Empêché depuis fin 2020 par la pandémie de Covid-19, le sixième sommet entre l'Union européenne et l'Union africaine a enfin pu débuter jeudi 17 février à Bruxelles, avec la participation physique de près de 70 chefs d'État ou de gouvernement européens et africains mobilisés pour la relance économique durable, la transition verte et numérique et des valeurs communes.
À l'heure où l'Afrique est très courtisée, la volonté commune de rénover et d'approfondir le partenariat stratégique Afrique-Europe pour garantir la prospérité et la sécurité des deux continents était manifeste lors de la cérémonie d'ouverture, qui a immédiatement été suivie par les premières tables rondes interactives (EUROPE 12892/17).
« Nous sommes ici pour dessiner ensemble un espace commun de prospérité, de stabilité et de sécurité. Et nous souhaitons élaborer ensemble les principes fondateurs de ce pacte renouvelé : le respect mutuel et les intérêts partagés, d'égal à égal », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel.
Un projet de déclaration conjointe de l'UE et l'UA, daté du 17 février et consulté par EUROPE, énonce une vision commune pour les deux institutions jumelles à l'horizon 2030 « en faveur de la solidarité, de la sécurité, de la paix et d'un développement économique et d'une prospérité durables et soutenus pour nos citoyens et pour les générations futures, en rassemblant nos populations, nos régions et nos organisations ».
Au nom de l'Union africaine dont il exerce la présidence tournante, le président sénégalais, Macky Sall, a souligné que les populations aspirent à un mieux-être dans un monde en pleine mutation et veulent « des partenariats mutuellement bénéfiques, co-construits, sans injonction civilisationnelle, sans exclusivité ».
Il a notamment plaidé pour la réallocation volontaire de 100 milliards de DTS, eu égard aux énormes besoins en financements des économies africaines, chiffrés à 170 milliards d'euros par an pour les seules infrastructures.
Le projet de déclaration conjointe UE/UA prévoit uniquement que les pays africains bénéficieront d'une part importante de l'objectif de réalloaction des DTS des pays riches (EUROPE 12891/10).
Tout en insistant sur l'importance qu'attache l'Afrique à l'Accord de Paris sur le climat et à la protection de la biodiversité, M. Sall a souligné que « la priorité pour nous, c'est l'accès universel à l'électricité et l'industrialisation du continent », et a plaidé pour le maintien de l'industrie gazière pour une transition juste qui tienne compte des besoins.
Le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki, a souligné que la diversité de partenariats que développe l'Afrique mérite le respect et a appelé à un « vrai plan de reconstruction » des économies africaines.
Ursula von der Leyen s'est réjouie de confirmer un paquet d'investissements de 150 milliards d'euros pour catalyser les investissements dans les infrastructures et la transition vers les énergies durables, insistant sur l'énorme potentiel de l'Afrique en hydrogène vert.
Le Président français, Emmanuel Macron, a appelé de ses vœux « une alliance pour aider l'Afrique à réussir », prévenant « qu'en cas d'échec, la première à en pâtir sera l'Europe ».
Conscient des besoins énormes en investissements, chiffrés par la Banque mondiale entre 220 et 300 milliards pour la période 2021-2025, il a insisté sur l'importance du soutien au secteur privé pour aider à réduire le risque des économies africaines.
Levée des brevets et énergies fossiles : des points sensibles. Dans la soirée, les négociations se poursuivaient sur le projet de déclaration conjointe afin de rapprocher les points de vue sur trois points : les accords TRIPS et la demande persistante des Africains d'une levée des brevets sur les vaccins, l'élimination des combustibles fossiles, qui n'est pas une priorité pour les Africains, et le commerce.
Les droits reproductifs et sexuels, que les Africains, comme la Pologne, perçoivent comme un encouragement à l'avortement, pourraient ne pas figurer dans le texte.
Mme von der Leyen, a souligné l'importance de développer la production de vaccins à ARN-messager sur le continent africain, ce pour quoi 1 milliard d'euros a été annoncé.
Tout en remerciant l'Europe « pour sa solidarité par les dons de vaccins », Macky Sall a rappelé que l'Afrique du Sud, l'Algérie, l'Égypte et le Maroc sont engagés dans la production et que d'autres pays s'y préparent.
Le Président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a insisté, à son arrivée au sommet, sur le besoin d'aborder les brevets des vaccins contre la Covid-19 : « Oui, l'UE nous a donné des vaccins, mais nous devons maintenant nous tourner vers la levée des droits de propriété intellectuelle sur ceux-ci afin que nous puissions produire nos propres vaccins. C'est très important », a-t-il affirmé.
Son pays est à l'origine, aux côtés de l'Inde, de la proposition à l'Organisation mondiale du commerce de lever les brevets sur les vaccins anti-Covid-19.
À la question de savoir s'il était satisfait de la proposition européenne à ce sujet, il a répondu : « Non, toujours pas ».
Dans le projet de déclaration provisoire, le paragraphe concernant les brevets sur les vaccins n'était pas encore validé. Le texte proposé était le suivant : « L'Union africaine et l'Union européenne s'engagent de manière constructive vers un accord à l'OMC sur le commerce et la santé incluant des engagements pour une plus grande transparence, une retenue quant aux restrictions à l'exportation, des mesures facilitant le commerce ainsi que les droits de propriété intellectuelle ».
En marge du sommet, Emmanuel Macron s'est entretenu avec la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, et a réaffirmé l'engagement de la France de réallouer 20% de ses droits de tirage spéciaux au bénéfice des économies africaines.
Voir le projet de déclaration : https://aeur.eu/f/e7 (Aminata Niang et Léa Marchal)