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Bulletin Quotidien Europe N° 13049
REPÈRES / Repères

Les divers complices et alliés objectifs de Poutine

Pour continuer à mener son « opération militaire spéciale » en Ukraine, le dictateur sans scrupules peut compter sur ses généraux (jusqu’à quand ?), son armée (qui aurait perdu 90 000 hommes, morts ou invalides) renforcée par des recrutements contraints (jeunes n’ayant pas fui à temps, ouvriers, détenus, SDF, cancéreux, déséquilibrés, etc.) et par les mercenaires du groupe Wagner, sorte de SS du régime. Dans la sphère civile, il peut encore compter sur les oligarques qui ne sont pas encore morts dans des circonstances étranges, sur son administration, sur sa police, sur ses magistrats et sur une majorité de sa population (jusqu’à quand ?). Enfin, il dispose à l’étranger d’un réseau de diplomates, espions, agents de désinformation, experts en cyberattaques et autres empoisonneurs, mais de tout ceci, la Russie n’a certes pas l’apanage.

Quels sont les États qui soutiennent la sale guerre de Poutine ? Le Président de la Biélorussie est un complice évident. En février, accueillant sur son territoire les troupes et les équipements militaires russes, il permit l’attaque de l’Ukraine par le Nord. Il n’a pas engagé sa propre armée, d’ailleurs peu performante, mais ce choix est-il définitif ? Selon des sources récentes, en fidèle valet, Loukachenko participe aux préparatifs d’une nouvelle attaque russe à partir de la Biélorussie. Le Conseil européen ne s’y est pas trompé. Dans les Conclusions de sa réunion des 20 et 21 octobre, il « appelle les autorités biélorusses à cesser de faciliter la guerre d'agression menée par la Russie en autorisant les forces armées russes à utiliser le territoire biélorusse et en apportant un soutien à l'armée russe. Le régime biélorusse doit respecter pleinement les obligations qui lui incombent en vertu du droit international. L'Union européenne reste prête à agir rapidement en vue de nouvelles sanctions à l'encontre de la Biélorussie » (Point 13 des Conclusions). De longue date, les deux dictatures sont solidaires, s’épaulant mutuellement en cas de besoin ; elles ont aussi en commun de ne plus être au Conseil de l’Europe.

Plus récente et plus surprenante aussi est l’assistance militaire déterminante de l’Iran. Depuis septembre, des drones de fabrication iranienne ont été utilisés par l’occupant russe sur des cibles civiles. Des militaires iraniens auraient aussi pris pied en Crimée. Le régime de Téhéran, qui prend l’allure d’une théocratie fascisante, est gêné par un vaste mouvement de révolte qu’il réprime sauvagement. Compte-t-il sur un renvoi d’ascenseur de Moscou pour restaurer l’ordre ? Quoi qu’il en soit, le Conseil de l’UE a décidé d’infliger des sanctions contre des personnalités iraniennes, d’abord pour violation des droits humains dans le pays (17 octobre), ensuite pour son aide à la Russie (20 octobre) (EUROPE 13047/3). Le Conseil européen « condamne en outre fermement le soutien militaire apporté par les autorités iraniennes à la guerre d’agression russe, lequel doit cesser » (Point 14 des Conclusions). Les Vingt-sept sont donc unis à ce sujet et les dénégations iraniennes ne font pas illusion (EUROPE 13048/2).

À l’échelle mondiale, l’examen des votes exprimés par l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) sur des projets de résolutions relatifs à la situation en Ukraine fournit des indications politiquement intéressantes.

La première résolution, adoptée le 2 mars dernier, condamnait sans ambages l’agression russe. Elle fut adoptée par 141 voix pour, 5 contre et 35 abstentions, les représentants de 12 pays étant absents. Ce vote, qualifié d’historique par Josep Borrell (EUROPE 12903/8), illustrait la minorisation flagrante de Poutine. Les cinq votes contre émanaient de la Russie, de la Biélorussie, de la Corée du Nord, de la Syrie – ces quatre restant soudés lors de l’adoption des résolutions ultérieures – ainsi que de l’Érythrée. Il y avait donc deux puissances nucléaires dans ce groupe.

Petit pays communiste hautement totalitaire, la Corée du Nord est un allié indéfectible de la Russie et de la Chine contre l’Occident. Elle dispose de la quatrième armée du monde en effectifs et son président s’excite à tirer des missiles avec une fréquence en augmentation. Le dictateur syrien a une dette à l’égard de Poutine : en 2015, celui-ci envoya des troupes et des avions qui, à coup de bombardements intenses et très meurtriers, aidèrent Assad à reconquérir des territoires perdus. C’était d’ailleurs la première intervention de la Russie hors de son territoire depuis l’invasion de l’Afghanistan en 1979. Quant à l’Érythrée, devenue un État indépendant de l’Éthiopie en 1993 à l’issue d’une longue guerre, son régime dictatorial mise sur la Russie dans le cadre de son conflit avec la région du Tigré, soutenue par les Occidentaux.

Après que la Cour de Justice internationale avait, le 17 mars, ordonné à la Russie de suspendre ses opérations militaires en Ukraine (EUROPE 12913/2), une nouvelle résolution de l’AGNU, déplorant les conséquences humanitaires de l’offensive russe et exigeant la cessation immédiate de celle-ci, fut mise aux voix le 24 mars (EUROPE 12919/8). À ce moment-là, Marioupol était détruite et la situation des civils s’avérait désespérée. Les mêmes pays que ceux déjà cités votèrent contre. L’on recensa 140 votes pour et 38 abstentions, 10 États n’étant pas représentés. Parmi les abstentionnistes, figuraient, pour la deuxième fois, la Chine et l’Inde.

La stabilité des votes d’une résolution à l’autre démontrait que l’évolution sur le terrain ne modifiait pas les positions.

Le 7 avril, une nouvelle résolution de l’AGNU suspendit la Russie du Conseil des droits de l’homme de l’organisation onusienne. Ce fut à cette occasion que le régime de Poutine fut le moins isolé. Le vote fut acquis par seulement 93 voix (essentiellement occidentales), mais 24 pays votèrent contre : la Russie et ses alliés fidèles, bien sûr, mais aussi la Chine, Cuba, l’Iran, le Vietnam, le Mali, l’Algérie, l’Éthiopie, le Nicaragua et le Congo notamment : autant de pays qui avaient non seulement quelque sympathie pour la Russie, mais aussi des problèmes internes avec le respect des droits humains et qui ne souhaitaient sans doute pas subir le même sort. Quant aux abstentions, au nombre de 54, elles émanaient, entre autres, de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud, du Mexique, de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de l’Irak, du Pakistan et de l’Indonésie. Or, à cette époque, les preuves du massacre de Boutcha avaient fait le tour du monde.

Enfin, la dernière résolution en date demandait à la Russie de revenir sur sa « tentative d’annexion illégale » de quatre régions de l’Ukraine. Le vote du 12 octobre (EUROPE 13042/5) donna le résultat suivant : 5 pays contre, parmi lesquels le Nicaragua avait remplacé l’Érythrée, 143 pour (dont le Brésil) et 35 absentions, dont à nouveau la Chine, l’Inde et même l’Arménie. Dix pays n’avaient pas pris part au vote, dont l’Azerbaïdjan, le Burkina Faso, l’Iran, le Turkménistan et le Venezuela – des pays pas spécialement hostiles à la Russie. (À suivre)

Renaud Denuit

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