mesures'.

 

Mathieu Bion

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