Les députés membres de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (IMCO) du Parlement européen ont débattu, mercredi 18 mai, avec Frances Haugen, la lanceuse d’alerte américaine qui avait révélé les problèmes majeurs de modération de contenus par l'entreprise Facebook (EUROPE 12828/2), sur l’impact que pourraient avoir les législations sur les marchés (DMA) (EUROPE 12953/31) et services numériques (DSA) (EUROPE 12938/6).
« Le DSA et le DMA vont rendre les réseaux sociaux moins toxiques pour les utilisateurs. Il s’agit de textes historiques. Nous aurons désormais une alternative pour la modération de contenus », a entamé Frances Haugen.
Revenant sur les évolutions rapides des entreprises du secteur technologique et sur l’opacité régnant dans des entreprises telles que Facebook, Mme Haugen a profité de son passage devant les membres de la commission IMCO pour appeler l’UE à « joindre l’acte à la parole » pour l’application du paquet DSA-DMA.
« C’est un point essentiel : nous pouvons élaborer des lois magnifiques, mais ça ne sert à rien, si on ne les met pas en œuvre », a commenté Dita Charanzová (Renew Europe, tchèque).
Pour ce faire, la lanceuse d’alerte de Facebook a insisté à plusieurs reprises sur les besoins de ressources pour garantir la formation des jeunes générations dans différents domaines, tels que la régulation des contenus et algorithmes des grandes plateformes.
« Nous connaissons des difficultés économiques, avec la pandémie, la guerre. Nous devons avoir des ressources suffisantes pour garantir la formation du personnel. Des dizaines de milliers de gens vont devoir être formés, pour la régulation notamment. Cela nécessite des ressources et je vous souhaite d’avoir le courage de prendre les bonnes décisions », a-t-elle complété.
En outre, Mme Haugen a également salué le travail réalisé sur l’interdiction de la publicité ciblée pour les mineurs. Le résultat sur cette question, longuement débattue par les colégislateurs, n’avait pas ravi l’ensemble des groupes politiques. En effet, certains, à l’instar de La Gauche, avaient fait entendre leur désir de voir cette interdiction être valable pour tous, pas seulement pour les mineurs.
Au cours des échanges, plusieurs eurodéputés ont interrogé Frances Haugen au sujet du traitement de la question de la modération de contenus de l’autre côté de l’Atlantique alors qu’une délégation d’eurodéputés membres de la commission IMCO se rendra, du 23 au 27 mai, en visite dans la Silicon Valley.
« Nous n’en parlons même pas aux États-Unis, c’est une question très clivante et très polarisante. Je suis contente que l’UE ait mis ceci sur la table, car nous ne serons par aux avant-postes sur cette question », a-t-elle résumé.
De quoi renforcer la conviction de certains eurodéputés qui espèrent voir dans le paquet DSA-DMA une future base pour les législations à venir dans des pays tiers ? Peut-être. « C’est un début. On espère que cela servira de modèle pour d’autres pays, que ce sera une source d’inspiration pour les USA par exemple », a résumé Arba Kokalari (PPE, suédoise). (Thomas Mangin)