La Commission européenne n'a pas mis à profit le potentiel des mégadonnées pour analyser, puis pour orienter la politique agricole commune (PAC) de l'UE, regrette la Cour des comptes européenne dans un rapport publié mardi 28 juin.
La Commission détient certes des volumes importants de données pertinentes pour la définition, le suivi et l'évaluation de la PAC. Cependant, selon les auditeurs, les outils et les données qu'elle utilise actuellement ne lui fournissent pas tous les éléments nécessaires à une élaboration éclairée de cette politique à l'échelle de l'UE.
La Commission ne dispose donc pas de données probantes suffisantes pour évaluer de manière exhaustive les besoins et l'incidence de la PAC.
La PAC représente plus d'un tiers du budget de l'UE – 408 milliards d'euros pour la période 2014-2020. Pour pouvoir déterminer si les instruments de la PAC contribuent efficacement à la réalisation de ces objectifs et établir un lien de causalité entre une mesure de la PAC et ses résultats, la Commission doit disposer de données et d'informations provenant d'un large éventail de sources.
« Une politique bien élaborée est une politique fondée sur des données, et les mégadonnées sont en train de devenir la norme de référence dans le domaine de l'agriculture », a déclaré Joëlle Elvinger, membre de la Cour des comptes responsable du rapport. « La Commission européenne devrait exploiter davantage le potentiel des mégadonnées afin de fonder l'analyse de la PAC sur une grande quantité d'éléments probants », a-t-elle ajouté.
L'objectif de l'audit était d'évaluer si la Commission recourait de manière appropriée aux données et à l'analytique aux fins de l'analyse de la PAC, une évaluation pertinente tant pour celle qui prendra effet en 2023 que pour la PAC après 2027.
Or, les données et outils actuellement utilisés ne permettent pas de disposer de données importantes (par exemple, sur les pratiques environnementales adoptées et sur les revenus extra-agricoles) et nécessaires à une élaboration éclairée de la PAC.
La Commission a pris plusieurs initiatives, notamment législatives, pour faire en sorte que les données collectées soient mieux utilisées.
Cependant, la DG AGRI analyse encore manuellement les données collectées auprès des pays de l'UE à l'aide d'outils classiques, tels que des feuilles de calcul, et n'a pas recours à des techniques reposant sur les mégadonnées pour l'exploration de textes et l'extraction automatisée. En outre, elle ne possède aucun outil de traitement automatisé ou semi-automatisé permettant d'analyser ces données. Les auditeurs démontrent pourtant qu'une automatisation accrue est possible et que le remplacement de procédures manuelles et chronophages présente des avantages potentiels.
La Cour recommande d'établir un cadre de référence pour l'utilisation des données désagrégées provenant des États membres et d'élargir et de diversifier les sources de données disponibles afin de répondre aux besoins de la PAC. (Lionel Changeur)