Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a appelé, mardi 10 octobre, à l’issue d’une réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères, à la protection des civils au Proche-Orient.
Les ministres des Affaires étrangères israélien et palestinien avaient été invités à participer à la discussion, mais cela ne s’est pas concrétisé.
M. Borrell a précisé que tous les ministres européens avaient condamné les attaques terroristes et toute attaque contre des civils, appelé à la libération des otages israéliens et à la protection des civils et demandé le respect de la loi humanitaire internationale. « Et cela signifie ne pas bloquer l’eau, la nourriture ou l’électricité à la population civile, ouvrir des couloirs humanitaires et faciliter le départ de ceux qui fuient les bombardements de Gaza en Égypte », a prévenu M. Borrell, en référence au siège annoncé par Israël de la bande de Gaza.
« Certaines actions (d’Israël, NDLR) ne sont pas conformes au droit international. C'est un moment critique où la réaction à l'attaque barbare perpétrée par le Hamas provoque une situation dans laquelle nous devons nous rappeler que le droit à la défense doit être exercé dans le cadre du droit international, ce qui signifie que tout le monde doit respecter le droit humanitaire international », a-t-il ajouté.
Pour M. Borrell, le soutien à l’Autorité palestinienne doit continuer
Le Haut Représentant est revenu sur la révision annoncée par la Commission européenne de l’aide aux Palestiniens. Rappelant que « tous les Palestiniens ne sont pas des terroristes », il a jugé qu’une « punition collective contre tous les Palestiniens serait donc injuste et improductive et irait à l'encontre de nos intérêts et de ceux de la paix ».
Selon M. Borrell, « à une écrasante majorité, à deux ou trois exceptions près », les États membres ont déclaré clairement que la coopération avec l'Autorité palestinienne devait se poursuivre, que le financement devait continuer et que les versements ne devaient pas être interrompus.
« Ce serait une grave erreur, en ce moment critique, de cesser notre soutien à l'Autorité palestinienne. Ce serait une erreur, car ce serait le meilleur cadeau que nous pourrions faire au Hamas et cela mettrait en péril nos intérêts et notre partenariat avec le monde arabe », a-t-il estimé.
La veille, le commissaire au Voisinage, Olivér Várhelyi, avait annoncé la suspension de toute l’aide au développement aux Palestiniens (EUROPE 13267/1). Une annonce qui, selon le porte-parole de la Commission européenne, Eric Mamer, a été faite sans concertation avec les autres membres de la Commission européenne.
Dans un communiqué publié le 9 octobre dans la soirée, la Commission avait annoncé qu’elle lançait un réexamen urgent de l'aide de l'UE à la Palestine - soit l’aide à l’Autorité palestinienne et aux projets, et à l’UNRWA (l'Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens). En 2023, 82 millions d'euros ont déjà été versés à l’UNRWA et 10 millions supplémentaires pourraient être alloués. Pour l’Autorité palestinienne et les projets, aucun fonds n’a encore été dépensé en 2023, mais 168 millions d'euros pourraient être alloués sous le budget 2023.
« La Commission procédera à cet examen dès que possible et coordonnera avec les États membres et les partenaires toute action de suivi nécessaire », précise le communiqué, qui ajoute que, dans l'intervalle, « aucun paiement n'ayant été prévu, il n'y aura pas de suspension des paiements ».
« Outre les garanties existantes, l'objectif de ce réexamen est de veiller à ce qu'aucun financement de l'UE ne permette indirectement à une organisation terroriste de mener des attaques contre Israël », selon la Commission. Celle-ci examinera également si, « à la lumière des nouvelles circonstances sur le terrain », ses programmes d'aide à la population palestinienne et à l'Autorité palestinienne doivent être ajustés.
« Cette révision ne doit pas être une excuse pour retarder la mise en œuvre de notre coopération. Elle doit être mise en œuvre rapidement », a prévenu le Haut Représentant de l'UE.
La Commission européenne a précisé que le réexamen ne concernerait pas l'aide humanitaire fournie dans le cadre des opérations européennes de protection civile et d'aide humanitaire (ECHO). En 2023, l’aide humanitaire s’élève à 27,9 millions d’euros.
Préparer l’avenir
M. Borrell a aussi appelé à préparer le « jour d’après ». Le Haut Représentant a estimé qu’il fallait renforcer la coopération de l’UE avec le monde arabe et « recalibrer et améliorer » l'initiative prise avec la Ligue arabe, l'Égypte, la Jordanie et l'Arabie saoudite afin de relancer le plan de paix arabe.
Selon lui, il est nécessaire de « rappeler au monde que le problème palestinien existe toujours, que faire la paix entre les pays arabes et Israël est une bonne chose et que c'est nécessaire. Mais il faut aussi faire la paix avec les Palestiniens ». « Sinon, le cycle de la violence reprendra », a prévenu le chef de la diplomatie européenne.
Les députés européens solidaires d’Israël
Plus tôt dans la journée, les députés européens de la commission des affaires étrangères du Parlement européen s’étaient réunis, à huis clos, avec des représentants du Service européen pour l’action extérieure et de la direction générale du Voisinage (DG NEAR) de la Commission européenne, mais aussi l’ambassadeur d’Israël auprès de l’UE, pour discuter de la situation.
« Nos collègues, toutes tendances politiques confondues, ont exprimé leur entière solidarité avec Israël à l'occasion de cette attaque terroriste brutale et scandaleuse », a précisé David McAllister (PPE, allemand), le président de la commission parlementaire, à l’issue de la réunion de 1h30.
Il a précisé que la situation au Proche-Orient ferait certainement l’objet d’un débat lors de la prochaine session plénière.
La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a également annoncé une commémoration solennelle, mercredi 11 octobre à 12h45, pour les victimes des attentats terroristes perpétrés en Israël ce week-end. (Camille-Cerise Gessant)