login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13268
REPÈRES / Repères

Cascade d’élections importantes pour six pays, donc pour l’Union

Le 30 septembre, les Slovaques ont renouvelé leur Parlement. Durant ces derniers jours, des Grecs, des Luxembourgeois et des Allemands ont voté. Dimanche prochain, 15 octobre, des élections législatives auront lieu en Pologne. Les Néerlandais choisiront leurs députés le 22 novembre.

Ces scrutins ne sont pas d’égale importance. En Grèce, les élections du 8 octobre, dites « locales », concernaient les municipalités, mais aussi la gouvernance des 13 régions. Elles ne devraient pas avoir d’impact sur le gouvernement de droite de Kyriakos Mitsotakis, qui avait obtenu la majorité absolue au Parlement national en juin, mais servir tout de même d’indicateur sur l’état de l’opinion publique après un été marqué par des catastrophes.

En Allemagne, deux élections régionales avaient lieu le même jour, d’une part dans le plus grand Land du pays, la Bavière (9,4 millions d’électeurs, 180 députés), d’autre part en Hesse (4,3 millions d’électeurs, 110 députés). Elles constituaient un test important pour le gouvernement fédéral d’Olaf Scholz, composé de Sociaux-démocrates (SPD), de ‘Verts’ et de Libéraux (FDP). Les deux Länder sont des fiefs traditionnels de l’opposition (la CSU et la CDU respectivement) et le resteront, avec une nette victoire ; tout aussi traditionnellement, le SPD y est faible. L’enjeu était surtout l’ampleur du recul des Verts et du FDP, lequel jouait sa survie – d’où les tensions récentes au sein du gouvernement et avec l’UE, par exemple sur la « voiture propre » (EUROPE 13144/1). Les résultats démontrent, dans les deux scrutins, un recul des trois composantes de la coalition et une montée du parti d’extrême droite (AfD), arrivé en deuxième position en Hesse et en troisième en Bavière. Quant au FDP, grand perdant, avec 3%, il ne sera plus représenté au Parlement bavarois et le sera de justesse dans le hessois. Comme les Verts ont limité les dégâts, le rapport de force au sein du gouvernement Scholz s’en trouve modifié, ce qui augure des difficultés supplémentaires.

Dans un bien plus petit pays (660 800 habitants), il s’agissait, cette fois d’une élection nationale : 60 députés à élire au Grand-Duché de Luxembourg. En 2018, Xavier Bettel, chef du parti libéral (DP, 12 sièges), avait pu conserver son poste de Premier ministre en formant une coalition avec les Socialistes et les ‘Verts’, ce pendant que le Parti chrétien social (CSV) avait obtenu le plus de sièges (21). Depuis dimanche soir, cette coalition n’a plus la majorité, en raison de la chute des ‘Verts’, passant de 9 à 4 sièges, alors que les autres formations ont légèrement progressé : 29 sièges au total, c’est trop court. Donc, soit la majorité sortante sera élargie à un autre des petits partis, (mais celui d’entre eux qui est le plus riche en sièges (6) est l’ADR, de tendance populiste), soit le CSV (21 sièges) parviendra à constituer une autre coalition. Il y a donc un certain suspense : il n’est pas sûr que Xavier Bettel participe encore au Conseil européen.

De ce point de vue, les choses seront plus claires aux Pays-Bas, où le Premier ministre sortant, le libéral Mark Rutte, quitte la vie politique. Selon les sondages actuels (mais à plus d’un mois du scrutin), la liste « éco-socialiste », emmenée par l’ancien vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, ferait, légèrement, la course en tête.

Mais jetons un regard vers l’Europe centrale et orientale, où les enjeux sont plus cruciaux. En Slovaquie, les élections législatives anticipées du 30 septembre ont eu pour effet la victoire du SMER et de son chef, Robert Fico. Celui-ci avait déjà été longuement premier ministre, non sans séquences troublantes : une alliance, en 2006, avec l’extrême droite qui lui avait valu une exclusion temporaire du PSE (EUROPE 9286/6) et, en 2018, la démission de son poste à la suite de l’assassinat du journaliste Ján Kuciak qui enquêtait sur des pratiques mafieuses, une affaire d’ampleur nationale, au moins (EUROPE 11987/29). Aux élections de février 2020, après une campagne anti-corruption, l’opposition de centre-droit, proeuropéenne, l’emporta sur le SMER, mais le nouveau gouvernement fut en proie à l’instabilité : trois premiers ministres et une chute dans les sondages.

Avec 23% des suffrages, Fico a de nouveau la main et la Présidente de la République, Zuzana Čaputová (sociale-libérale) l’a chargé, sans joie, de former le nouveau gouvernement. Tout cela serait anecdotique si le SMER, jadis socialiste, n’était pas devenu populiste et si son chef n’avait pas gagné sur une thématique inquiétante : il y a plus urgent que d’aider l’Ukraine, ménageons la Russie, halte aux migrants, ne nous laissons pas faire par l’Union européenne, etc. Bref Fico s’était mué en ‘petit Orbán’ et l’eurosphère souhaite secrètement qu’il n’arrive pas à constituer une majorité. Au Parlement européen, le groupe S&D n’a pas encore décidé d’exclure le SMER (EUROPE 13263/24).

Mais le plus important est devant nous : les élections législatives ont lieu en Pologne dimanche prochain. Le parti PiS, notoirement conservateur et eurosceptique, au pouvoir depuis 2015, espère remporter un troisième mandat de quatre ans. Sa coalition ‘Droite unie’ reste favorite dans les sondages, mais talonnée par la ‘Coalition civique’ (centriste), emmenée par l’ancien Président du Conseil européen et ancien Premier ministre polonais, Donald Tusk, qui fait l’objet d’attaques verbales virulentes par les dirigeants actuels. Il a cependant réussi des manifestations de masse, dont la dernière, tenue le 1er octobre, aurait rassemblé un million de personnes à Varsovie. L’on peut en déduire la lassitude d’une partie de la population face à un gouvernement jugé autoritaire et corrompu, qui politise la justice, malmène le droit à l’avortement, est ouvertement hostile à la communauté LGBTQ, s’est aliéné l’Union européenne et a collectionné les condamnations par la Cour de justice de celle-ci, notamment pour non-respect de l’État de droit.

Comme d’autres partis pourraient s’allier à la Coalition civique, le pouvoir craint de perdre sa majorité absolue ; il multiplie donc les propos nationalistes et cherche à se consolider l’appui des agriculteurs – d’où la fermeture des frontières aux céréales ukrainiennes et même la décision de ne plus livrer d’armes à l’Ukraine, après l’avoir soutenue de toutes ses forces. Tout cela traduit une fébrilité. Et, bien entendu, Varsovie ne digère pas les accords au Conseil de l’UE dans le cadre du pacte migratoire européen. On l’a encore vu durant la sommet européen informel de Grenade, où le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, a sorti, une fois de plus, sa rhétorique antieuropéenne et xénophobe, en dénonçant les « diktats qui viennent de Bruxelles et Berlin ». (EUROPE 13266/2). En marge de l’élection de députés, les Polonais seront aussi consultés par quatre référendums, dont un sur la migration (EUROPE 13234/34), ce que dénonce l’opposition.

C’est à un choix politique historique que procéderont les Polonais. Leur démocratie est en danger. Pour gérer ses immenses défis, l’Union européenne a besoin de membres loyaux, à l’Ouest, mais aussi à l’Est, où le plus grand d’entre eux pèse de tout son poids.

Renaud Denuit

Sommaire

REPÈRES
ACTION EXTÉRIEURE
SÉCURITÉ - DÉFENSE
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
BRÈVES