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Bulletin Quotidien Europe N° 13037
SOMMET DE PRAGUE / Avenir de l'europe

Sur fond d'agression armée de l'Ukraine, les Européens veulent montrer leur volonté d'avancer ensemble

Les dirigeants de 44 pays européens se sont réunis, jeudi 6 octobre à Prague, pour la réunion inaugurale de la Communauté politique européenne (CPE ou EPC en anglais).

« Idée magnifique » pour le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, « jour important pour le continent européen » pour la Présidente kosovare, Vjosa Osmani-Sadriu, début d’un « grand voyage pour la grande Europe » et l’« occasion de renforcer notre confiance et notre ambition européenne » pour son homologue moldave, Maia Sandu, ou encore « Nations Unies de l’Europe » pour le Lituanien Gitanas Nauseda. Les dirigeants n’ont pas manqué d’éloges pour qualifier la CPE.

Sur le fond, selon le président du Conseil européen, Charles Michel, il s’agit de rassembler 44 pays qui « partagent le même continent et font face aux mêmes défis en termes de stabilité, de sécurité, de situation énergétique, de migration, de mobilité ».

Pour Emmanuel Macron, à l’origine du concept (EUROPE 12948/3), la Communauté politique européenne doit permettre de bâtir une « intimité stratégique ». « L’objectif est de partager la même lecture de la situation qui touche notre Europe, de bâtir une stratégie commune et donc une conversation stratégique qui, jusqu’ici, n’existait pas vraiment », a-t-il expliqué. Selon lui, « on partage un même espace, souvent une même histoire, et nous avons vocation à écrire ensemble l’avenir. C’est ça la CPE ».

Le président français a précisé que la réunion avait permis d’avoir des discussions sur les crises que connaît le continent : conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, crise multiple dans les Balkans ou encore tensions en Méditerranée orientale.

Les dirigeants ont évidemment évoqué l'invasion russe de l'Ukraine. Selon M. Macron et Mme Sandu, les 44 pays ont souligné leur unité dans la condamnation de la guerre. Il y un lien fort « bien sûr » avec l'invasion russe, a expliqué le chancelier allemand, Olaf Scholz, ajoutant qu'il était bien de voir ce que chacun faisait pour aider Kiev. 

À leur arrivée au sommet, plusieurs dirigeants ont estimé que la rencontre était aussi un signe envers Poutine et ses alliés. « Tous les Européens sont là, hormis la Biélorussie et la Russie ; cela montre combien elles sont isolées », a souligné le Premier ministre belge, Alexander de Croo. Pour son homologue islandaise, Katrin Jakobsdottir, la réunion montre que « l’Europe est solidaire contre l’invasion russe ». « Il est crucial que la Russie comprenne qu'elle ne brisera pas la détermination européenne », a ajouté Mme Osmani-Sadriu. De plus, pour le président suisse, Ignazio Cassis, « il y a une compréhension commune que la Russie déstabilise le continent, avec l'énergie comme arme et avec la migration. Deux armes fortes ».

La rencontre s’est d’ailleurs ouverte avec un discours du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, par visioconférence. Saluant l’inauguration de la CPE, il l'a qualifiée d'« occasion extrêmement puissante pour restaurer la paix ». « La Communauté politique européenne a une réelle possibilité de devenir une Communauté européenne de la paix. La paix ! L'Ukraine en a tant besoin. Absolument tous les pays (présents à la CPE) en ont besoin », a-t-il souligné dans son discours, appelant une nouvelle fois les Européens à l’aider.

Peu de résultats concrets

Concrètement, toutefois, les dirigeants n’ont pas décidé grand-chose, mis à part le lieu de la prochaine réunion : la Moldavie, au printemps 2023. Ce sera ensuite au tour de l’Espagne et du Royaume-Uni d’accueillir la Communauté politique européenne.

Emmanuel Macron a également annoncé que les dirigeants s’étaient entendus sur six « pistes » de travail, des « lignes de projets potentiels » sur lesquels les pays participants vont avancer d’ici le prochain sommet, sans pour autant expliquer comment. « J’espère que la discussion sera suivie d’actions concrètes et nous souhaitons effectivement proposer des actions concrètes communes », a ajouté le Premier ministre tchèque, Petr Fiala.

M. Macron a tout d’abord mis en avant le besoin de protéger les infrastructures essentielles, quelques jours après le possible sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2. « Les infrastructures que sont les gazoducs, les câbles, les satellites : nous avons besoin d’une stratégie européenne pour les protéger », a-t-il listé.

Rappelant que plusieurs pays présents avaient subi des attaques cybernétiques, le président français a souligné la nécessité d’une stratégie de coopération sur la lutte contre les cyberattaques, la propagande et la désinformation.

M. Macron a aussi souhaité une approche « dans ce format » concernant plusieurs régions européennes : la mer Noire, la mer Baltique, la mer du Nord ou encore le Caucase, « exposés à des puissances régionales non coopératives – pour rester pudiques ».

De plus, « nous, Européens, devons contribuer à un fonds de résilience de l’Ukraine » en format CPE, a ajouté M. Macron, précisant que l’idée avait été soufflée par M. Zelensky.

Le président français a en outre expliqué que plusieurs chefs d’État ou de gouvernement – Albanie, Serbie, Irlande – avaient soulevé le besoin d’avoir une politique sur la jeunesse beaucoup plus intégrée « pour permettre à nos jeunes d’avoir une culture européenne ».

Renforcer la coopération énergétique

Enfin, dernière piste évoquée par le président français, et non des moindres : l'énergie. Rejoignant M. Fiala, M. Macron a indiqué qu’un des axes de travail retenus par les dirigeants est le développement d’une « stratégie intégrée en matière énergétique », afin notamment de se coordonner pour faire baisser les prix de l’énergie. 

 Face à la crise énergétique qui touche de nombreux pays du continent, plusieurs dirigeants ont souligné la nécessité de faire preuve d’unité. 

« Nous ne devons pas laisser la crise énergétique miner nos démocraties. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons relever ce défi », a ainsi déclaré Mme Sandu. 

À l’instar de plusieurs autres dirigeants d’États membres de l’UE, le Premier ministre tchèque a réaffirmé la nécessité de sortir l’Union de sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes. 

Il a indiqué que cette première édition de la CPE avait permis de rassurer l’UE sur la volonté de pays européens fournisseurs de gaz, tels que la Norvège (qui a publié une déclaration commune avec la Commission européenne – EUROPE 13037/17) et l’Azerbaïdjan, « à contribuer et à coopérer avec les pays de l’Union européenne ».

« Il y avait autour de la table plusieurs pays européens producteurs aujourd’hui (…) et, donc, avoir une stratégie plus intégrée c’est une arme de diversification », a souligné le président français. 

Il a également plaidé pour améliorer les connexions électriques entre les pays européens, tout en continuant de s’opposer au projet de gazoduc MidCat, défendu par l’Espagne et l’Allemagne. 

Pour le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, les 44 dirigeants ont adressé un message clair au marché de l’énergie en montrant qu’ils sont « complètement alignés » et « ont l’ambition commune de proposer des mesures pour faire baisser les prix du gaz ». 

Rappelant certaines des mesures déjà prises par l’UE, il a ensuite déclaré : « Le sentiment général est que nous devons aller vers les 17 autres pays et faire quelque chose à 44 ». 

La flambée des prix de l’énergie sera au cœur du sommet européen informel, vendredi 7 octobre. (Camille-Cerise Gessant, Damien Genicot et Léa Marchal)

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