Le président chypriote, Nikos Christodoulides, a espéré, mardi 13 juin à Strasbourg, que les négociations interinstitutionnelles entre le Conseil de l'Union européenne et le Parlement européen sur le Pacte 'asile et migration' progresseront rapidement, notant les « nombreuses concessions » qui se sont avérées nécessaires pour que les États membres parviennent un accord politique (EUROPE 13197/1).
« Pour que le Pacte fonctionne, il est impératif de maintenir l'équilibre entre les principes de solidarité et de responsabilité et de continuer à travailler dur sur les aspects extérieurs de la migration afin de réduire les flux irréguliers », a estimé M. Christodoulides.
Il a indiqué que son pays était prêt à la fois à améliorer les infrastructures d'accueil pour les migrants et à accroître les retours des personnes ne pouvant bénéficier d'une protection dans l'UE. Il a fait valoir que Chypre est le pays de l'UE qui reçoit le plus grand nombre de demandes d'asile par rapport à la taille de sa population. Et l'occupation militaire de 7% du territoire chypriote constitue « un facteur aggravant » qui complique une gestion ordonnée des flux migratoires, puisque « plus de 90% » des demandeurs d'asile arrivent dans l'ile depuis la Turquie, a-t-il ajouté.
Dans ce contexte, il a vu d'un bon œil la préparation, par la Commission européenne, d'un plan d'action sur la route migratoire en Méditerranée orientale.
M. Christodoulides a souligné plusieurs fois l'attachement de son pays à l'unité de l'Union européenne pour faire face aux défis auxquels celle-ci est confrontée, comme la crise énergétique et les conséquences de l'agression militaire russe en Ukraine.
« Ce n'est pas notre choix, c'est notre obligation d'œuvrer pour une Union qui sera tous les jours plus forte grâce à un approfondissement institutionnel » et en attribuant plus de compétences à l'échelon européen, a-t-il estimé.
Sur l'énergie, le président chypriote a vanté les atouts de son pays, le seul en Méditerranée orientale à disposer de réserves confirmées en gaz. Nous pouvons jouer un rôle (...) « en fournissant à l'Europe un corridor énergétique fiable et alternatif, composé de sources et d'itinéraires diversifiés », a-t-il estimé. Et il a évoqué des synergies possibles avec les grands groupes énergétiques pour acheminer dans un futur proche du gaz vers l'UE, et de l'hydrogène dans quelques années.
Sur le plan géopolitique, M. Christodoulides a décrit son pays comme une ancre de stabilité dans une région mouvementée, mais en pleine transformation. Il a appelé l'UE à réagir de manière ferme en dissuadant « les fauteurs de troubles potentiels » ('spoilers') de procéder à de nouvelles provocations qui déstabiliseraient la région et en les impliquant dans la recherche de solutions pacifiques basées sur le droit international.
Au premier semestre 2026, la Présidence chypriote du Conseil prendra des « initiatives politiques substantielles » pour accroître la coopération en Méditerranée, une région où l'UE ne s'est pas assez investie, a-t-il considéré.
Quant à la question de la partition de l'île, le président chypriote a exhorté l'UE à s'impliquer davantage dans la recherche d'une solution politique, « en complémentarité » avec les efforts menés sous l'égide des Nations Unies. D'après lui, l'UE peut changer la donne en nommant un Représentant spécial pour la question chypriote et utiliser tous les instruments dont elle dispose dans ses relations bilatérales avec Ankara pour faciliter la reprise des discussions avec la partie chypriote turque.
« Je suis prêt à discuter d'un ensemble de mesures progressives et bénéfiques pour tous, dans le cadre des relations entre l'UE et la Turquie, qui évolueront parallèlement aux négociations », a souligné M. Christodoulides. « 49 ans d'occupation et de partition au cœur de l'Europe, c'est très long ! », a-t-il insisté.
En visite lundi dans la partie nord de l'île, le président turc récemment réélu, Recep Tayyip Erdoğan, avait défendu une solution à deux États à Chypre (EUROPE 13199/26).
Voir le discours du président chypriote : https://aeur.eu/f/7g2 (Mathieu Bion)