login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13252
REPÈRES / Repères

Sur l’état présent de l’Union (1/2)

Les statistiques de l’emploi restent bonnes, mais la croissance du PIB s’avère contraire aux prévisions : 0,7% pour cette année. La crise énergétique a été jugulée ; cependant, les prix du gaz, de l’électricité et des carburants restent trop élevés pour de nombreux ménages. Le pouvoir d’achat stagne et la politique de la BCE, si elle a, par les relèvements successifs des taux directeurs (EUROPE 13250/1), le mérite de freiner l’inflation et de rendre l’épargne un peu plus intéressante, produit une hausse des taux d’intérêt pour les crédits hypothécaires et d’autres prêts. Le logement reste un problème en Europe, même pour ceux qui ne sont pas candidats à la propriété. La pauvreté n’a pas diminué et le nombre de sans-abri reste élevé (EUROPE 13243/18). L’espoir d’une taxation spécifique des surprofits des entreprises énergétiques et des banques s’est envolé.

Des inquiétudes catégorielles se manifestent du côté des agriculteurs, des entreprises industrielles et spécialement des PME. La sécurité dans les cités vacille devant les fusillades qui se multiplient, largement dues aux méthodes hallucinantes des trafiquants de drogue. Le dérèglement climatique s’impose aux foules de la façon la plus irrécusable et, durant le week-end dernier, des milliers de personnes ont manifesté dans plusieurs villes contre l’inaction de leurs gouvernements.

La question migratoire n’est nullement réglée. Durant la semaine passée, plus de 8 000 migrants sont arrivés à Lampedusa. Les autorités italiennes sont débordées et se sentent lâchées par l’Europe, surtout après le refus allemand d’en accueillir. Le paquet législatif du pacte migratoire, sur la table depuis septembre 2020, est encore loin d’être totalement approuvé (EUROPE 13249/6). L’accord du 8 juin au Conseil sur la solidarité avec les pays de première entrée et les procédures d’asile aux frontières est contesté par la Hongrie et la Pologne. Dans ce dernier pays, les élections législatives du 13 octobre seront doublées d’un référendum portant sur la question suivante : « Soutenez-vous l’admission de milliers d’immigrants illégaux du Moyen-Orient et d’Afrique dans le cadre du mécanisme de relocalisation forcée imposé par la bureaucratie européenne ? » (EUROPE 13234/34).

S’agissant de la solidarité avec l’Ukraine, celle de l’Europe centrale a démontré ses limites. Depuis samedi, les restrictions à l’importation de céréales ukrainiennes vers les cinq pays concernés sont levées par décision de la Commission, tout en obligeant Kiev à des contrôles. Mais la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie prolongeront unilatéralement leur embargo (EUROPE 13251/1). Par ailleurs, la Hongrie bloque toujours l’aide financière supplémentaire de l’UE à l’Ukraine (près de 500 millions d’euros dans le cadre de la ‘Facilité européenne pour la Paix’) et, quant aux sanctions contre la Russie, même si elle les adopte formellement, elle les attaque verbalement. Pour compléter le tableau, Budapest et Varsovie n’ont toujours pas satisfait aux exigences requises selon le critère de l’État de droit pour recevoir la manne du Plan de relance européen (EUROPE 13241/2).

Ainsi va l’état de l’Union en sa dure réalité.

Qu’en pensent les gens ? L’état de l’opinion publique peut être mesuré, notamment, par les sondages commandés par le Parlement européen sur les intentions de vote pour les prochaines élections européennes. Selon les données recueillies en août, et en tenant compte de la décision de porter à 720 le nombre d’eurodéputés (EUROPE 13249/24), les gains en sièges iraient surtout au profit de la droite eurosceptique et radicale : les Conservateurs et réformistes européens (CRE) (+17) et ‘Identité et démocratie’ (+13). Au sein de la coalition centrale, le PPE perdrait 13 sièges, Renew Europe 11, mais les Sociaux-démocrates en gagneraient 6. Les plus grands perdants seraient les Verts/ALE, avec 53 sièges au lieu de 72 actuellement, ce qui est paradoxal, car le climat est une préoccupation majeure pour 77% des citoyens (Eurobaromètre de juin 2023). La gauche radicale serait stationnaire. Même affaiblie, la coalition centrale resterait majoritaire dans la nouvelle assemblée, mais beaucoup de choses peuvent encore se passer d’ici juin 2024.

Cette perspective a nettement inspiré le discours sur l’état de l’Union prononcé par la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 13 septembre, devant le Parlement européen (EUROPE 13249/1). Un discours bien charpenté, non dénué d’émotions ni d’effets oratoires et fort applaudi. C’était le dernier discours de ce type dans le cadre du mandat de cette Commission. À le relire, il s’agissait moins d’une description rigoureuse de l’état actuel de l’Union que d’un rappel enthousiaste des réalisations, complété par des annonces d’actions futures. Les constats factuels le cédaient aux exhortations. L’emphase fut mise sur les droits des femmes, le 'Pacte vert européen', l’économie, les aspects internationaux (migration, commerce, Afrique, Ukraine) et les élargissements futurs.

Le discours était destiné à certains publics cibles, peut-être estimés ‘à reconquérir’. Hommage fut rendu aux agriculteurs inquiets, avec la promesse d’un dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture (EUROPE 13249/5). Pour l’industrie éolienne, un paquet de mesures était annoncé (EUROPE 13249/3). Pour l’industrie automobile, une enquête antisubventions sur les véhicules électriques chinois a été immédiatement ouverte (EUROPE 13249/1). Aux PME, un représentant de haut niveau est promis avant la fin de l’année. Cadeau aux syndicats : un nouveau sommet des partenaires sociaux aura lieu durant la Présidence belge du Conseil de l’UE (EUROPE 13249/8). Pour la Bulgarie et la Roumanie, un accueil rapide dans l’espace Schengen s’impose.

Le plaidoyer pour l’intelligence artificielle était nuancé, mais sans doute trop optimiste, compte tenu des licenciements qu’elle induit dès à présent. La question du bon fonctionnement du marché intérieur ne fut pas traitée, ni la persistance de la concurrence fiscale entre États membres. Le rôle des consommateurs dans la transition verte ne fut pas mentionné. L’enjeu de la défense européenne fut à peine évoqué et la ‘Boussole stratégique’ à nouveau ignorée. Le texte était également faible sur l’avenir du budget de l’UE et les nouvelles ressources propres. Rien ne fut annoncé en faveur du bien-être animal, à la grande déception de ses défenseurs. (À suivre)

Renaud Denuit

Sommaire

REPÈRES
Invasion Russe de l'Ukraine
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
SÉCURITÉ - DÉFENSE
ACTION EXTÉRIEURE
ÉDUCATION - JEUNESSE - CULTURE - SPORT
INSTITUTIONNEL
BRÈVES
Kiosque