Pas moins de 895 000 personnes sont aujourd'hui sans domicile fixe dans l’Union européenne, ont indiqué le 5 septembre l’organisation FEANTSA (Fédération européenne des organisations nationales travaillant avec les sans-abri) et la Fondation Abbé Pierre lors de la présentation de leur 8e rapport annuel sur le mal-logement en Europe.
En incluant certains critères internationaux de définition du mal-logement, comme l’étroitesse, la mauvaise isolation ou les moisissures, plus de 19,2 millions de personnes étaient concernées en 2020 dans l’UE par une insalubrité sévère.
Ce rapport intervient au moment où l’UE poursuit ses travaux législatifs sur la rénovation énergétique des bâtiments qui doivent être l’occasion, selon les deux associations, de se « doter de garde-fous sociaux ».
Par ailleurs, le rapport présenté mardi dresse une situation disparate en Europe.
« Les taux de privation sévère liée au logement observés dans les différents États membres en 2020 sont marqués par des écarts particulièrement importants. Si cette privation n’affecte qu’une personne sur cent à Malte et en Finlande, elle touche une frange conséquente de la population en Hongrie (7,6%), en Pologne (7,9%), en Bulgarie (8,6%), en Lettonie (11,5%) et en Roumanie (14,3%) ».
Les pays du Nord de l’UE disposent aussi de plus de logements plus récemment remis à neuf, quand le parc des pays de l’Est de l’UE, de par leur passé soviétique, ou du Sud de l’UE pour d’autres raisons structurelles, présente des logements en plus mauvais état.
En Bulgarie, « 1 personne sur 8 vivait en 2020 dans un logement sans toilettes intérieures et, en France, 18% des logements avaient des problèmes de moisissures », a ainsi souligné la Fondation Abbé Pierre.
Les deux associations ont aussi pointé les risques accrus d’incendies, de maladies ou encore de dépressions que peuvent générer ces logements précaires, des études récentes menées au Royaume-Uni ayant ainsi démontré un lien entre baisse des dépressions et rénovation des logements.
Les deux organisations demandent ainsi aux pouvoirs publics européens de reconnaître l’habitat indigne comme un enjeu majeur de santé publique.
« La crise sanitaire a mis en évidence la place cruciale qu’occupe le logement dans les débats relatifs à la santé. Compte tenu de ses répercussions, l’habitat doit être considéré comme un levier essentiel d’amélioration des conditions de vie des ménages et comme un moyen d’optimisation des politiques publiques. La lutte contre l’habitat indigne doit donc apparaître dans l’ensemble des mesures prises pour mettre en œuvre la 'vague de rénovation' initiée par l’UE ».
Les deux organisations demandent aussi aux Européens de cibler les financements vers la rénovation des logements habités par les populations aux revenus les plus faibles, qu’ils soient privés ou publics (logements sociaux, marché locatif privé, petits propriétaires occupants, hébergements d’urgence, etc.).
« Pour ce faire, la Commission européenne devrait proposer un instrument réellement ambitieux, tel qu’un fonds européen dédié aux 'maisons froides et chaudes' ou la refonte du système de quota d’émission » de CO2.
« Le système actuel, par lequel la taille du Fonds social pour le climat (adopté définitivement en avril, NDLR) correspond à une part dédiée des revenus de la mise aux enchères des quotas d’émission dans le cadre du nouveau système (EUROPE 13169/41), ne pourrait être juste que si la part en question était augmentée drastiquement », ajoutent les deux associations.
Ce Fonds « s’avère en réalité trop faible pour financer correctement les investissements verts et les compensations sociales alors que, sans ces dernières, il échouera à soutenir adéquatement ceux et celles qui en ont le plus besoin ».
Le rapport demande encore aux responsables européens de lancer un travail de concertation sur les définitions et le repérage des logements indignes dans l’UE.
Les États membres ont soutenu en 2021 le lancement d'une plateforme européenne sur le sans-abrisme, mais ses travaux opérationnels n'ont pas encore débuté et les premiers résultats ne sont pas attendus avant 2024, a indiqué la FEANTSA mardi.
Lien vers le rapport : https://aeur.eu/f/8fj (Solenn Paulic)