Guerre en Ukraine oblige, la géopolitique du développement a dominé l'intervention du ministre suédois de la Coopération internationale au développement et au Commerce, Johan Forssell, mercredi 25 janvier, lorsqu'il a présenté aux députés de la commission du développement (DEVE) du Parlement européen les trois priorités de la Présidence suédoise du Conseil de l'UE, à savoir : soutien à l'Ukraine, gouvernance mondiale de la santé, lutte contre la corruption comme entrave au développement (EUROPE 13092/7).
Soutien à l'Ukraine à court et long terme. Soulignant que « la guerre de la Russie contre l'Ukraine est dévastatrice pour l'Ukraine, pour la région et le monde » et qu'elle a exacerbé les besoins humanitaires dans le monde, « et en particulier dans le continent africain », M. Forssell a dit que la priorité sera de répondre aux besoins humanitaires considérables en Ukraine et de préparer précocement la reconstruction.
« Notre Présidence travaillera à développer encore nos expressions concrètes de solidarité par des contributions unies, et ce, à long terme. C'est un impératif moral et c'est dans notre intérêt géostratégique que d'aider l'Ukraine », a-t-il déclaré, prédisant que « la guerre peut durer des années ». Selon lui, « il est indéniable qu'en soutenant l'Ukraine, nous aidons les autres également ».
Le Forum humanitaire européen permettra de réfléchir aux moyens de combler le déficit de financement public pour des besoins humanitaires mondiaux croissants.
Santé mondiale. Fervent partisan de la nouvelle stratégie de l'UE en matière de santé mondiale, fondée sur une gouvernance mondiale sous l'égide de l'OMS, M. Forssell « attend avec impatience des délibérations fructueuses » du Conseil de l'UE pour « fournir une orientation politique et stratégique commune pour avancer ».
Selon le ministre suédois, « la pandémie mondiale et les menaces mondiales sur la santé en général, la crise climatique et l’évolution rapide des situations géopolitiques nous invitent à une nouvelle approche de la santé mondiale. La Covid-19 nous a rappelé l’importance de travailler sur la santé à l’échelle mondiale ».
Lutte contre la corruption comme obstacle au développement. « Nous savons qu'un grand nombre de fonds de développement destinés à ceux qui en ont le plus besoin atterrissent dans les mains d'une poignée ». Selon lui, ce fléau doit être reconnu comme un sujet transversal à traiter de manière intégrée dans tous les secteurs et domaines du développement : « il en va de l'efficacité et de la crédibilité de notre coopération au développement ».
La Présidence suédoise souhaite donc l'adoption de conclusions du Conseil de l'UE « qui appellent à une mise à jour du cadre opérationnel pour soutenir davantage tous les acteurs de développement 'Team Europe' (l'UE, ses États membres et ses institutions financières : NDLR) pour mieux lutter contre la corruption », a précisé le ministre.
Par ailleurs, il a affirmé que l'Accord post-Cotonou paraphé avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), mais toujours pas signé par l'UE, continue d'être l'un des dossiers les plus importants en matière de développement tant pour la Présidence suédoise que pour le Conseil.
« La conclusion de cet accord est primordiale. Il s'agit de préserver la crédibilité de l'UE et la continuité des domaines prioritaires de l'UE en ces temps de turbulences géopolitiques ». Soulignant que cet accord modernise le partenariat avec les pays ACP en termes « de valeurs communes, de développement démocratique et de commerce », le ministre a assuré que la Présidence suédoise œuvrera à sa « signature imminente ».
Johan Forssell a également insisté sur l'intention de la Présidence suédoise de soutenir la mise en œuvre opérationnelle de la stratégie 'Global Gateway' - ce plan d'investissement de l'UE dans les infrastructures des pays en développement pour contrer la 'Nouvelle route de la soie' chinoise. Il a précisé qu'il s'agissait « d'offrir des solutions de connectivité intelligentes et vertes » aux pays partenaires en période de récession économique et de restructuration de leur dette, mais que c'est aussi « une opportunité de promouvoir le rôle de chef de file de l'UE dans la réponse au changement climatique ». (Aminata Niang)