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Bulletin Quotidien Europe N° 13190
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Invasion Russe de l'Ukraine / Ukraine

Pour Hanna Hopko, l'année 2023 est cruciale pour des avancées de l’Ukraine vers l’UE et l’OTAN

L’ancienne présidente de la commission des Affaires étrangères de la Verkhovna Rada, Hanna Hopko, également cofondatrice du Centre international pour la victoire ukrainienne, a estimé, lors d’une interview accordée à EUROPE à Kiev, fin mai, que cette année était essentielle pour que son pays avance dans sa voie euroatlantique.

Selon elle, « 2023 est une année essentielle pour l'adhésion à l'OTAN et pour (l’ouverture des) négociations d'adhésion à l'UE ». « Il est essentiel d'ouvrir des négociations. L'Ukraine s'est engagée à mettre en œuvre les sept étapes lorsqu'elle a obtenu le statut de candidat en juin dernier. Il est donc important qu'en 2023, pendant la Présidence espagnole (du Conseil) de l'UE, nous ouvrions les négociations », a insisté la politicienne ukrainienne. Mme Hopko a rappelé que les négociations d’adhésion étaient un énorme travail.

Si l’Ukraine avance dans les réformes, elle ne remplit pas encore totalement les sept critères posés par la Commission européenne pour obtenir un avis favorable pour l'ouverture des négociations d’adhésion à l’UE. Des lois concernant les personnes politiquement exposées dans les cas de blanchiment d’argent, les déclarations d’avoirs, mais aussi concernant la justice et la lutte contre la corruption doivent encore être adoptées.

La meilleure sécurité pour l'Ukraine : adhérer à l'OTAN

Pour ce qui est de l'OTAN, Mme Hopko a espéré des progrès vers l’adhésion de son pays, lors du sommet de Vilnius en juillet. « Ce que l'Ukraine obtiendra au sommet de l'OTAN à Vilnius, c’est la clé. La meilleure sécurité pour l’Ukraine est l'adhésion », a-t-elle estimé.

Interrogée sur de possibles garanties sécuritaires, Mme Hopko a rappelé que les garanties prises dans le cadre du mémorandum de Budapest de 1994 n’avaient pas été suivies d’effets. « Nous voulons des garanties de sécurité, mais des garanties de sécurité avant l'adhésion à l'OTAN, comme une étape à moyen terme. Il ne s'agit pas d'un remplacement », a prévenu Mme Hopko. 

Elle a rappelé que 2024 sera une année électorale dans de nombreux pays, notamment aux États-Unis, en Inde, dans l'UE avec le Parlement européen, mais aussi en Russie, et que « personne ne fera attention à l’Ukraine, car ils seront concentrés sur les élections ». « Nous disposons donc d'une occasion historique » en 2023, a-t-elle insisté. 

Poursuivre la livraison d’armes

En parallèle des avancées institutionnelles, l'Ukraine doit continuer à se défendre contre l'invasion russe. Ainsi, Mme Hopko, tout comme Tetiana Shevchuk, du Centre international pour la victoire ukrainienne, ont appelé à poursuivre la livraison d’armements à l'Ukraine.

Selon elles, la société civile ukrainienne se concentre sur ce sujet, car, sans armes, l’Ukraine ne sera pas capable de reprendre le contrôle de tous les territoires ukrainiens. « Peu à peu, les Occidentaux nous fournissent des armes ou des sanctions, mais pas à un niveau suffisant pour gagner », a regretté Mme Hopko. Mme Shevchuk a regretté les vies perdues à cause des lenteurs des décisions politiques concernant les livraisons d'armes.

La politicienne ukrainienne a aussi mis en garde contre un surplus de confiance. « Quels sont les enjeux d'une défaite de l'Ukraine ? Quelle sera la finalité si l'Ukraine se retrouve à court de soldats ? », s’est-elle interrogé, estimant que personne ne réfléchissait à cette possibilité. « Tout le monde pense que l'esprit combatif est si élevé que nous pourrions avoir un nombre illimité de soldats », a-t-elle souligné, ajoutant que, dans cette guerre d’usure, il fallait que l’Ukraine reçoive plus vite ce dont elle a besoin. 

Sur le terrain, certains responsables ukrainiens sont plus tolérants. « L’aide humanitaire, puis les armes que vous nous avez données (...), c’est crucial pour nous. Continuez à nous soutenir, nous allons gagner », a souligné Anatoli Pochodna, chef intérimaire de toutes les unités territoriales de la communauté de Feodosiivska, à laquelle appartient la ville de Khotiv, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Kiev. Cette rencontre s'est faite lors d’une visite en Ukraine de quelques journalistes européens, dont EUROPE, du 22 au 26 mai, invités par la Plateforme pour la libération des prisonniers politiques.

Pour le colonel Yurii Petrovych Kovalchyk, un des responsables des gardes-frontières de la région de Chernihiv, qui borde sur 450 km la Russie et la Biélorussie, si les soldats sont bien équipés, il est toujours bon d’avoir plus de munitions. « Si un soldat a 10 jeux de balles, c'est suffisant. Mais si le nombre est plus important, cela lui permet de combattre plus longtemps et de moins recharger » son arme, a-t-il expliqué. Face aux gardes-frontières ukrainiens, il y a des gardes-frontières russes et biélorusses « bien équipés » et qui ont « assez d’équipements pour résister ». 

« Plus nous bénéficions d'un soutien international, plus nous sommes compris, moins le prix de notre victoire sera élevé. Il s'agit de la vie des gens, des civils et des soldats qui meurent tous les jours », a rappelé le gouverneur de la région de Chernihiv, Vyacheslav Chaus.

Selon M. Kovalchyk, s’il est possible pour l’Ukraine de gagner sans l’aide européenne, « cela prendra plus de temps ». « Mais en tant que pays normaux, nous devons nous aider les uns les autres pour gagner contre l’ennemi, cela sera plus rapide », a-t-il ajouté.

 Plus de sanctions

Au-delà des armes, Mme Hopko a appelé l’UE à adopter plus de sanctions. « Dix trains de sanctions ne suffisent pas à empêcher de nouvelles attaques massives de missiles balistiques de croisière contre des infrastructures critiques en Ukraine. Il y a donc encore de nombreuses failles (dans les sanctions). Il y a des problèmes, nous devons les résoudre », a-t-elle souligné.

Elle a estimé également qu'il fallait baisser le plafonnement du prix du pétrole. « C'est la clé, et il semble qu'il n'y ait pas de volonté politique à ce sujet », a-t-elle regretté. Selon Mme Hopko, les diamants et l’industrie de l’or devraient également faire l’objet de sanctions. 

Faire payer la Russie 

De plus, selon Mme Hopko, il est important de se servir des avoirs russes confisqués dans le cadre des sanctions. Pour Tetiana Shevchuk, les Européens doivent faire plus. Selon elle, si les chiffres disponibles diffèrent, « il s'agit au moins de 300 milliards de dollars d'actifs souverains de la Russie et cet argent peut déjà être confisqué et donné à l'Ukraine pour réparer les dégâts et alimenter son économie. Ce ne sont pas nos alliés qui devraient payer pour nous maintenir à flot », a-t-elle expliqué. 

De plus, selon elle, si « tout le monde pense ou fait semblant de croire qu'une fois la guerre terminée, la Russie acceptera de compenser » l’Ukraine, « cela n'arrivera jamais ».

Les Européens travaillent sur l’utilisation des avoirs russes gelés, mais les aspects juridiques semblent difficiles. Un rapport d’un groupe ad hoc, qui devrait examiner différentes options et faire des propositions, sera présenté au Conseil européen de juin. Les États membres pourraient utiliser les intérêts des placements financiers, d’actifs de banques russes (200 milliards d’euros dans l’UE). Le gouvernement belge a déjà annoncé, le 12 mai, un paquet de soutien militaire et humanitaire à l’Ukraine de 92 millions d’euros provenant des revenus fiscaux engrangés sur les avoirs financiers russes gelés en Belgique.

Des arguments qui laissent Mme Shevchuk perplexe : selon elle, la réutilisation des fonds russes dépend d’une volonté politique. « La seule raison pour laquelle cela n'est pas fait, c'est une volonté politique, parce que, techniquement, leur mécanisme juridique peut être développé dans chaque pays. Mais les dirigeants politiques sont très prudents, ne serait-ce que pour en discuter », a regretté l'experte. Et, selon elle, si le droit international ne le permet pas, il peut être modifié.

Après la guerre, les fonds ne devraient pas revenir à la Russie, pour éviter qu'ils n’alimentent une nouvelle guerre, a prévenu Mme Shevchuk. (Camille-Cerise Gessant, avec Mathieu Bion)

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