Lors de la 3e réunion de la Communauté politique européenne, jeudi 5 octobre à Grenade, les dirigeants des États représentés ont abordé les défis migratoires auxquels le continent européen est confronté, et ce à la veille de la réunion informelle des chefs d’État ou de gouvernement, qui devraient également aborder la question.
À son arrivée au Palais des Congrès de Grenade, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a insisté sur le fait que « le moment était venu pour l'Europe d'adopter des accords décisifs pour faire face aux importants flux migratoires qui pèsent sur le continent et en particulier sur certains pays ».
Il a également rappelé les avancées obtenues par les ambassadeurs des États membres de l’UE, qui sont parvenus à un accord, mercredi 4 octobre, sur la gestion des crises et situations de force majeure en matière migratoire (EUROPE 13252/7).
Toutefois, certains dirigeants ont rappelé leurs inquiétudes lors de cette rencontre. C’est le cas du Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, qui a appelé à « une plus grande coopération au niveau de l'UE et la sécurisation des frontières extérieures ainsi que la possibilité de contrôler davantage les entrées régulières sur le continent ».
En marge de la réunion, le président français, Emmanuel Macron, a indiqué qu'il s’était entretenu avec la présidente de la Commission européenne et les dirigeants d’Italie, des Pays-Bas, de l’Albanie et du Royaume-Uni, à l'initiative du Premier ministre britannique, Rishi Sunak, au sujet de la lutte contre les migrations illégales. Selon M. Macron, un travail est en cours sur la rédaction d’un document en cinq points visant à empêcher la migration illégale et à harmoniser les règles pour les pays d’accueil et de transit. Il a invité les autres membres de la CPE à se joindre à cette initiative.
Enfin, le président français a tenu à réaffirmer la pertinence de la CPE pour poursuivre ce travail de mise en commun d’informations sur la lutte contre les trafiquants et d’harmonisation des règles. « Nous voulons avoir une approche beaucoup plus coordonnée avec les pays d’accueil et de transit, parce que, quand nous agissons de façon désordonnée et divergente (…) il y a une perte d’efficacité », a-t-il ajouté.
Ces discussions se poursuivront également lors de la 4e réunion de la CPE, qui se tiendra au Royaume-Uni au printemps.
Mise à part cette avancée, peu de résultats concrets ont été observés lors de cette 3e réunion de la Communauté politique européenne. Si, initialement, des rencontres entre les dirigeants arménien et azerbaïdjanais et entre les responsables serbe et kosovar avaient été espérées, celles-ci n'ont pas eu lieu.
« Cette plateforme communautaire politique peut et doit jouer un rôle important pour désamorcer les conflits et contribuer à leur résolution, notamment dans le Caucase du Sud et entre le Kosovo et la Serbie », avait pourtant déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, lors de son arrivée au Palais des Congrès.
Azerbaïdjan - Arménie
Cependant, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdoğan, n’ont pas fait acte de présence, ce qu’a déploré le Haut Représentant de l'UE, Josep Borrell. « C’est dommage que l’Azerbaïdjan ne soit pas présent, mais aussi la Turquie, qui est le principal pays soutenant l'Azerbaïdjan. Cela ne nous donne donc pas l’occasion de parler ici d'une chose tellement grave que plus de 100 000 personnes ont dû quitter leur maison à la suite d'un acte de force militaire », a-t-il regretté.
La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a également ajouté que cette rencontre entre dirigeants de la Communauté politique européenne était une opportunité d'avoir tout le monde autour de la table. « On regrette toujours qu'un pays ne soit pas présent », a-t-elle soutenu.
Alors qu'une réunion à cinq avait été initialement annoncée - avant la prise du Haut-Karabakh par l'Azerbaïdjan, puis l'annulation de la participation de M. Aliev - Emmanuel Macron, le chancelier allemand, Olaf Scholz, et le président du Conseil européen ont échangé avec le Premier ministre arménien, Nikol Pashinian (voir autre nouvelle).
Malgré l'absence de M. Aliev, Charles Michel a tenu à rester optimiste. « Il ne faut jamais abandonner. Les efforts de diplomatie sont nécessaires même en cas de difficultés ou de revers ». Il a en effet annoncé une rencontre à Bruxelles, d'ici la fin du mois d'octobre, entre le Premier ministre arménien et le président azerbaïdjanais (voir autre nouvelle). M. Michel a rappelé que les efforts de médiation qu'il mène avaient permis des progrès. « Nous avons fait beaucoup de progrès dans la médiation. Nous avons obtenu des résultats concrets et tangibles », a-t-il souligné.
Serbie - Kosovo
Malgré la présence autour de la table de la Communauté politique européenne du président serbe, Aleksandar Vučić, et de la présidente kosovare, Vjosa Osmani, aucune rencontre n'a eu lieu entre les deux dirigeants.
Lors de la précédente CPE à Chisinau, ils s'étaient brièvement entretenus, mais avec l'attaque d'un policier kosovar le 24 septembre, le ton s'est durci. À son arrivée à la CPE, Mme Osmani a prévenu qu'elle ne rencontrerait pas M. Vučić. « Pour quoi faire ? », a-t-elle lancé.
Elle a estimé qu'il n'y avait pas de 'business as usual' après les événements du 24 septembre, appelant à des sanctions contre M. Vučić. « D'abord des sanctions, et après on pourra discuter de réunions », a-t-elle expliqué.
Possible signe de tensions entre les pays organisateurs de la CPE : la conférence de presse finale a été annulée. (Pauline Denys avec Camille-Cerise Gessant)