Bien que l’UE ait fixé des objectifs de croissance jugés ambitieux pour le secteur des énergies marines renouvelables (EMR), ceux-ci pourraient bien s’avérer inatteignables, tout comme la garantie de durabilité sociale et environnementale, selon un rapport de la Cour de comptes européenne publié lundi 18 septembre.
Celle-ci s’est penchée sur l’évolution des politiques liées aux EMR, comme l'éolien, l'énergie océanique ou le solaire flottant, en se focalisant sur la situation de quatre États membres : l’Allemagne, l’Espagne, la France et les Pays-Bas.
En 2020, la Commission européenne a adopté une stratégie visant à développer les EMR et, depuis 2007, l’UE a consacré 2,3 milliards d’euros à ces technologies, en plus de 14,4 milliards d’euros de prêts et d’investissements en fonds propres débloqués par la Banque européenne d’investissement.
L’objectif de l’UE est de faire passer la capacité installée sur son territoire de 16 GW actuellement à 61 GW en 2030 et à 340 GW en 2050.
Un déploiement rapide d’installations d’EMR est donc jugé nécessaire. Ceci demande un espace maritime très vaste et la mobilisation d’environ 800 milliards d’euros, principalement en provenance du secteur privé.
Durabilité environnementale et sociale
Le rapport met en avant le « dilemme écologique » lié à l’essor des EMR. Leur développement constitue « un passage obligé de la transition écologique du vieux continent », mais il risque de porter atteinte au milieu marin.
« La révolution bleue ne doit pas se faire à n’importe quel prix », a insisté Nikolaos Milionis, le membre de la Cour des comptes responsable de l’audit.
Dans son rapport, la Cour des comptes constate, en effet, que la Commission européenne n’a pas évalué les effets potentiels de ces technologies sur l’environnement et craint que le développement important des EMR se fasse au détriment de la biodiversité marine, allant du déplacement d’espèces aux changements dans la structure des populations, en passant par la modification des schémas de migration.
Par ailleurs, les auditeurs révèlent plusieurs obstacles au développement massif des EMR comme l’opposition aux projets (les conflits avec les pêcheurs en particulier), le manque de projets communs entre pays partageant les mêmes eaux marines ainsi que le manque d’études suffisamment approfondies sur le développement des EMR.
Selon le rapport, il existe également des risques liés à l’approvisionnement en matières premières, comme celles nécessaires à la fabrication d’aimants permanents pour les générateurs, qui sont actuellement presque entièrement fournis par la Chine.
Enfin, les délais d'approbation des installations éoliennes en mer sont très longs au niveau national. En France, ces délais peuvent atteindre jusqu'à 11 ans.
La Cour des comptes recommande à la Commission européenne de favoriser le développement des EMR, notamment en invitant les États membres à inclure leurs objectifs nationaux pour les EMR, déclinés par type de technologie, dans leurs plans nationaux Énergie-Climat (PNEC) et à apporter une meilleure réponse aux difficultés sociales, industrielles et environnementales soulevées par le développement des EMR.
Pour voir le rapport de la Cour des comptes : https://aeur.eu/f/8mp (Pauline Denys)