Les eurodéputés ont débattu, mercredi 22 juin, à la veille du Conseil européen de jeudi 23 et vendredi 24 juin, du processus d’adhésion de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie à l’UE. Pour rappel, la Commission européenne avait recommandé, le 17 juin dernier, l’octroi du statut de candidat à l’adhésion à l’UE à l’Ukraine et à la Moldavie et d'une « perspective européenne » à la Géorgie (EUROPE 12974/1).
« Je crois et j’espère, lors de ce Conseil, que nous parviendrons à dégager un consensus. L’octroi d’une candidature ne veut pas dire ‘adhésion immédiate’. Ce signal rapide et les exigences d’adhésion sont partagés par les États membres », a déclaré Clément Beaune, ministre délégué auprès de la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.
Toutefois, une « distinction » devra être faite entre les différents pays, a-t-il ajouté. Une vision que partage visiblement la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Concernant la Moldavie, Mme von der Leyen a souligné - tout en rappelant son soutien aux demandes d’adhésion des trois pays et insistant sur les points forts des dossiers respectifs - que l’économie et l’administration du pays « requièrent des efforts conséquents ». Du côté géorgien, a-elle précisé, le travail devra porter sur « l’équilibre politique ».
Enfin, la présidente de la Commission européenne a jugé qu’un « travail important » restait à réaliser en Ukraine.
« L’Ukraine a déjà pris des mesures essentielles dans la bonne direction. Elle a mis en place les organismes anticorruption nécessaires. Mais ces institutions doivent désormais prendre vie. Elles ont besoin de mordant et des bonnes personnes aux postes de direction », a-t-elle jugé.
Transparence et Balkans occidentaux
Du côté des eurodéputés, le soutien aux trois pays a été unanime au sein des groupes politiques. Néanmoins, un certain nombre d’entre eux ont rappelé que l’UE devait également faire preuve de transparence sur la question de l’adhésion à l’UE.
« Nous devons la sincérité, l’honnêteté et la transparence à ces pays. L’Ukraine est en guerre, ses institutions sont fragiles, son niveau de vie est très éloigné des standards de l’UE. L’élargissement peut avoir du sens, pour l'Ukraine comme pour d'autres pays, mais doit toujours se faire avec harmonisation par le haut, pour que tous bénéficient d’un progrès social et démocratique », a déclaré Manon Aubry (La Gauche, française).
En outre, une partie des eurodéputés a également souligné le fait que la question de l’adhésion à l’UE de pays des Balkans occidentaux ne devait pas être occultée, tout en pointant du doigt la lenteur des processus.
« La Macédoine du nord est candidate depuis 17 ans et attend, tout en faisant des sacrifices. Vous trouvez cela normal ? L’Albanie est candidate depuis 2014. Nous devons voir quel est le futur des Balkans occidentaux, tout comme nous devons le faire pour la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine », a lancé Iratxe García Pérez (S&D, espagnole). Et d’ajouter : « Mesdames et messieurs du Conseil, vous ternissez l’image de l’UE quand vous n’honorez pas vos promesses ».
« Nous devons avoir une perspective pour les Balkans occidentaux, ils attendent depuis des années, malgré les progrès. La Macédoine du nord a même changé le nom de son pays. Des réformes ont été menées, l’UE doit faire tout ce qui est en sa capacité pour avancer », a déclaré pour sa part Ska Keller (Verts/ALE, allemande).
Le point de vue de Mme García Pérez et Mme Keller ont été partagés à plusieurs reprises par différents eurodéputés, à l’instar de Stéphane Séjourné (Renew Europe, français), qui a avancé le fait qu’une « majorité » des États membres sont « ulcérés par le comportement de certains États membres » qui ont recours à leur droit de veto.
Du côté du Conseil, a assuré Clément Beaune, « la question des Balkans occidentaux n’est pas déconnectée du reste des dossiers. Il ne doit pas y avoir de concurrence dans les processus d’adhésion ».
« Une adhésion rapide est nécessaire, mais il faut aussi également un alignement sur les valeurs de l’UE, sur nos politiques de sanctions, qui témoignent elles-mêmes de nos valeurs. C’est indispensable », a-t-il complété, appelant à renforcer la coopération avec les pays des Balkans, notamment dans les domaines de l’énergie et de la sécurité.
Des discussions prévues sur les évolutions du conflit en Ukraine
Enfin, outre une large partie des discussions consacrées à l’adhésion de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie, le Conseil européen sera aussi l’occasion pour les États membres de faire le point sur les évolutions concernant l’invasion russe.
Une partie des échanges portera sur le soutien à apporter à l’Ukraine, sur l’impact des sanctions mises en place par l’UE à l’égard de Moscou et sur les corridors pour assurer la sécurité alimentaire du pays.
Voir les conclusions : https://aeur.eu/f/28j (Thomas Mangin)