La chef de l’opposition politique démocratique biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, a estimé, mercredi 13 septembre, dans un discours au Parlement européen, que l’Union européenne était la « destination finale » de son pays.
« Nous voulons faire partie de cette famille. Nous voulons rentrer chez nous en Europe. L’Europe est dans notre ADN », a-t-elle souligné devant un hémicycle acquis à sa cause, rappelant que les forces démocratiques biélorusses avaient adopté une déclaration définissant l’adhésion de leur pays à l’UE comme un objectif stratégique.
Selon Mme Tikhanovskaïa, sans une adhésion de la Biélorussie, « le projet européen ne sera jamais bouclé ». « L'UE de Lisbonne à Minsk est un cauchemar pour Poutine, mais, pour nous, c’est une realité, la réalité dans laquelle on veut vivre », a insisté l’opposante politique, qui a appelé les députés européens à appuyer la perspective européenne de la Biélorussie. « Les Biélorusses souhaitent entendre votre voix leur dire que l’UE les attend, s’entendre dire qu’ils ne sont pas abandonnés à Poutine comme lot de consolation », a-t-elle ajouté.
Une demande entendue par le Parlement européen. Dans le rapport de Petras Auštrevičius (Renew Europe, lituanien) sur les relations entre l’UE et la Biélorussie, qu’ils ont adopté juste après le discours de Mme Tikhanovskaïa (453 voix pour, 21 contre et 40 abstentions), les députés « appuient chaleureusement » les déclarations sur les aspirations européennes des Biélorusses. Le PE demande aussi à la communauté internationale, dont l’UE, de redoubler d'efforts pour formaliser la coopération avec les forces démocratiques biélorusses, qui « devraient être considérées comme des représentants démocratiques du peuple biélorusse ».
Les eurodéputés appellent l'UE et ses États membres à développer une stratégie plus ambitieuse et à apporter un soutien économique plus important à ces forces démocratiques. L'UE devrait également, selon eux, développer une stratégie commune pour préserver l'indépendance de la Biélorussie et assurer sa transition vers la démocratie.
Dans son discours, Mme Tikhanovskaïa a aussi rendu hommage au « courageux peuple » biélorusse qui résiste, aux « nombreux héros silencieux ». Elle a estimé que son pays vivait une « guerre silencieuse », avec pour objectif, pour le Kremlin, de faire d’un pays souverain une colonie russe. « Et Poutine n’est pas seul dans cette entreprise, il travaille main dans la main avec Loukachenko, qui vend notre pays, notre indépendance morceau par morceau », a regretté l'opposante.
Mme Tikhanovskaïa a également dénoncé la décision du régime de ne plus permettre de faire un passeport biélorusse à l’étranger, précisant travailler au lancement d’un passeport national biélorusse avec des conseils d’experts de la Commission européenne. Elle a appelé les gouvernements à reconnaître ce passeport. 300 000 Biélorusses auraient fui leur pays.
L’opposante a appelé à continuer à « faire pression sur le dictateur » Loukachenko, prévenant que les sanctions ne devaient bénéficier d’aucune dérogation ou lacune et que M. Loukachenko devait rendre des comptes.
Dans leur rapport, les députés européens condamnent fermement le rôle du régime biélorusse dans la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine, notamment la fourniture d’armements et l’accueil de combattants du groupe Wagner, ce qui crée de nouveaux risques potentiels sécuritaires pour les voisins et pour l’UE.
Ils dénoncent en outre avec la plus grande fermeté la « répression ininterrompue » et les « violations systématiques et généralisées » des droits de l'homme commises « en permanence » par le régime de Lukashenko contre le peuple biélorusse, notamment les minorités, exigeant la fin de « cette spirale de violence, de torture, de répression et de propagande à l’encontre des voix dissidentes et des critiques perçues ». Le PE appelle à des sanctions plus sévères de l'UE contre la Biélorussie.
Enfin, le Parlement européen souligne ses inquiétudes quant à la « transparence, la liberté et l'équité » des prochaines élections parlementaires et locales de 2024 en Biélorussie.
Voir le rapport : https://aeur.eu/f/8j9 (Camille-Cerise Gessant)