Le directeur exécutif adjoint à la direction ‘Europe de l’Est et Asie centrale’ au Service européen pour l’action extérieure, Luc Devigne, a appelé les Européens, mercredi 20 septembre, à être prêts à une détérioration de la situation au Karabakh, au lendemain du début de l’offensive azerbaïdjanaise.
En parallèle de l’audition de M. Devigne en commission des affaires étrangères du Parlement européen, l'Azerbaïdjan a annoncé mercredi qu'il avait mis fin à son opération militaire, après que les forces séparatistes arméniennes ont accepté de déposer les armes et d'organiser des pourparlers de réintégration.
« On doit être prêt pour des scénarios tragiques, malheureusement, car, si la grande majorité de la population du Karabakh (soit 150 à 200 000 personnes) était forcée de partir, cela mènerait à une situation compliquée pour leur transfert, à une crise humanitaire pour l’Arménie », pays de 2,8 millions d’habitants, a-t-il prévenu. Il a ajouté que la situation humanitaire des habitants du Haut-Karabakh était difficile après 9 mois de blocus, y compris énergétique.
Il s’est également inquiété de possibles arrestations d’habitants du Karabakh sur des accusations de crime de guerre en cas d’évacuation de masse, comme cela a déjà été le cas.
Lors de son intervention, M. Devigne est également revenu sur le rôle de la Russie, rappelant que, si elle avait 2 000 soldats de la paix sur place, ceux-ci ne faisaient rien - ils « n’empêchent aucune opération militaire ».
De leur côté, les députés européens – s’inquiétant d’une possible épuration ethnique - ont appelé l’UE à passer des paroles aux actes. Plusieurs d’entre eux ont appelé à l’adoption de sanctions contre le dirigeant Ilham Aliev et ses proches, la suspension des relations bilatérales, y compris de l’accord sur le gaz. Concernant les sanctions, M. Devigne a précisé que, lors d’une discussion tenue entre les États membres en août, il n’y avait pas eu d’unanimité.
Charles Michel appelle au traitement digne des Arméniens du Karabakh
De son côté, le président du Conseil européen, Charles Michel, a annoncé s’être entretenu avec le président azerbaïdjanais lors d'un appel téléphonique « pour garantir un cessez-le-feu total et un traitement sûr et digne par l'Azerbaïdjan des Arméniens du Karabakh ». « Leurs droits et leur sécurité doivent être garantis de manière crédible. L'accès à l'aide humanitaire immédiate est nécessaire », a prévenu M. Michel, qui participe depuis des mois à une médiation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Le porte-parole du Service européen pour l’action extérieure, Peter Stano, a espéré que l’annonce du cessez-le-feu soit suivie d’effets, et a souhaité une cessation immédiate des hostilités. Devant les médias, il a également jugé important que l’opération militaire ne soit pas utilisée comme un prétexte pour forcer les habitants à l’exode.
La veille, la secrétaire générale du Conseil de l’Europe, Marija Pejčinović Burić, qui s’était entretenue avec le ministre des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan, Djeyhoun Baïramov, en marge du débat général de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, avait déploré que des civils innocents et vulnérables, « qui traversent déjà une crise humanitaire aiguë dans la région, soient une fois de plus les premières victimes de l’usage de la force ». « Il est grand temps de déposer les armes, de désamorcer les tensions et d’engager le dialogue », avait-elle plaidé, ajoutant que le Conseil de l’Europe était disposé à participer au processus de dialogue et à apporter son aide en vue de garantir à toutes et à tous le plein exercice des droits humains, y compris les droits des minorités nationales.
« Il est inconcevable qu'au moment même où la situation concernant l'acheminement de l'aide humanitaire au Haut-Karabakh semblait s'améliorer et qu'une lueur d'espoir apparaissait, l'Azerbaïdjan ait pris la décision de lancer cette démonstration de force », avait dénoncé pour sa part Tiny Kox, président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. (Camille-Cerise Gessant avec Véronique Leblanc et Léa Marchal)