Les députés européens de la commission spéciale chargée de tirer les enseignements de la Covid-19 souhaitaient interroger, lundi 10 octobre, les dirigeants de Pfizer et de CureVac, notamment sur le développement des vaccins et les contrats passés et potentiels entre leurs entreprises et la Commission.
Franz-Werner Haas représentait CureVac. Les députés ont majoritairement déploré l’absence d'Albert Bourla, directeur général de Pfizer (EUROPE 13039/13).
« M. Bourla n’est pas ici, j'en suis désolée : je sais que sa présence aurait pu permettre de répondre à certaines questions, mais je suis là et je suis à votre disposition », a déclaré Janine Small, qui le remplaçait à l’audition.
Selon Mme Small, le rapport de la Cour des comptes publié en septembre n’est pas la raison de l’absence de M. Bourla. « Je peux vous garantir que non », a-t-elle soutenu, « je suis la mieux placée pour avoir cette conversation avec vous », a-t-elle ajouté, précisant qu’elle travaillait chez Pfizer depuis 35 ans et qu'elle avait participé à la négociation des contrats.
Devant l'agacement des députés face à l’absence de réponse, Kathleen Van Brempt (S&D, belge), présidente de la commission spéciale, a demandé à Mme Small de répondre à toutes leurs questions.
À une question concernant les échanges téléphoniques entre M. Bourla et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, Mme Small a répondu : « Pendant la pandémie, nous avons tous télétravaillé et, par conséquent, je suis sûre que M. Bourla a fourni son numéro de téléphone pour pouvoir échanger avec des dirigeants à travers le monde, y compris moi-même. Je peux le faire moi-même aussi », précisant que les négociations ne s’étaient pas tenues par SMS et engageaient des équipes importantes pour chacune des deux parties et des processus constitués.
« Vous avez parlé de 1,8 milliard de doses négociées par SMS. Je peux vous dire catégoriquement : ça n’a pas été le cas. Des procédures très claires sont prévues chez Pfizer et dans les organisations » pour ce genre d'échanges.
Mme Small n'a pas souhaité fournir de détail sur les prix des vaccins contre la Covid-19. « Je crois qu’il va falloir lancer une procédure législative pour obtenir des réponses, mais ce n’est plus de notre ressort », a réagi Mme Van Brempt.
Concernant le retrait du vaccin de CureVac, M. Haas, de son côté, a assuré que les droits de propriété intellectuels n’étaient pas la cause du retrait du premier vaccin que CureVac souhaitait développer. Pour M. Haas, les données intermédiaires sur le vaccin ne répondaient simplement pas aux standards élevés. Il a ajouté qu’un vaccin développé avec GSK était en phase 1 et présentait des résultats acceptables (« OK results »). Par ailleurs, quatre autres essais cliniques pour des vaccins portant sur des maladies infectieuses sont en cours et M. Haas dit espérer des résultats pour la fin de l’année.
Interrogés sur les leçons de la crise, les deux dirigeants ont insisté sur la coopération avec les institutions européennes. Ils ont salué les efforts réglementaires mis en œuvre par l’Agence européenne des médicaments (EMA), notamment son processus d’évaluation continue.
Mme Small comme M. Haas ont tenu à défendre les droits de propriété intellectuelle comme des éléments essentiels à la recherche et à l’innovation. Mme Small estime que leur affaiblissement « pénaliserait les investissements risqués sans aider l’accès des patients ».
Les deux dirigeants ont insisté sur la nécessité de chaînes d’approvisionnement robustes et ouvertes. M. Haas a également insisté sur le fait que les nouvelles industries nécessitent des infrastructures et des réglementations adaptées. (Émilie Vanderhulst)