Les dirigeants européens aborderont de nouveau la question de la sécurité alimentaire mondiale sous l'angle de l’impact de la guerre en Ukraine sur les pays les plus vulnérables, lors de leur sommet de jeudi 23 et vendredi 24 juin.
Ils auront à cœur de pointer la responsabilité de la Russie et d’intensifier la réflexion sur les moyens de renforcer le soutien de l’UE à ces pays, en particulier en Afrique, dans un cadre multilatéral.
« La Russie, en utilisant la nourriture comme arme dans sa guerre contre l'Ukraine, est seule responsable de la crise mondiale de la sécurité alimentaire qu'elle a provoquée », selon le projet de conclusions daté du 21 juin, resté stable par rapport à la mouture du 20 juin (EUROPE 12975/2).
Dans sa lettre d'invitation aux chefs d'État ou de gouvernement des Vingt-sept, le président du Conseil européen, Charles Michel, écrit : « Cette situation affecte de nombreux pays, notamment en Afrique, et risque de provoquer la famine et l'instabilité politique et sociale. Dans le prolongement des efforts que nous avons déployés pour aider l'Ukraine à exporter ses céréales, nous discuterons de nouvelles mesures visant à résoudre ces problèmes ».
La discussion à ce sujet, qui est prévue jeudi après-midi dans le cadre de l'échange sur l'Ukraine, portera essentiellement sur les moyens de sortir les quelque 20 millions de tonnes de céréales ukrainiennes bloquées en mer Noire.
Par les voies de solidarité permettant de trouver des routes alternatives, « beaucoup a déjà été fait jusqu’ici – de 600 000 tonnes qui ont pu être sorties en avril, on est passé à 2 millions de tonnes en mai, mais ce n’est pas assez », soulignait mercredi un haut fonctionnaire européen, estimant qu'« on peut s’attendre à une discussion sur l’une des questions les plus sensibles ».
Un point de vue largement partagé : « J'ai entendu dire que les entrepôts doivent être vides le 1er juillet et qu'il n'y a pas beaucoup de progrès dans l'exportation des céréales. L'UE fait ce qu'il faut pour transporter les céréales par voie terrestre. Nous avons fait ce que nous pouvions, mais c'est 'peanuts'. C'est vraiment un problème pour les Ukrainiens et un problème majeur pour les pays tiers très dépendants », a déclaré un diplomate européen.
Le Conseil européen devrait de nouveau demander à Moscou « de libérer les céréales et de débloquer la mer Noire, en particulier le port d'Odessa » et souligner que « les sanctions de l'UE contre la Russie permettent la libre circulation des produits agricoles et alimentaires et l'acheminement de l'aide humanitaire ».
Mercredi, une source diplomatique saluait d'avance « un message extrêmement clair sur le fait que les sanctions n'ont aucune incidence sur la sécurité alimentaire mondiale, pour la simple et bonne raison qu'elles ne visent pas les produits agricoles ».
Le projet de conclusion confirme le soutien des dirigeants aux efforts du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, pour tenter de trouver un accord entre l’Ukraine, la Russie et la Turquie en vue d’établir des corridors sécurisés et leur ferme soutien aux voies de solidarité européennes, terrestres et par les ports européens, pour l'exportation des produits agricoles ukrainiens.
Le Conseil européen devrait en outre demander à la Commission, au Service européen pour l'action extérieure et aux États membres d'intensifier leurs efforts pour soutenir la résilience des pays en développement - notamment celle des pays africains, en accélérant la mise en œuvre des initiatives phares convenues en février dernier, lors du sixième sommet UE/Union africaine, pour développer la production alimentaire durable, renforcer la productivité agricole et la capacité des entreprises agroalimentaire sur le continent (EUROPE 12973/23).
Le soutien à la fabrication d'intrants dans les pays en développement est également mentionné, avec encore un doute sur l'opportunité d'inclure dans ces intrants les engrais durables.
Le tout devra s'inscrire dans le cadre de l'initiative FARM (Food and Resilience initiative), des initiatives de l'ONU et de l''Alliance mondiale pour la sécurité alimentataire' du G7 (EUROPE 12973/23).
Voir le projet de conclusions : https://aeur.eu/f/28j (Aminata Niang, avec la rédaction )