Ovationnée par les députés européens, la présidente moldave, Maia Sandu, a estimé que l'avenir de son pays était « au sein de la famille européenne », mercredi 18 mai, lors d'une allocution prononcée à l'ouverture de la mini-session plénière du Parlement européen à Bruxelles et marquée par les conséquences géopolitiques de l'invasion russe en Ukraine.
Consciente des « décisions politiques » que les dirigeants de l'Union européenne devront prendre vis-à-vis de l'aspiration de pays comme la Moldavie, l'Ukraine et la Géorgie à adhérer à l'UE, Mme Sandu a souhaité que les Vingt-sept accordent à son pays le statut de pays candidat à l'UE, notamment parce que la Moldaves, dont « un tiers » sont déjà citoyens européens, partagent les valeurs fondamentales européennes - « la dignité, la liberté, la paix ». Selon elle, bénéficier d'un tel statut constituerait un « phare » qui permettrait de guider la Moldavie sur le chemin des réformes en ces temps troublés et lui permettre in fine d'atteindre le statut de pays membre de l'UE, véritable « lumière au bout du tunnel ».
La Moldavie a déposé début mars sa demande d'adhésion à l'UE (EUROPE 12903/11). Le PE a répondu favorablement à cette demande début mai (EUROPE 12946/5) et il se prononcera ce jeudi sur l'accord d'association UE/Moldavie. La Commission doit rendre un avis au Conseil européen sur la base des réponses aux questionnaires envoyés aux trois pays ayant récemment déposé leur demande officielle d'adhésion.
La présidente moldave n'a cependant pas demandé de « raccourci » permettant de parvenir plus rapidement au but final de l'adhésion à l'UE, appuyant un processus basé sur le mérite. Elle a d'ailleurs énoncé plusieurs réformes que les autorités moldaves entreprennent pour respecter les règles et les principes européens. Avec une progression de 49 places, la Moldavie est désormais placée à la 40e position dans le classement de RSF sur la liberté de la presse dans le monde. Les partis politiques moldaves doivent désormais obéir à des règles transparentes de financement et d'indépendance. L'assainissement de la justice est en cours, de même que l'élimination de systèmes établis de corruption.
« Je vous demande de nous aider à récupérer l'argent volé » et à traduire les politiciens corrompus en justice, a lancé Mme Sandu, vraisemblablement en référence à l'évaporation, en 2015, de près d'un milliard d'euros dans le cadre d'un scandale financier.
La présidente moldave a également lié stabilité démocratique et développement économique, faisant valoir les réformes en cours pour soutenir l'entrepreneuriat et convaincre les jeunes de rester au pays. Elle a toutefois noté les difficultés provoquées par la guerre en Ukraine, pays voisin, avec une inflation à 27% et des débouchés économiques vers l'Est qui se sont taris.
Sur l'invasion russe, Mme Sandu a accusé la Russie d'avoir ramené la région cent ans en arrière, à l'époque où les grandes puissances étendaient leur sphère d'influence sur des pays plus faibles et étaient séparées par des zones tampons.
« La Crimée est en Ukraine, le Donbass est en Ukraine, Kiev est en Ukraine ! », a-t-elle souligné, convaincue que « cette guerre n'a aucune justification et doit être stoppée ».
La présidente moldave a également fait valoir les efforts de son pays dans l'accueil des réfugiés ayant fui la guerre en Ukraine. Selon elle, depuis fin février, 500 000 personnes ont franchi la frontière ukrainienne vers la Moldavie et « 90 000 » d'entre elles s'y trouvent encore, soit une augmentation de « 4% » de la population totale.
Quant aux récentes tensions observées en Transnistrie, État autoproclamé depuis la dislocation de l'Union soviétique, Mme Sandu a estimé qu'« il n'y (avait) pas de menace immédiate pour la paix », rappelant la neutralité de son pays. Toutefois, a-t-elle noté, « nous demandons le retrait des troupes russes de notre territoire », car « la Russie viole notre neutralité et notre indépendance ».
Projet de résolution du PE. Piloté par Dragoș Tudorache (Renew Europe, roumain), le projet de résolution invite la Commission européenne à aider la Moldavie à élaborer une stratégie de préadhésion crédible pour l’adhésion à l’UE et à créer au sein de l'institution de l'UE un groupe de soutien pour la Moldavie sur le modèle de celui déjà établi pour l’Ukraine. Il se félicite de « l’ambitieux programme de réformes sans précédent » porté par le gouvernement de Natalia Gavrilița concernant la lutte contre la corruption, la transparence de la gouvernance publique, l’État de droit.
Considérant « inacceptable » la tentative russe d’instrumentaliser l’approvisionnement en gaz pour faire pression sur le gouvernement moldave afin qu’il modifie son orientation géopolitique, les eurodéputés demanderont à la Commission d'inclure la Moldavie dans les projets de l’Union visant à faire en sorte que l’approvisionnement énergétique ne dépende pas de la Russie. Et de souligner la nécessité d’accroître la capacité de production d’électricité en Moldavie, qui dépend actuellement à 80% de l’électricité produite en Transnistrie.
Sur la Transnistrie, le PE devrait appeler à « un règlement global et pacifique du conflit » dans cette région, « fondé sur la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Moldavie, à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, et prévoyant un statut spécial pour la région de Transnistrie ».
Voir le projet de résolution : https://aeur.eu/f/1p5 (Mathieu Bion)