Vice-gouverneur de la Bundesbank, l'Allemande Claudia Buch a tenté de convaincre les eurodéputés, mercredi 20 septembre, qu'elle est la personne la plus à même de diriger, à partir de janvier 2024, le Conseil de supervision unique (SSM), l'autorité européenne interne à la BCE chargée de superviser directement les grandes banques au sein de l'union bancaire en zone euro.
« Je suis apte pour cette fonction. Sinon, je n'aurais pas candidaté », a assuré Mme Buch. Elle a fait valoir ses dix ans d'expérience au sein de la Bundesbank, qui lui ont permis d'acquérir une expérience à la fois micro- et macroprudentielle de la supervision bancaire.
Les représentants des groupes politiques, hormis ceux du PPE et de Renew Europe, ont regretté que le Conseil des gouverneurs de la BCE n'ait pas tenu compte de la recommandation informelle des coordinateurs de la commission des affaires économiques et monétaires du PE, qui avaient indiqué leur préférence pour l'autre candidate, l'Espagnole Margarita Delgado. D'aucuns considèrent que le choix porté sur Mme Buch est de nature à favoriser la candidature à la présidence de la BEI de la ministre espagnole des Finances, Nadia Calviño (EUROPE 13251/10).
Les critiques ont été les plus franches de la part des Espagnols Jónas Fernández (S&D) et Ernest Urtasun (Verts/ALE), qui ont affiché leur indépendance vis-à-vis des tractations politiques en cours. Relisant l'article énonçant la procédure de nomination du président du Conseil SSM, M. Fernández a demandé à Mme Buch si elle pouvait faire acte de candidature alors qu'elle est encore suppléante d'un membre du directoire de la BCE.
Il est « parfaitement clair » que, si je suis définitivement nommée, je démissionnerai de ma fonction actuelle afin de respecter la séparation entre politique monétaire et supervision bancaire, a assuré celle-ci.
Aux députés qui lui ont demandé si elle se sentait à l'aise dans ces circonstances, Mme Buch a dit comprendre « les inquiétudes » sans souhaiter entrer dans le jeu politique, préférant se focaliser sur le contenu de la fonction qu'elle ambitionne. Elle a promis d'agir pour renforcer une culture commune de supervision, d'œuvrer pour la stabilité financière et de mettre en place une coopération sincère avec le Parlement, « allié crucial » dans le parachèvement de l'union bancaire en zone euro.
Si elle succède à l'Italien Andrea Enria, Mme Buch se fixe trois objectifs : - pousser le secteur bancaire à s'adapter à « un environnement imprévisible » faisant émerger de nouveaux risques (géopolitiques, climatiques, de taux) ; - rendre la supervision « plus proactive » ; - coopérer étroitement avec toutes les parties prenantes, dont le PE et le Conseil de résolution unique (SRB).
En réponse à une question de Stéphanie Yon-Courtin (Renew Europe, française), Mme Buch a prôné de renforcer le piliers 'résolution' de l'union bancaire et de constituer le pilier 'garantie des dépôts'. « Plus nous sommes crédibles en termes de résolution, plus la supervision devient facile », a-t-elle estimé, convaincue que la menace ultime d'être exclu du marché doit exister. (Mathieu Bion)