La Commission européenne a recommandé, vendredi 17 juin, l’octroi du statut de candidat à l’adhésion à l’UE à l’Ukraine et à la Moldavie. Cependant, la Commission précise que les deux pays devront faire un certain nombre de réformes avant d’avancer davantage sur la voie européenne.
De son côté, la Géorgie doit se contenter de l’octroi d’une « perspective européenne » et devra faire des efforts supplémentaires pour que la Commission recommande de lui attribuer le statut de candidat.
« Nous avons adopté ces avis après avoir très soigneusement évalué les mérites de chacune de ces demandes sur la base des critères de Copenhague et des critères de Madrid (qui) concernent les critères politiques, les critères économiques et la question de savoir si le pays a la capacité de prospérer dans notre marché intérieur très compétitif », a précisé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devant les médias.
L’Ukraine a déposé sa demande de candidature le 28 février, la Moldavie et la Géorgie, le 3 mars. Les trois pays ont ensuite rapidement répondu aux questionnaires envoyés par la Commission. Celle-ci a fondé ses avis notamment sur les réponses obtenues.
Ukraine. « Nous savons tous que les Ukrainiens sont prêts à mourir pour la perspective européenne. Nous voulons qu'ils vivent avec nous le rêve européen », a souligné Mme von der Leyen, vêtue de bleu et de jaune, couleurs du drapeau ukrainien.
Selon la Commission, « l'Ukraine, avant la guerre, s'était déjà engagée sur la voie de l'UE. Depuis huit ans déjà, elle s'était progressivement rapprochée de notre Union ».
Si, d'après la Commission, l’Ukraine est une « démocratie parlementaire-présidentielle vitale », avec de « solides résultats macroéconomiques, faisant preuve d'une résilience remarquable - la stabilité macroéconomique et financière étant assurée même après l'invasion de la Russie en février 2022 » - et qui a mis en œuvre 70% de l’acquis communautaire grâce à l'accord d'association UE-Ukraine. Cependant, des progrès devront être faits dans sept domaines.
La Commission recommande en effet l’octroi du statut « à condition que, étant entendu » que des mesures précises soient prises dans les domaines de la justice, de la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent, dans la mise en œuvre de la loi anti-oligarques, dans l'application de la loi dans le cadre de l'environnement de sécurité de l'Ukraine, des médias et de la réforme du cadre juridique des minorités.
Voir l’avis : https://aeur.eu/f/273
Moldavie. « La Moldavie a fait un pas décisif vers les réformes, avec un mandat clair de ses citoyens. Pour la première fois depuis son indépendance, elle s'est engagée sur une véritable voie proréformes, anticorruption et européenne », a souligné Mme von der Leyen, tout en reconnaissant que l’économie et l’administration publique du pays nécessitaient des « améliorations majeures ». Selon la présidente de la Commission, « pour autant que les dirigeants du pays maintiennent le cap, le pays a le potentiel pour être à la hauteur des exigences ».
Tout comme pour l’Ukraine, la Commission met en avant la nécessité de progrès dans huit domaines, cette fois. Des efforts doivent être faits dans la réforme globale du système judiciaire, notamment dans les lacunes identifiées par le Conseil de l’Europe, dans la lutte contre la corruption et le crime organisé, la ‘desoligarchisation’, la capacité à mettre en œuvre les réformes et à fournir des services publics de qualité, le renforcement de la participation de la société civile et de la protection des droits de l’homme.
Voir l'avis : https://aeur.eu/f/274
Georgie. Enfin, Tbilissi doit se contenter d’une recommandation d’octroi de la 'perspective européenne'. La Commission « reviendra évaluer comment la Géorgie remplit un certain nombre de conditions avant de lui accorder le statut de candidat », a précisé Mme von der Leyen.
Si le pays « possède des atouts, en particulier l'orientation de son économie vers le marché, avec un secteur privé fort », la présidente a précisé qu'il devait « s'unir politiquement pour concevoir une voie claire vers les réformes structurelles et l'UE ».
Le pays doit ainsi prendre des mesures dans onze domaines. Il s’agit de s’attaquer à la polarisation politique, de garantir le plein fonctionnement de toutes les institutions de l'État, de travailler sur la réforme du système judiciaire, de renforcer la lutte contre la corruption, le crime organisé et de désoligarchiser le pays. Les mesures portent également sur les médias, la protection des droits de l'homme des groupes vulnérables, l'égalité des sexes et la lutte contre la violence à l'égard des femmes, la participation de la société civile et la nomination d’un nouveau médiateur.
Voir l’opinion : https://aeur.eu/f/275
La Commission a annoncé qu’elle fera rapport, d’ici la fin de l’année, sur les progrès accomplis par chacun des trois pays dans la mise en œuvre des mesures demandées.
Satisfaction des trois pays
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et son homologue moldave, Maia Sandu, ont salué les annonces de la Commission.
Pour le premier, cette recommandation, qu’il a qualifiée de « décision historique », est « le premier pas sur le chemin de l'adhésion à l'UE qui va certainement rapprocher notre victoire ».
C’est « un signal fort de soutien à la Moldavie et à ses citoyens ! », a estimé la seconde, promettant que son pays travaillerait dur sur les mesures demandées par la Commission.
Les deux dirigeants ont espéré que le Conseil européen donnera, lui aussi, un signal positif en octroyant le statut de candidat à leurs pays lors du sommet des 23 et 24 juin prochains.
Bien que son pays n’ait pas obtenu une recommandation d’octroi du statut, l’ambassadeur géorgien auprès de l’Union, Vato Makharoblishvili, a estimé que l’avis de la Commission était « une autre étape historique dans la voie de l’intégration à l’UE de la Géorgie ». (Camille-Cerise Gessant)